25 décembre 2004 – Homélie pour la Messe de Minuit
Is 9, 1-6;  Tt 2, 11-14; Lc 2, 1-14

 

 

H o m é l i e

 

Chers frères et soeurs,

 

            Je ne serais pas surpris que la nuit de Noël soit, pour plusieurs d’entre vous, à peu près la seule fois dans l’année où vous venez à l’église, en dehors de quelques funérailles au cours de l’année et peut-être encore d’un mariage de temps à autre.  C’est donc que cette nuit de Noël a quelque chose de très spécial.  Ce quelque chose de très spécial nous réunit tous, en cette nuit, dans une grande communauté -- faite de ceux qui viennent assez régulièrement à l’Eucharistie du dimanche, de ceux qui, comme nous de la communauté de Scourmont, avons la grâce de célébrer l’Eucharistie tous les jours et de ceux qui, comme je viens de le mentionner, ne viennent guère que pour cette occasion.  Qu’est-ce qui nous réunit tous en une seule famille, une seule communauté, cette nuit ?

 

            Pour ceux d’un certain âge, comme moi-même et la plupart de mes frères en communauté, on pourrait dire qu’il y a le chaud souvenir de nos Noëls d’enfants avec tout ce qu’ils avaient de poésie, de tendresse et de chaleur familiale.  Mais vous n’avez pas tous cet âge vénérable ! Il y a donc autre chose.  C’est sans doute que, en cette nuit, nous célébrons quelque chose que nous percevons comme essentiel dans la vie chrétienne et dans le message évangélique.  La fidélité à tous les aspects de ce qu’on appelle la « pratique religieuse » est demeurée importante pour plusieurs d’entre vous.  D’autres ont pris leurs distances par rapport à cette pratique ; et pourtant le message de la personne et de la vie du Christ reste un point de repère important dans votre vie.  La célébration de la naissance du Christ Jésus est donc une occasion privilégiée de rester en contact ou de rentrer en contact avec ce point de repère.

 

            Et, sans doute, ce qui donne une importance toute particulière à cette Nuit, c’est que nous célébrons l’impact de l’entrée de Dieu dans notre vie personnelle et collective -- dans notre vie familiale, politique et économique.  L’Évangile ne nous dit-il pas que Jésus est né dans le contexte d’un déplacement occasionné par un recensement de la population dans l’Empire romain et le bizarre caprice d’un politicien voulant que chacun aille se faire inscrire dans son lieu d’origine. De plus, Jésus, comme tout premier-né, vient changer radicalement la vie d’un tout jeune couple.  Et les premiers témoins de sa naissance, après ses parents, sont d’humbles bergers gagnant leur vie par leur travail nocturne dans les montagnes environnantes.  On ne pourrait être plus concret.  Toutes les dimensions de la vie humaine sont impliquées, et pourrait dire que, des trois messes de Noël, celle de la nuit est celle qui a une dimension « politique », dans le plus large et le plus noble sens du mot.

 

            Une nouvelle naissance apporte beaucoup de choses ; et normalement elle apporte de la joie.  Et c’est de joie dont il est question avant tout dans les lectures bibliques que nous avons entendues, en particulier dans celle d’Isaïe.  Mais là aussi, nous nous retrouvons en plein dans la pâte humaine.  Isaïe, le plus grand des prophètes de l’Ancien Testament, est aussi le plus politique.  Toutes ses prophéties consistent à relire l’histoire vécue quotidiennement par le peuple juif – son peuple – à la lumière de la volonté de Dieu.

 

            La première lecture de notre célébration, tirée d’Isaïe, précisément, commençait par ces mots : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi ».  Pour bien comprendre de quelle lumière parle Isaïe, il faut se rappeler à quelles ténèbres il fait allusion.  Il s’agit des ténèbres dont il a parlé dans les versets précédents, et qui ont trait à l’exil du peuple.  Il vaut la peine de citer ces quelques versets pour comprendre son message sur la lumière sui se lèvera : « « On traversera le pays, accablé et affamé.  Sous l’effet de la faim, on s’irritera et on maudira son roi et son Dieu.  On se tournera vers le haut, puis on regardera vers la terre et voici : détresse et ténèbres, obscurité angoissante, nuit dans laquelle on est poussé » (Is 8, 21-23).  Et c’est à ce peuple angoissé, opprimé, découragé qu’est promis la lumière et la joie.

 

            Dans la vie de l’humanité il y a des périodes de malheur et de détresse.  Les peuples passent périodiquement par des moments de détresse profonde, d’écrasement et d’angoisse, comme actuellement le peuple d’Irak ou encore celui de Palestine.  Dans chacune de nos vies il y a aussi un jour ou l’autre des moments obscurs et pénibles.  Le message d’Isaïe, comme le message de l’ange aux bergers dans l’Évangile de cette nuit, est qu’il y a une lumière supérieure qui peut vaincre toutes les ténèbres, et que la vue de cette lumière, même le simple fait de l’entrevoir, doit être pour chacun de nous une source de grande joie.

 

            Les premières lignes du livre de la Genèse, dans la description poétique qu’elles nous donnent de la création du monde, nous présentent un univers dans un chaos initial total, recouvert de ténèbre.  L’oeuvre du premier jour de la création fut la création de la lumière.  « Et Dieu vit que la lumière était bonne ! ».  La naissance de Jésus est une nouvelle création.  Elle nous apporte le message que, quelques soient les ténèbres où peuvent se trouver le monde et qui peuvent affecter nos vies personnelles,  la Lumière du Christ pour dissiper nos ténèbres si nous la laissons entrer dans nos vies.  Une lumière qui, dans sa victoire sur les ténèbres peut apporter la paix partout où il y a guerres et luttes. 

 

            Ouvrons nos coeurs et nos vies à la Lumière de l’enfant de Bethléem, le Prince de la Paix, et demandons-lui d’apporter la paix dans notre monde, entre tous les peuples, dans nos vies communautaire et familiale, et tout d’abord en chacun de nos coeurs.

 

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