1 octobre
2006 -- 26ème dimanche « B »
Nb
11,25-29 ; Jc 5, 1-6 ; Mc 9, 38...48
H o
m é l i e
Dans le Livre de
l’Exode, d’où est tirée notre première lecture, le peuple est très souvent en
train de se plaindre. La vie au désert
est en effet exigeante et pénible. Depuis
des mois ils n’ont eu d’autre nourriture que la manne. Ils en ont marre de
cette manne qui les a certes empêchés de mourir de faim, mais qui commence à
leur donner la nausée. Et Moïse, qui a été leur guide depuis la sortie d’Égypte
en a assez d’eux. Donc le Peuple se plaint de Dieu et Moïse se plaint du
peuple. Dieu se met alors lui aussi en colère (Nb 11,10) et dit à Moïse :
« D’accord ! C’est trop pour toi, de porter seul tout le peuple. Assemble 70 anciens dans la tente de réunion
et je vais leur donner une partie de l’Esprit que tu as reçu ».
Moïse fit ce que Dieu
lui avait dit. Mais deux des 70 qu’il
avait choisis ne vinrent pas à la tente de réunion à l’heure fixée. Or la chose étrange est qu’ils reçurent
l’Esprit, comme les 68 autres, et se mirent à prophétiser. Josué, le bras droit de Moïse, voulut les en
empêcher. Mais Moïse qui n’avait pas du
tout un esprit mesquin, lui dit de les laisser faire, ajoutant même que
son désir serait que tout le peuple aie ce même don de prophétie. Pourquoi être jaloux de l’Esprit reçu par les
autres ? Personne ne possède
l’Esprit. Au contraire c’est l’Esprit
qui peut nous posséder s’il le veut.
C’est quelque chose de
semblable qui se passe, dans l’Évangile que nous venons de lire. Cette scène fait suite à celle nous avons lue
dimanche dernier, et dans laquelle Jésus disait : « Si quelqu’un
accueille l’un de ces petits, c’est moi qu’il accueille ; et celui qui
m’accueille, accueille Celui qui m’a envoyé ». Or, quelque temps après, les disciples sont
frustrés de ce que quelqu’un qui n’est pas des leurs chasse les démons – c’est-à-dire
fait des guérisons -- au nom de Jésus.
Jean, qui était le disciple bien-aimé, mais aussi, avec son frère
Jacques, l’un des deux « fils du tonnerre » qui voulaient faire
tomber le feu du ciel sur ceux qui ne recevaient pas Jésus, fait exactement comme
Josué. Il fait même plus, car il ne demande
pas à Jésus de les empêcher ; il lui rapporte simplement qu’il a voulu –
qu’il a pris sur lui-même -- de les en empêcher. Il s’est constitué lui-même le
défenseur des droits d’auteur de Jésus.
Pour comprendre la
frustration des disciples et de Jean en particulier, il faut se souvenir que
quelque temps auparavant, Jésus avait envoyé ses disciples en mission avec le
pouvoir de chasser les démons. Ils
étaient revenus tout fiers de leurs prouesses, mais un homme avait aussi par la
suite emmené son fils possédé à Jésus en lui disant que les disciples avaient
été incapables de le guérir. Le succès
des autres est parfois difficile à accepter, surtout lorsque nous faisons
nous-mêmes l’expérience de l’échec !
On peut aussi penser que ce récit reflète des tensions présentes dans la
première communauté chrétienne à l’époque où fut écrit l’Évangile de Marc.
La remarque de Jean
est mesquine: « quelqu’un qui ne nous
suit pas... Il ne dit pas « quelqu’un qui n’est pas de tes
disciples », mais bien « quelqu’un qui ne nous suit pas » ... Il défend donc ses prérogatives tout
autant que celles de Jésus, comme font d’ailleurs la plupart du temps ceux qui
partent en croisade pour défendre les intérêts de Dieu ou de l’Église... À
cette remarque mesquine Jésus répond simplement : « Ne les empêchez
pas... celui qui n’est pas contre nous est pour nous ».
Notre Évangile comporte
une deuxième partie, où Jésus met en garde contre le scandale des «
petits », utilisant des images très fortes – la main et le pied coupés et
l’oeil arraché – pour souligner la gravité d’un tel scandale. Ces deux parties
de l’Évangile sont vraiment complémentaires : la section sur les « petits
» montrant clairement ce que signifie
« être pour Jésus ». C’est avoir renoncé à l’ambition du pouvoir et
des honneurs, avoir adopté une attitude de service, et aussi une largeur de
coeur et d’esprit qui fait que personne ne peut être exclu du service réalisé
au nom de Dieu.
Par sa réponse à Jean, Jésus
nous apprend que le fait d’avoir été appelés à être ses disciples ne nous
constitue pas les seuls dépositaires de sa vérité et du salut. Nous avons entendu le message du Christ et
nous y avons cru. Ce message doit être
annoncé par des paroles et par des actes -- par la vie. L’important est qu’il soit annoncé. Des millions de personnes vivant dans des
parties du monde où le Christianisme n’a guère pénétré, vivent honnêtement et
sincèrement les valeurs pour lesquelles Jésus a vécu et est mort. Ils sont des témoins de Jésus même sans le
savoir. D’autres plus près de nous, sans
se dire Chrétiens, ou même en se disant athées parce qu’ils ont rejeté de
fausses images de Dieu, vivent l’Évangile dans leur vie quotidienne. C’est aussi à leur sujet que Jésus dit :
« Celui qui n’est pas contre moi est avec moi ».
Alors que tant de voix
appellent à la lutte entre les cultures et les religions, laissons ce message
de Jésus ouvrir nos coeurs et nos esprits à cette première étape du dialogue
qui consiste à reconnaître la grâce et la prophétie dans la vie de l’autre,
quelle que soit son appartenance institutionnelle.
Armand Veilleux
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Autre homélie pour le même
dimanche :
2003 – in English