26 janvier
2006 – Solennité des Saints Fondateurs de Cîteaux
Si 44,
1.10-15; Heb 11, 1-2; 8-16; Marc 10, 24b-30
Homélie
Heureux ceux
qui croient à l’amour
Le refrain du Tropaire
que nous avons chanté hier soir, aux Premières Vêpres de la Solennité de nos
Fondateurs, ainsi qu’aux Laudes de ce matin, disait : « Heureux ceux
qui croient à l’amour ; le Seigneur
est leur partage ». Ce texte est
tout à fait bien choisi, puisque nos Pères, les Fondateurs du premier Cîteaux,
ont considéré leur vie communautaire comme une « schola caritatis », une école où l’on apprend à aimer.
Il convient d’autant
plus de nous arrêter à ce thème aujourd’hui, que le Saint Père Benoît XVI
publiait hier sa première encyclique sur ce thème de l’amour – un texte d’une grande limpidité et d’une grande force qui
présente toutes les formes de l’amour humain et divin dans une vision unifiée
et cohérente : Dieu est amour. Il nous a aimés et nous a communiqué son
amour. Pour être fidèles à notre nature d’enfants de Dieu nous devons nous
aussi aimer Dieu de tout notre cœur et notre prochain comme nous-mêmes. Cet amour du prochain doit s’exprimer aussi
bien dans l’action caritative que dans le travail pour la justice et la
transformation des structures de la société.
La tradition de nos
Pères cisterciens nous donne un modèle qui doit nous guider dans la réalisation
concrète, aujourd’hui, du programme que trace Benoît XVI à l’Église et donc à
nous tous, y compris les moines – puisque ce message porte sur
l’ « amour chrétien », c’est-à-dire l’amour vécu par des disciples
du Christ à la lumière de l’Évangile.
Nos Pères ont perçu que
ce message d’amour devait se vivre dans une recherche personnelle de Dieu par
chaque frère, dans une grande pauvreté et une grande solitude – cette pauvreté
et cette solitude étant des moyens pour ouvrir tout grand leurs cœurs à l’amour
de Dieu. Ils ont aussi perçu que cet
amour de Dieu devait s’exprimer dans l’amour du prochain. Ils ont compris aussi que leur prochain était
tout d’abord leur frère en communauté ; c’est pourquoi ils ont considéré
leur vie communautaire comme une école de charité, s’efforçant de réaliser tous
leurs projets dans une grande unité et une grande harmonie, comme nous le
révèle les documents primitifs de l’Ordre, en particulier le Petit Exorde et la Charte de Charité.
Fidèles à
l’enseignement des Apôtres, ils se sont attachés à gagner leur vie par leur
travail et par une saine gestion de leur patrimoine, y trouvant les ressources
nécessaires pour répondre aux besoins des pauvres de leur temps. Benoît XVI, dans son encyclique d’hier
rappelle que toute action caritative doit se faire non pas comme un passe-temps
d’amateurs mais avec un réel professionnalisme en même temps qu’une grande
humanité. Il ne s’agit pas en effet de « résoudre des problèmes » ou
de « corriger des situations », mais d’aider des personnes. Nos Pères nous en
ont donné l’exemple par une réponse si sérieuse et si
« professionnelle » (dirait-on aujourd’hui) aux besoins de leur temps
que cette réponse a contribué à changer profondément les structures sociales de
toute la société européenne au cours des premiers siècles de l’existence de
l’Ordre, orientant ces structures vers plus d’harmonie entre les classes
sociales et une plus grande attention aux petits et aux pauvres, en même temps
qu’une plus grande efficacité dans les activités destinées à répondre aux
besoins fondamentaux des hommes.
Il sera bon pour nous,
moines cisterciens, de lire l’Encyclique de Benoît XVI sur l’amour à la lumière
de notre tradition cistercienne ; et de relire aussi notre tradition
cistercienne à la lumière de ce message évangélique limpide que nous transmet
le Saint Père.
**************
Homélies pour la même
solennité dans les années antérieures
Armand VEILLEUX
*****