5 mars 2006 - Premier dimanche de Carême
"B"
Gen 9, 8-15; Pierre 3, 18-22; Marc 1, 12-15
H O M É L I E
L’un des messages des
lectures de la Messe d’aujourd’hui est que la fraternité et l’harmonie entre
les humains et leur harmonie avec Dieu et avec les forces de la nature sont
toujours menacées par la tentation du pouvoir.
Le 9ème
chapitre du livre de la Genèse – dans son récit mythologique du déluge --
propose une nouvelle voie de communion.
La logique destructrice des empires mésopotamiens, faite d’agressions,
d’oppressions, d’exploitation de l’homme par l’homme avait conduit à la
punition du déluge. Après quoi Dieu établit une alliance avec ce qui reste de
l’humanité et cette alliance s’exprime dans la promesse : « Il n’y
aura plus de déluge » -- promesse scellée par l’arc-en-ciel. C’était la
fin – ou en tout cas c’aurait dû être la fin – de la religion de la peur,
remplacée par la certitude de l’amour de Dieu pour l’humanité. Cette alliance
primordiale de Dieu, toujours valide, a été faite en effet avec l’humanité dans
son entièreté et non avec un peuple « choisi ». Suivra, bien sûr,
tout au long de l’Ancien Testament, le récit de la vocation d’Abraham, d’Isaac
et de Jacob, l’exil en Égypte, les années au désert, le passage du Jourdain et
la conquête de la Galilée.
C’est toute cette
histoire que l’Évangéliste Marc fait revivre à Jésus au début de son Évangile,
en quelques lignes dont le fil conducteur est le Jourdain, le désert et la
Galilée. Jésus commence la libération de
l’humanité par quarante jours au désert rappelant les quarante années de
l’Exode. Il y rencontre la tentation du
pouvoir dominateur personnifié sous le nom de Satan. Il y vit, comme il le fera durant toute sa
vie publique, entre les bêtes sauvages, c’est-à-dire les forces qui
s’opposeront à sa mission – essentiellement les Scribes, les Pharisiens et les
Chefs religieux du Peuple – et les anges, c’est-à-dire les hommes et les femmes
qui se feront ses disciples. On peut
également penser que cette présence –alors paisible – des bêtes et des anges
près de Jésus au désert est aussi l’anticipation du retour à l’harmonie
originelle du paradis terrestre.
L’arrestation – et bientôt
la décapitation – de Jean-Baptiste démontrent que ce n’est là que l’annonce
d’une victoire qui est encore loin.
Aussi, les premiers mots de la prédication de Jésus en Galilée
seront : « convertissez-vous » – c’est-à-dire renoncez à la
tentation du pouvoir – et « croyez à la bonne nouvelle » de la
libération.
Les nombreux foyers de
conflits dans notre monde contemporain, engendrés par la soif du pouvoir et le
déferlement d’une violence meurtrière en de si nombreux points de la planète
montrent bien que les forces du mal et la tentation du pouvoir, personnifiés
dans l’Évangile de Marc par « Satan », sont toujours bien
vivantes. Si nous y regardons de près
nous verrons sans doute que cette tentation du pouvoir est présente non
seulement dans les relations entre les peuples et les nations, mais aussi en
chacun de nos cœurs, tout au long de notre vie de tous les jours.
En ce début de Carême,
demandons à Dieu la lucidité qui nous permette de reconnaître dans le désert de
nos vies toutes les tentations de pouvoir.
Écoutons le message de Jésus nous appelant à nous convertir et à croire
à la Bonne Nouvelle utopique d’une harmonie entre les personnes et entre les
peuples. L’instauration définitive de
cette harmonie globale, qui nous semble encore si loin, dépendra de la petite
contribution que chacun de nous y aura apportée.
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Autres homélies pour le même dimanche en 2003 -
Armand VEILLEUX
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