22 septembre 2005 – Jeudi de la 25ème semaine (année paire)

Aggée 1, 1-8 ; Luc 9, 7-9

Abbaye de Campénéac

 

H O M É L I E

 

            Hérode Antipas, comme son père Hérode le Grand qui fit mettre à mort les enfants de Bethléhem à l’époque de la naissance de Jésus, est un homme inquiet, troublé.  Il est roi – ou tétrarque - de Galilée, mais un roi fantoche dont le pouvoir est en réalité très fragile puisque le pays est sous le contrôle des Romains.  Il est très attaché à ses prérogatives, mais toujours tiraillé par l’insécurité, craignant toujours qu’un authentique « roi des Juifs » ne vienne le détrôner.  C’est un faible, qui n’aurait pas voulu décapiter Jean, mais qui le fit pour ne pas perdre la face après avoir fait une promesse stupide à la fille de son épouse illégitime.  De même, il se fit complice avec Pilate de la mort de Jésus, par peur des Romains, même s’il éprouvait une certaine fascination à l’égard de Jésus. Il veut le voir, mais par simple curiosité.

 

            « Jean, je l’ai fait décapiter », dit-il.  Il y avait déjà là en présence deux types d’homme radicalement différents.  Devant cet Hérode, toujours tiraillé par la peur parce qu’attaché à tout ce qu’il possède – ou croit posséder, ou veut posséder – Jean est la figure de l’homme libre, totalement libre, qui ne vit que pour sa mission de précurseur, qui se retire lorsqu’apparaît le Messie et envoie même à celui-ci ses propres disciples.  Comme il est libre, Jean est sans peur, et peut donc reprocher ouvertement à Hérode son péché, même s’il risque d’y perdre la tête.  En réalité il est libre par que n’étant attaché à rien, il n’a rien à perdre.

 

            Et si Jésus fascine tant Hérode, qui désire toujours le voir, à ce moment-ci comme au moment de son procès, c’est que Jésus incarne cette liberté totale qui lui manque tellement.

 

            Très souvent dans l’Évangile, surtout dans les apparitions après la Résurrection, Jésus dit : « Ne craignez pas, n’ayez pas peur ».  La peur ne convient pas au croyant.  Et lorsqu’il y a en nous la peur c’est que, comme Hérode, nous sommes attachés à quelque chose que nous ne voulons pas perdre ou sur quoi nous ne voulons pas lâcher prise. Ce peut être un objet matériel, mais c’est le plus souvent l’attachement à l’image que nous avons ou que nous voulons donner de nous mêmes, ou encore ce sont toutes les petites parcelles de pouvoir dont nous disposons sur les autres comme sur notre propre destinée.

 

            Demandons à Dieu de savoir lâcher prise, d’accéder à cette pauvreté et à cette pureté du cœur qui nous rende totalement libres et nous délivre de toutes les peurs que nous pouvons avoir soit de Dieu, soit de nos frères ou de nos sœurs, soit tout simplement de la vie.