26 novembre 2006 – Fête du Christ, Roi de l'Univers, année "B"

Dn 7, 13-14; Ap 1, 5-8; Jn 18, 33-37

 

 

H O M É L I E

 

 

Frères et Soeurs,

 

            À la fin de cette réponse de Jésus à l’interrogatoire de Pilate, que nous venons d’entendre, il y a deux mots sur lesquels j’aimerais attirer votre attention.  Mais voyons d’abord un peu le contexte de ce récit.

 

            Tout au long du ministère itinérant de Jésus, les foules voulurent plus d’une fois de reconnaître comme messie – un messie conforme à leurs attentes – en lui donnant le titre de « roi d’Israël ».  Évidemment les autorités du peuple – les chefs des prêtres et les scribes – auraient été les derniers à lui reconnaître ce titre.  Lorsqu’ils veulent se débarrasser de lui, ils l’amènent à l’autorité civile, au représentants du pouvoir romain, comme quelqu’un qui voudrait soulever la rébellion en se présentant comme « roi des Juifs ».  Pilate, qui veut quand même régler cette question avec une certaine impartialité et – on dirait aujourd’hui – avec un certain professionnalisme, fait entrer Jésus dans sa résidence, à l’écart de la foule, et lui demande : « Es-tu le roi des Juifs ? ».  L’expression « roi d’Israël » n’aurait aucun sens pour lui.

 

            L’évangéliste Jean, dans le texte que nous venons de lire, nous décrit avec beaucoup de finesse ce dialogue, où l’on voit en présence, un homme puissant, qui se veut honnête mais qui est rempli de peur et, en face de lui, un accusé sans puissance mais plein de calme et de sérénité, même s’il sait qu’il va mourir.

 

            Jésus lui explique que son autorité à Lui est toute différente de celle des puissants de ce monde qui ont besoin de gardes armés pour les protéger, prêts à se battre et à mourir pour lui.  (On doit évidemment regretter que lors du prochain voyage du Pape en Turquie, les autorités turques se verront obligées, pour des raisons de sécurité, de l’entourer d’une garde fort importante). Jésus n’appartient pas à ce monde du pouvoir et de la violence. Toutes ces réflexions n’intéressent guère Pilate. La seule chose qu’il veut savoir c’est si Jésus s’oppose à l’Empereur en se présentant comme roi des Juifs.  « Tu es donc le roi des Juifs »... « C’est toi qui le dis », lui répond finement Jésus.

 

            Et il ajoute ces mots importants – qui sont ceux sur lesquels je voulais attirer votre attention : « Je suis et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. » Il y a dans ces quelques mots l’expression de tout le mystère de l’incarnation – que nous allons célébrer bientôt tout au long de l’Avent et durant le Temps de Noël. Toute la christologie s’y trouve résumée.  Il ne dit pas « je suis venu au monde », ce qui serait synonyme de « je suis né ».  Il dit : « je suis venu dans le monde. » Donc, il existait avant de venir dans le monde. Quand il dit « je suis né » on pourrait l’entendre soit de sa naissance du Père éternel, de toute éternité, soit de sa naissance comme homme.  C’est sans doute de la seconde qu’il parle, puisqu’il explique tout de suite pourquoi il est né, pourquoi Lui qui existait depuis l’éternité est né comme homme, est venu dans notre monde.  Il est né, dit-il, pour rendre témoignage á la vérité – dans le monde.

 

            Lui qui est le Verbe, c’est-à-dire la Parole, s’est fait l’un d’entre nous, pour nous parler – nous parler avec nos mots humains – nous dire, à travers toutes ses paraboles et le reste de ses enseignements, qui est Dieu, qui est son Père.  Ceux qui appartiennent à la vérité, qui sont du côté de la vérité, écoute sa voix. L’appel contenu dans ce message est donc l’appel à écouter Jésus qui nous témoigne de la vérité.

 

            Ce qui détruit l’humanité, c’est le mensonge, le refus de la vérité.  C’est pourquoi Jésus, qui est par ailleurs si compréhensif et si miséricordieux pour toutes les faiblesses humaines, est si dur à l’égard des Pharisiens de son temps, qu’il qualifie d’hypocrites, c’est-à-dire de personnes qui trahissent la vérité.  C’est aussi pourquoi, dans les récits évangéliques, lorsque les forces du mal ou les forces des ténèbres, qui sont opposées au royaume de la lumière, sont personnifiées, elles sont appelées « prince du mensonge » tout aussi bien que « prince des ténèbres ».

 

            Nous sommes invités par Jésus, non pas simplement à « dire la vérité », c’est-à-dire à ne pas « faire de mensonges », mais à beaucoup plus que cela.  Nous sommes appelés à marcher dans la vérité et même à faire la vérité.

 

            Après la réponse de Jésus, Pilate s’exclame, sans doute avec désabusement, « Qu’est-ce que la vérité ».  Devant tout ce qu’on nous dit dans les moyens de communication sur les événements internationaux, en particulier sur les guerres, ou encore sur les situations politiques ou sociales plus locales, nous avons souvent la tentation de faire une exclamation semblable à celle de Pilate, ne sachant souvent plus qui nous dit la vérité et qui nous ment.  Mais nous avons le témoignage de celui qui est la Vérité et qui est né et est venu pour rendre témoignage à la Vérité.  Son témoignage est la lumière qui peut nous guider dans toute notre vie.

 

Armand Veilleux

 

********

Autres homélies pour la même solennité :

 

Année A

1999 (1) - français - italiano

1999 (2) - français - italiano

2002 – français

2005 - françaisitaliano

 

Année B

2000 - français - italiano

2003 - français

 

Année C

2001 – françaisitaliano

2004 – français