8 avril 2004 – Jeudi Saint

Ex 12, 1...14;  1 Co 11, 23-26; Jn 13, 1-15

 

 

H o m é l i e

 

            Dans la célébration de demain, nous ferons d’une façon spéciale la mémoire de la mort de Jésus. Dans le récit de l’institution de l’Eucharistie que nous avions dans la lettre de Paul aux Corinthiens (2ème lecture de la messe d’aujourd’hui) – qui est d’ailleurs le plus ancien récit que nous ayons de cet événement – Jésus donne le sens de sa mort lorsqu’il dit : « Ceci est mon corps livré pour vous... Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ».

 

            Cette révélation du sens de la mort de Jésus est la clé pour une compréhension profonde du sens de sa vie.  Et puisque Jésus est le Fils de Dieu fait homme, le sens de sa vie et de sa mort nous donne la clé pour comprendre le sens de notre propre vie et de notre propre mort.

 

            Ce message, qui vaut évidemment pour tous les temps, vaut particulièrement pour notre temps où l’on semble avoir collectivement perdu plus que jamais auparavant le sens de la vie et de la mort humaine.  D’une part on craint terriblement la mort et l’on s’efforce de faire comme si elle n’existait pas.  D’autre part, on est de nos jours témoins d’un mépris de la vie humaine contre lequel on aurait pu croire l’humanité vaccinée après les hécatombes de deux grandes guerres mondiales du siècle dernier.  Ceux que l’on appelle « terroristes » font valoir leurs revendications – souvent légitimes – sans se soucier du nombre d’innocents qu’ils fauchent ; et la répression du terrorisme s’accompagne trop souvent du même mépris de la vie, l’élimination d’un seul « suspect » s’accompagnant parfois de destructions massives et de la mort de dizaines de personnes.

 

            Quel est le sens de la vie et de la mort de Jésus ?  C’est une vie et une mort pour les autres – pour nous, en l’occurrence !  L’Évangéliste Jean fait débuter son récit de la dernière Cène par cette affirmation :  « Sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ».  Cette phrase introduit non seulement le récit du dernier repas de Jésus avec ses disciples, mais bien le récit de ses dernières heures, jusqu’à sa mort inclusivement. 

 

            Cet amour de Jésus pour les siens – aussi bien « les siens » au sens large, ceux qui ne l’ont pas reçu [cf. « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu] que « les siens » avec qui il prend ce dernier repas – Jésus l’exprime sous forme de service.  Non seulement il se met à leur service, mais il les invite à un service mutuel – « Je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez de même ». 

 

            C’est ce que Pierre n’arrive pas à comprendre : l’égalité de tous devant Dieu.  Il veut à tout prix défendre le rang de « Seigneur » de Jésus.  Et l’on sait que défendre le rang d’un autre est toujours une façon indirecte de défendre le sien.

 

            Pour ce service – à savoir le lavement des pieds – Jésus dépose son vêtement et se met un tablier de service à la ceinture.  À la fin il reprend son vêtement, mais il n’est pas dit qu’il enlève le tablier de service.  Déposer son vêtement et le reprendre correspond à son affirmation : « Je dépose ma vie et je la reprends ».  Mais même dans son état de ressuscité il demeure celui qui sert – il n’a pas enlevé son tablier de service.

 

            Depuis sa mort et sa résurrection c’est à travers ses disciples qu’il réalise ce service.  C’est là la nature même de la communauté chrétienne et de la fraternité universelle.  C’est sans doute pour cela que lorsque Paul, s’il raconte aux Corinthiens l’institution de l’Eucharistie, c’est pour tourner tout de suite son attention vers la communauté :  Manger ensemble ce pain et boire à cette coupe, c’est proclamer la mort du Seigneur pour nous tous ;  et donc manger de ce pain et boire à cette coupe indignement – c’est-à-dire sans tenir compte des besoins des plus nécessiteux, c’est pécher contre la communauté, donc contre le Corps du Christ, et donc contre le Christ.

 

            Puisse notre Eucharistie non seulement nous unir profondément les uns aux autres dans un esprit de service, mais nous ouvrir tous ensemble au service de tous nos frères et de toutes nos soeurs en humanité.

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Autres homélies pour le Jeudi Saint des années précédentes:

2003 - français / italiano

2002 - français

2001 - français / italiano

2000 - français / italiano

1999 - français / portuguais