16 avril 2004 -- vendredi de l’Octave de Pâques

Actes 4, 1-12 ; Jean 21, 1-14.

Abbaye de Soleilmont

 

H O M É L I E

 

 

            Dans la vie spirituelle d’une personne, comme nous le savons sans doute de par notre expérience personnelle, il y a des périodes – parfois assez longues – où aucun progrès ne semble se produire ; puis, en général à l’occasion d’une crise, une transformation rapide se réalise soudain.  C’est ce qui est arrivé aux Apôtres, et particulièrement à Pierre, au moment de la mort et de la résurrection de Jésus, et plus particulièrement après la Pentecôte.

 

            Nous savons comment Pierre, même après avoir proclamé la messianité de Jésus à Césarée (« Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ») continue de s’attendre à ce que Jésus manifeste son caractère messianique en rétablissant le royaume temporel de David, et est près à défendre Jésus par l’épée au jardin des Oliviers.  Il est aussi faible qu’il est prompt à s’engager.  À peine après avoir promis solennellement à Jésus qu’il le suivrait jusqu’à la mort, il le trahit trois fois. 

 

            Après les événements tragiques du Vendredi Saint, et malgré le témoignage des femmes qui rapportent le message qu’elles ont reçu des anges le matin de Pâques, Pierre et les autres Apôtres sont retournés dans leur patelin de Galilée, et se sont remis à leur métier de pêcheur.  Et c’est au cours d’une nuit de pêche sur le lac que Jésus leur apparaît.  Dès que Jean dit : « C’est le Seigneur », Pierre, toujours aussi primaire, se jette à l’eau pour rejoindre Jésus sur le rivage.  Tout comme les autres, il est à la fois croyant et hésitant : ils « savent bien » que c’est le Seigneur, mais aucun d’entre eux n’ose lui poser la vraie fondamentale :  « Qui es-tu ? ».  C’est tout de suite après cette scène, en ce même endroit que Jésus demandera trois fois à Pierre : « M’aimes-tu ? »

 

            Le changement radical et définitif se produira chez Pierre, comme sans doute chez les autres Apôtres, au moment où Jésus  soufflera sur eux et leur communiquera l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte.  Après cela Pierre ne sera plus le même homme.  Lui qui avait pris peur dès qu’une servante avait dit : « Tu es l’un de ceux-là » et avait renié Jésus, maintenant « rempli de l’Esprit Saint », parle avec courage et audace aux chefs des prêtres, aux anciens et aux scribes : « C’est par le nom de Jésus-Christ, que vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité des morts que cet homme a été guéri ». 

 

            Ce courage ne manquera plus jamais à Pierre.  Il le conduira jusqu’à Rome et jusqu’au martyre. 

 

            Prions les uns pour les autres afin que cette saison de Pâques soit pour chacun de nous un de ces moments forts qui provoque une intensification et une accélération de notre cheminement spirituel.  Prions pour que l’Esprit Saint descende sur nous en abondance durant cette cinquantaine pascale.  Qu’il nous donne la foi qui reconnaisse en Jésus la pierre angulaire sur laquelle toute notre vie peut se construire ; et qu’il nous accorde la grâce de toujours témoigner de lui dans notre vie, quelles que soient les nombreuses petites morts auxquelles cela puisse nous conduire.