2 octobre
2005 -- 27ème dimanche ordinaire « A »
Is
5,1-7 ; Ph 4,6-9 ; Mt 21,33-43
H O M É
L I E
Parmi
les Livres de l’Ancien Testament il y en a un, le Cantique des Cantiques,
qui est tout entier un chant d’amour ou une série de chants d’amour. Même si les esprits cartésiens ont souvent exprimé
de la surprise à voir ce genre de poésie dans la Bible, les grands mystiques
juifs et chrétiens de tous les temps y ont vu une image de la relation d’amour
entre Dieu et son peuple. Et plus d’un
de ces mystiques – saint Bernard par exemple – l’ont largement commenté.
Or, l’on trouve d’autres exemples semblables un peu partout dans la
Bible ; et le chant du bien-aimé à sa vigne, que nous
avons entendu dans la première lecture, tirée du prophète Isaïe en est un
bel exemple.
Isaïe
écrivait sans doute quelques siècles avant l’auteur du Cantique des Cantiques,
et Jésus lui-même reprendra l’image de la vigne, plusieurs siècles plus tard.
Il le fait dans l’Évangile d’aujourd’hui comme il l’avait fait dans celui
de dimanche dernier. Le texte d’Isaïe
reprend sans doute un chant populaire, où le bien-aimé se plaint de sa vigne,
de qui il attendait de bons raisins et qui ne lui en a donné que de mauvais. Il appelle les habitants de Jérusalem à être
les juges entre lui et sa vigne, envers qui il est d’une sévérité extrême. C’est évidemment qu’Isaïe – ou l’auteur de ce
chant populaire -- ne connaissait pas encore assez bien le Maître de la vigne.
Il ne connaissait pas le Père de Jésus.
Avec
Jésus, l’utilisation de l’image est tout autre.
Le propriétaire de la vigne n’a pas de problème avec celle-ci mais
avec les vignerons à qui il l’a confiée et qui, au lieu de consacrer toute
leur énergie à lui faire donner de bons fruits, veulent en profiter égoïstement
et vont jusqu’à tuer le fils même du maître de la vigne. Évidemment cette parabole adressée aux chefs
des prêtres et aux pharisiens décrit leur propre attitude tant à l’égard du
peuple qu’à l’égard de Jésus lui-même, qu’ils mettront bientôt à mort.
Et
cependant, même à leur égard l’attitude de Jésus est tout autre que celle
du bien-aimé dans le chant d’Isaïe. Jésus
n’est pas intéressé à punir. Il est
seulement intéressé à ce que sa vigne, son peuple, son église porte des fruits.
Lorsqu’il pose la question : « quand le maître viendra, que
pensez-vous qu’il fera à ces vignerons ? »
ses interlocuteurs répondent : « Ces misérables, il les fera
périr misérablement. Il donnera la
vigne en fermage à d’autres vignerons, qui lui remettront le produit en temps
voulu. » Dans sa réaction à cette
réponse, Jésus ne reprend que la seconde partie : « Le royaume de
Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son
fruit. » Il n’est pas intéressé à la punition et encore moins à la vengeance.
De plus, il ne s’agit pas ici d’enlever le royaume aux Juifs pour le
donner aux païens, comme pourrait nous le faire penser une lecture rapide
et superficielle. En réalité la maison de Dieu est et demeure
le peuple choisi auquel viennent s’ajouter les nations. Ceux qui sont en cause, ce sont les pasteurs.
Il y a là une leçon sévère pour quiconque exerce un ministère de quelque
nature que ce soit dans le Peuple de Dieu.
Ce ministère est pour le bien du Peuple et non pour sa propre satisfaction.
Mais
ce qui revient le plus fortement tout au long de cette parabole, c’est la
nécessité de porter des fruits. Et
cela nous concerne tous. Nous n’avons
pas reçu le message évangélique simplement pour notre satisfaction personnelle
ou simplement pour faire notre salut. Nous l’avons reçu pour que nous portions des
fruits – des fruits de justice et de droiture, selon le texte d’Isaïe.
Tous ensemble nous sommes l’Église, et l’Église existe pour le monde. Demandons-nous, au fond de nos cœurs, si, par
notre façon de vivre, nous concourons à créer en notre monde ce règne du droit
et de la justice.