28 novembre 2004 – 1er dimanche de l’Avent « A »

Is 2,1-5 ; Rm 13,11-14a ; Mt 24,37-44

 

 

Homélie

 

            Le prophète Isaïe était un utopiste.  Il vécut dans un temps très tourmenté, du point de vue social, politique et religieux.  Il s’efforça d’éveiller le peuple à l’espérance, annonçant une humanité nouvelle.  En mettant le Temple de Jérusalem – lieu où résidait la gloire de Dieu -- au coeur de cette nouvelle humanité, il évoquait l’image de la paternité universelle de Dieu sur toutes les nations. 

 

            Dieu sera le père et l’arbitre de toutes les nations.  Celles-ci ne se soulèveront plus les unes contre les autres, on ne s’entraînera plus à la guerre.  Quelle utopie !  Mais voyons de plus près en quoi elle consiste, cette utopie.  On ne se limitera pas à enterrer la hache de guerre.  On ne se contentera pas de ne plus utiliser les armes ni même de les détruire (comme il arrive, de nos jours aux grandes puissances de détruire une partie symbolique de leur armement nucléaire ou autre).  On transformera plutôt les épées en socs de charrue et les lances en faucilles, c’est-à-dire en instruments de travail.  On remplacera la guerre par une activité de développement.  C’est là une utopie qu’il faut toujours raviver et garder vivante, jusqu’au jour où elle se réalise, car l’humanité ne saurait vivre sans elle.

 

            D’autant plus que cette utopie exprime le dessein de Dieu sur notre humanité.  Un dessein dont la réalisation connaît deux étapes :  d’abord l’établissement de la fraternité ici-bas entre les hommes et les peuples au coeur de l’histoire humaine, la deuxième étape se situant au-delà de l’histoire.

 

            La parole de Jésus à ses disciples rapportée en ce chapitre 24 de Matthieu :« Veillez... car vous ne connaissez pas le jour où votre serviteur viendra » doit être mise en parallèle avec la même exhortation qu’il fera quelques pages plus loin à ses trois disciples les plus intimes qu’il a amenés avec lui au jardin de Gethsemani : « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez avec moi » (Matthieu 26,38).

 

            Être éveillé signifie non seulement ne pas s’endormir sus nos lauriers, dans l’insouciance, comme au temps de Noé, mais cela signifie aussi veiller avec Jésus, l’accompagner dans sa monté vers Jérusalem et sur la croix.  Cela signifie ne pas le laisser seul devant sa mort, point culminant de sa lutte contre les structures injustes de notre société.

 

            En considérant tous les conflits armés qui ravagent actuellement l’humanité, à commencer par celui de l’Irak, on peut penser que la prophétie d’Isaïe est bien loin d’être réalisée et qu’il s’agit d’une « utopie » dans le sens populaire du mot.  Mais les paroles de Jésus dans l’Évangile nous assurent que cette utopie se transformera un jour en réalité.  Nous avons chacun notre part à faire, dans notre vie quotidienne comme dans nos relations sociales, pour que cette « fin », cet objectif vers lequel tend toute l’histoire se réalise plus rapidement.  Si le temps où cela se réalisera n’est connu que du Père, c’est parce que lui seul connaît nos coeurs.

 

            Si toutes les armes utilisées actuellement dans les conflits qui ravagent la planète étaient transformées en socles de charrue et en faucilles, il y aurait de quoi labourer non seulement toute la planète terre, mais sans doute aussi les planètes voisines ( !), et, en tout cas, de quoi procurer à manger aux milliards d’êtres humains qui souffrent de la faim.  Mais si nous ne faisons qu’attendre que les politiciens résolvent ce problème, nous ne « veillons » pas ; nous nous endormons simplement sur nos lauriers comme faisaient les contemporains de Noé.  Il nous est demandé de faire chacun notre part à notre niveau.  Et pour cela il suffit que nous transformions toutes les épées et toutes les lances de nos petits conflits quotidiens en autant d’instruments de travail pouvant servir à la construction de la communauté humaine et d’une société plus aimante et plus conforme au plan de Dieu.

 

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Homélie pour le même dimanche en 2001

   en français -- in italiano

et en 1998 : en français