29 mai 2005 – Fête du Corps et du Sang du Christ

Dt 8, 2…16 ; 1 Co 10, 16-17 ; Jn 6, 51-58

 

Homélie

 

            Le Deutéronome, cinquième et dernier livre du Pentateuque -- c’est-à-dire l’ensemble des Livres de l’Ancien Testament racontant l’origine du Peuple d’Israël et sa formation dans le désert – met dans la bouche de Moïse trois grands discours solennels prononcés devant le peuple, avant l’entrée dans la terre promise.  À leur sujet, on a parfois parlé de « Testament de Moïse ».  La première lecture de notre célébration de ce matin est tirée d’un de ces trois discours, d’une spiritualité profonde que nous sommes presque surpris de retrouver si tôt, dans l’Ancien Testament, longtemps avant l’époque des grands prophètes d’Israël.

 

            Ce texte commence par les mots « Souviens-toi… », qui déjà portent notre esprit vers la Dernière Cène et les paroles de Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi ». Se souvenir, faire mémoire, se connecter – se re-connecter sans cesse – avec notre passé glorieux, fait partie de l’histoire de notre foi, fait partie de notre « histoire du salut ».  Comme Moïse le rappelle, Dieu n’est pas tout simplement intervenu soudainement un jour dans l’histoire de ce peuple ; il lui a été présent d’une façon constante, à travers les événements joyeux et tristes de la vie.  Il ne l’a jamais abandonné au cours de ces quarante ans passés au désert.  Durant ces quarante ans d’épreuve, le peuple a mûri et a appris à ne compter que sur Yahvé, et non sur des appuis humains. 

 

Le désert, dans la Bible, est le symbole de la foi pure.  La faim physique s’y transforme en occasion de confiance en un Dieu qui satisfait pleinement. Mais plus tard, dans une société prospère et consommatrice, le peuple oublia Dieu.  C’est alors que les discours de Moïse furent redécouverts et prirent tout leur sens. « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8,3), disait déjà Moïse, dans des mots que les Évangiles (Mt 4,4 ; Luc 4,4) mettent sur les lèvres de Jésus dans sa réponse au tentateur à la fin de ses quarante jours de jeûne au désert.

 

Dans la célébration d’aujourd’hui, nous célébrons Jésus, Pain de Vie, comme celui qui peut satisfaire toutes les faims de tous nos déserts.  Il est la manne véritable donnée par Dieu à l’humanité.  Toutes les autres nourritures terrestres (que ce soit l’argent, les honneurs, le pouvoir, le sexe, etc.) ne peuvent jamais satisfaire pleinement le cœur humain. Au contraire, elles engendrent souvent une faim plus grande.  Alors Jésus, à travers sa vie et ses paroles nous apporte la réponse à toutes nos faims et nos attentes.

 

Le texte d’Évangile que nous avons lu est tiré du long discours sur le Pain de Vie que nous trouvons au chapitre 6 de saint Jean, après le récit de la multiplication des pains.  Au moment où Jean écrit son Évangile, la pratique eucharistique est déjà solidement établie et c’est à la lumière de cette pratique que lui et ses lecteurs comprennent les paroles de Jésus.  Toute la préoccupation de Jésus est que nous ayons la Vie, et que nous l’ayons en plénitude. D’ailleurs le texte que nous avons lu est encadré par la même affirmation qui revient au début et à la fin : « Si quelqu’un mange de ce pain il vivra éternellement » (v. 51) et « celui qui mange de ce pain vivra éternellement » (v. 58).  Et, entre ces deux affirmations, Jésus se présente avec l’une de ces formules très fortes « moi, je suis ».  « Moi, je suis le pain vivant descendu du ciel ».  Et il ne faut surtout pas manquer de remarquer la référence au Père : « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi ».

 

Nous sommes ici vraiment au cœur de tout le message de Jésus dans l’Évangile de Jean.  Jésus est UN avec son Père.  Il est venu pour nous donner la Vie et il l’a fait en se donnant tout entier, jusqu’à la mort (c’est ce que signifient les expressions très fortes : « ma chair » et « mon sang ».  Il nous a aimés jusqu’au bout.  Or, il nous dit, et ne cesse de nous rappeler que nous sommes tous appelés à devenir UN avec lui comme il est UN avec son Père, à être assimilés à lui, à être transformés en lui.  Ce qui nous confère une grande dignité, mais comporte aussi une grande responsabilité : celle d’être prêts, nous aussi, à aimer jusqu’au bout ; être prêts à nous donner tout entiers, y compris jusqu’à la mort s’il le fallait, pour nos frères et nos sœurs.  C’est la voie vers la plénitude de Vie, déjà dès ici-bas et pour l’éternité.

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Homélies pour la même solennité, les années précédentes

2004 : en français

2003 : en français

2001 : en français / en italien

2000 : en anglais / en italien

1999 : en français / en italien