4 janvier 2004 – Épiphanie du Seigneur

Is 60,1-6 ; Ép 3,2-3a.5-6 ; Mt 2,1-12

 

 

Homélie

 

            Le mot Épiphanie veut dire « révélation ».  Or, la révélation soulignée dans chacune des trois lectures de la Messe d’aujourd’hui, c’est celle de l’universalité du salut offert par Dieu et du fait que toute personne humaine est appelée et que toute personne de bonne volonté peut être sauvée. 

 

            Le Peuple juif avait une mission particulière, celle de recevoir la Révélation d’un Dieu Père voulant entrer en relation personnelle d’amour avec ses créatures.  Israël fut toujours tenté de concevoir qu’il était le seul peuple choisi et que le salut lui était réservé.  Déjà les prophètes, Isaïe par exemple, dans notre première lecture d’aujourd’hui, annoncent que toutes les nations viendront partager cette relation avec Dieu : « Les nations marcheront vers ta lumière...Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur.  Dans la seconde lecture, Paul, formé aux meilleures écoles du Judaïsme, mais illuminé d’une façon particulière sur le chemin de Damas, annonce aux Éphésiens, dans le texte que nous avions comme deuxième lecture, que le « mystère du Christ » qui lui a été révélé, c’est que « les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse [que les Juifs], dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile ».

 

            Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Matthieu écrivant à des Chrétiens convertis du judaïsme, leur montre dans cette scène à la crèche de Bethléhem, la réalisation de la prophétie d’Isaïe, avec les mages venus d’Orient apportant or, argent et myrrhe et adorant l’enfant Jésus, alors même que non seulement Hérode, mais « tout Jérusalem avec lui » sont pris d’inquiétude à la nouvelle qu’un roi est né à Israël. 

 

            Le Peuple des Chrétiens, à son tour, comme le peuple d’Israël dans le passé, a toujours eu la tentation de croire qu’il était le seul sauvé, alors qu’il a reçu comme mission de proclamer la venue du salut pour tous en Jésus de Nazareth.  La solennité de l’Épiphanie est, chaque année le rappel de l’universalité du salut.

 

            À cette foi en l’universalité du salut offert par Dieu, s’opposent tous les fondamentalismes. Et la célébration de l’Épiphanie, cette année, prend sans doute une importance nouvelle, du fait que l’année qui vient de se terminer a été marquée d’une façon tout à fait particulière par l’exacerbation de tous les fondamentalismes --   que ce soit le fondamentalisme islamique d’Al Quaida, qui ne représente aucunement l’Islam, ou de fondamentalisme d’un christianisme politique d’extrême droite, qui prétend pourvoir exterminer le mal, et qui n’a rien de chrétien, ou encore un certain fondamentalisme laïque, que nous connaissons trop bien en Belgique, et qui est aux antipodes d’une laïcité éclairée.

 

            Tous les fondamentalismes, de quelque acabit qu’ils soient ont ceci de commun qu’ils opposent les hommes les uns aux autres et engendrent les luttes et la guerre.  Le message de l’Évangile d’aujourd’hui, si bien repris dans la lettre de saint Paul, est que toute personne humaine, quels que soient son origine, la couleur de sa peau, sa langue et sa culture et le pays où elle est née, est appelée à s’intégrer au grand projet de convertir le monde qu’est le nôtre en un monde de frères et de soeurs, puisque Dieu s’offre comme Père à tous ceux qui l’acceptent.

 

            Jérusalem, dans l’Évangile d’aujourd’hui, représente le pouvoir -- aussi bien civil que religieux -- préoccupé de sauvegarder ses privilèges.  Non seulement il ne s’ouvre pas à la lumière, mais ceux qui s’en approchent perdent contact avec la lumière qui les guidait.  C’est seulement lorsque les mages quittent Jérusalem que l’étoile qui les avait conduit jusque là leur apparaît à nouveau et les remplit d’une grande joie.  Ils se garderont bien d’y repasser au retour. 

 

            Sachons identifier dans nos propres vies les circonstances et les lieux qui nous coupent du contact avec l’étoile qui nous guide et de la joie de marcher vers Celui qui donne un sens à notre vie. Ouvrons-nous au partage avec tous ceux sur qui Dieu a fait briller son étoile, aux quatre coins de l’univers.

 

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Homélies pour la même solennité des années précédentes:

2003 - français / italien
2002 - français / italien
2001 - français
2000 - français /italien
1999 - français