5 mai 2005 – Solennité de l’Ascension

Ac 1, 1-11; Ep 1, 17-23 ; Mt 28, 16-20

 

H O M É L I E

 

            La mort de Jésus avait été pour les disciples et particulièrement pour les Apôtres une profonde tragédie. Cette  tragédie avait affecté non seulement Jésus lui-même, mais les affectait profondément eux aussi.  Il n’est pas facile de se rendre compte de ce que cet échec – apparent – représentait pour eux.  Ils avaient mis toute leur foi leurs espoirs en ce jeune prophète.  Pour le suivre ils avaient tout abandonné – non seulement les quelques possessions matérielles qu’ils pouvaient avoir, mais leur famille, leur métier, et surtout leurs autres rêves.  Ils avaient tout misé sur lui et voici que tout s’écroulait.  Il me semble que la phrase qui nous transmet le mieux ce que pouvait être leur attitude est celle des disciples d’Emmaüs : « Nous pensions que c’était lui qui devait libérer Israël… »  « Nous pensions que… et voilà… ».

 

            Les nombreuses apparitions de Jésus durant les semaines qui suivirent la mort et la Résurrection de Jésus furent comme un temps de transition qui leur fut donné.  Un temps pour faire le deuil de toutes leurs attentes humaines.  Jésus, en admirable pédagogue, les habituait graduellement à son absence. 

 

            Le début des Actes des Apôtres montre bien que la dernière apparition de Jésus, ou son Ascension, fut la fin de cette période de deuil (non pas le deuil du Christ mais le deuil de leurs attentes trop humaines) et le début d’une période nouvelle.  Le début de l’Église.  Tout ce qui concerne Jésus – ce qu’il a fait et ce qu’il a enseigné, Luc l’a consigné dans son Évangile.  Dans le nouveau livre qu’il commence et qu’il adresse à son ami Théophile, il va raconter l’histoire des débuts de l’Église.

 

            Paul n’a pas connu cette période, puisqu’il n’avait pas connu Jésus avant sa mort.  Le Christ qui s’est manifesté à lui sur la route de Damas était le Christ ressuscité, présent dans son Église. « Je suis Jésus, que tu persécutes » lui avait dit le Seigneur.  Pour Paul, dès le point de départ de sa conversion, Jésus est le Christ ressuscité des morts, assis à la droite du Père, mais en même temps la tête de son Église, continuellement présent dans le monde à travers ceux qui croient en lui et sont ses témoins.   

 

            Le récit de l’Ascension est l’un des récits concernant Jésus où l’on trouve le plus de différences d’un Évangéliste à l’autre, aussi bien concernant le moment que le lieu où il se produit ou les paroles prononcées pas Jésus.  Il est donc évident qu’il ne faut pas lire ces récits avec des catégories spatiales ou même temporelles.  Le message que chacun des Évangélistes veut nous livrer, concerne le passage du ministère de Jésus au ministère de l’Église.  On peut dire que l’Église commence sa mission à ce moment précis. 

 

            C’est le récit de Matthieu que nous avons dans l’Évangile d’aujourd’hui.  Arrêtons-nous quelques instants sur les paroles de Jésus.  Il affirme d’abord que « tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre ».  À première vue il est surprenant d’entendre Jésus parler ainsi de « pouvoir », alors que durant toute sa vie terrestre il a refusé le pouvoir et refusé de l’exercer.  Mais le paradoxe évangélique est précisément que c’est celui qui s’abaisse qui est élevé.  Comme le dira si bien le bel hymne christologique repris par saint Paul dans sa lettre aux Philippiens : « Il s’est anéanti, il s’est fait obéissant jusqu’à la mort… c’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné le nom de Kyrios, de Seigneur », le nom de Dieu.  Il a donc pleine autorité sur ses disciples et il les envoie, tout comme le Père l’avait envoyé. « Allez donc ». 

 

            Leur mission est « de faire des disciples de toutes les nations, les baptisant et leur apprenant à garder tous les commandements qu’Il leur avait donnés ».  Comment feront-ils cela. Essentiellement en étant ses témoins à travers leur vie.  C’est ce que nous avons entendu dans le texte des Actes : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre. »

 

            Où trouveront-ils la force de remplir cette mission ? Dans la simple promesse que leur fait Jésus : « Je suis (non pas « je serai », mais « je suis ») avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

 

            Cette mission transmise aux disciples est aussi la nôtre.  Quelle que soit notre vocation particulière au sein de l’Église – que nous soyons personne mariée, moine, prêtre, etc. -- nous sommes tous appelés à être les témoins du Christ ressuscité à travers notre vie chrétienne.  Demandons donc au Seigneur au cours de cette Eucharistie, d’être toujours fidèles à cette mission, forts de la certitude qu’il est toujours avec nous – présent dans notre monde, dans notre Église et en chacun de nos cœurs.

**********

Autres homélies pour l'Ascension :

2004 : français / italiano

2003 : français / italiano

2001 : français / italiano

1999 : français / italiano