3 septembre 2006 - 22ème
dimanche "B"
Dt 4,1-2.6-8; Jc 1,17-18.21b-22.27;
Mc 7,1-8.14-15.21-23
H O M É L I E
Chacune des trois lectures
que nous venons d’entendre nous invite à écouter la Parole de Dieu et à la laisser porter en nous des fruits.
Dans la lecture du
livre du Deutéronome, nous avons l’une
des premières versions du fameux Shema Israël –
« Écoute, Israël » -- « écoutez les commandements et les décrets
que je vous enseigne... Ainsi vous vivrez
et vous entrerez en possession du pays que vous donne le Seigneur ». Dans
la deuxième lecture, l’apôtre saint Jacques nous invite à accueillir
« humblement la parole de Dieu semée en [n]ous »,
car elle est capable de nous sauver. Et
enfin, dans l’Évangile Jésus, après sa discussion avec les Pharisiens et les
Scribes concernant les préceptes de pureté rituelle, s’adresse de nouveau à la
foule en disant : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. » --
Toujours cet appel à « écouter ».
Ces trois lectures sont
des témoins de trois moments distincts de l’histoire du salut. La parole de Dieu nous rejoint toujours en
effet dans notre contexte historique et géographique précis. La première lecture se situait à l’époque de
la naissance du peuple juif, et aussi à
l’époque de la naissance de la religion cultuelle. Le moment où les divers peuples de l’humanité
sont passés du nomadisme au sédentarisme est le moment où sont nées toutes les
grandes religions de l’humanité. C’est
aussi l’époque où sont apparues la philosophie et la contemplation. L’agriculture planifiée remplaçant la quête
constante de nourriture par la chasse et la pêche, des plages de loisir sont sont enfin laissées à la réflexion, à la philosophie et à
la religion. Tous les cultes développés
alors sont des cultes agraires comportant l’offrande de produits de la terre,
de l’agriculture et de l’élevage. Mais
déjà les grands prophètes d’Israël rappellent que tous ces rites ne sont pour
l’être humain que des moyens d’exprimer à Dieu l’attitude de son coeur et qu’ils sont totalement vides et privés de sens
s’ils ne s’accompagnent pas d’oeuvres de justice et
de charité.
L’Apôtre Jacques,
encore au temps de la première génération chrétienne, affirme de même que tous
les comportements dits « religieux » sont vides de sens et donc nuls,
si l’on ne s’occupe des nécessiteux, si l’on ne vient pas en aide à la veuve et
à l’orphelin.
Jésus, dans l’Évangile,
rappelle aussi bien aux foules qui viennent à lui qu’aux Pharisiens et aux
scribes que la pureté qui compte devant Dieu n’est pas la « pureté
rituelle » dont se préoccupait les religions anciennes, y compris celle
d’Israël, et qu’on s’efforçait d’obtenir à travers des rites et des pratiques
cultuelles, mais bien la pureté du coeur.
Le texte de la Lettre
de saint Jacques montre bien que déjà, dans la première génération chrétienne,
les premiers chrétiens étaient menacés de retomber dans le formalisme et le
ritualisme. Jacques leur rappelle
qu’être Chrétien ne consiste pas à accomplir certaines règles et à faires
certains rites ; mais qu’il s’agit
d’un engagement de toute la personne à la suite du Christ, impliquant un
engagement aussi à l’égard du prochain.
Il y a dans l’être
humain une dimension spirituelle qui ne peut s’ignorer. Une certaine forme de religiosité liée à une
période agraire de la civilisation – et qui s’était perpétuée durant quelques
millénaires -- a été en quelque sorte balayée par le développement des révolutions
industrielle et technologique puis par l’arrivée de l’ère de la communication
et de l’information. Au lieu de gémir
sur la diminution d’une forme de « pratiques » religieuses nous
pouvons y voir un défi – un défi à laisser se développer plus pleinement de nos
jours la nouveauté de l’Évangile voulant que la dimension spirituelle de l’être
humain s’exprime toujours plus dans l’authenticité de la vie de tous les jours,
en particulier à travers des oeuvres de justice et de
partage plutôt qu’à travers des rites reliés à une autre étape culturelle de
l’humanité.
Déjà Jésus avait expliqué
que la pureté du coeur qui se manifeste dans toutes
les facettes de l’existence quotidienne doit remplacer la pureté rituelle
des religions primitives, qui impliquait une distinction entre le profane
et le sacré et une distinction entre les hommes et les femmes purs et... les
autres Cette distinction entre le sacré
et le profane était ce qui permettait à Israël de se considérer supérieur
à tous les autres peuples. Dans l’Évangile d’aujourd’hui les disciples de
Jésus sont précisément accusés de ne pas respecter cette séparation entre
le pur et l’impur. Jésus nous appelle
à surmonter une forme de religiosité.
Laissons la parole de
Dieu nous pénétrer dans notre « aujourd’hui » personnel et collectif
et nous interpeler à une conversion toujours renouvelée de notre mode
d’être.
Armand Veilleux
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Autres homélies pour le même
dimanche :
en 2003 – en français
/ in italiano
en 2000 – en français
/ in italiano
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