8 décembre 2003 -- Immaculée Conception

Gn 3,9-15.20 ; Ép 1,3-6.11-12 ; Lc 1,26-38

 

 

Homélie

 

            Notre Ratio, c’est-à-dire le document de notre Ordre décrivant l’esprit et l’itinéraire de la formation monastique, dit que cet itinéraire, parcouru tout au long de notre vie, a pour but « la transformation progressive de la personne à la ressemblance du Christ par l’action de l’Esprit de Dieu ».  Et le texte ajoute que nous sommes aidés en cela « par la sollicitude maternelle de Marie, Mère de Jésus et de l’Église, notre modèle dans la suite du Christ. »  La Fête d’aujourd’hui a donc une importance toute particulière pour nous, et les textes scripturaires lus durant cette Eucharistie, prennent aussi un signification particulière pour nous.

 

            L’ange Gabriel salue Marie comme celle qui a été comblée de grâce (kecharitôménè) par Dieu.  Or, saint Paul, dans sa Lettre aux Éphésiens, utilise le même verbe pour parler du don que le Père nous a fait (echarítôsen) en Jésus-Christ,

nous ayant choisis avant même la création du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour ;  et nous ayant destinés à devenir pour lui des fils par Jésus-Christ.  Tout comme Jésus est le premier né d’une multitude de frères, Marie est la première née d’une multitude de prédestinés à devenir conformes à l’image de son Fils.  Elle est en cela notre modèle et notre guide.

 

            Le Prologue de la Ratio, dont j’ai parlé il y a un instant, décrivant en un grand raccourci le processus de la croissance spirituelle, au sein de la communauté cistercienne, dit que, progressant dans l’humilité et la connaissance de nous-mêmes, nous sommes amenés à découvrir les profondeurs de la miséricorde de Dieu dans nos vies et apprenons ainsi à aimer.  Alors, détachés peu à peu des fausses sources de sécurité, nous pouvons croître en dépendance vis-à-vis de Dieu et courir, le coeur dilaté, dans la voie de son service.  Ce qui, pour nous, est un processus de croissance durant toute la vie, Marie l’a eu comme grâce dès le moment de sa conception.  C’est pourquoi l’Ange peut la saluer en l’appelant à la joie : « Réjouis-toi, Marie ».

 

            Luc, dans son Évangile, met en parallèle, les opposant dans une certaine mesure,  la rencontre de l’Ange Gabriel avec Marie et sa rencontre antérieure avec Zacharie.  Zacharie est de famille lévitique, habitant de Judée, exerçant son ministère sacerdotal dans le Temple de Jérusalem.  Rien ne manque à son arbre généalogique.  Et pourtant lorsque l’ange lui apparaît il se trouble, discute et hésite à croire.  Marie est, au contraire, une humble fille de Galilée, d’une bourgade qui n’est même jamais mentionnée dans l’Ancien Testament.  Elle ne se trouble pas, ne discute pas – demandant simplement « comment cela se fera ? » et se déclare la « servante » du Seigneur – la servante de celui qui se fera lui-même le serviteur de ses propres disciples.  De son dialogue avec Dieu naîtra en elle le Fils de Dieu.

 

            Demandons-lui de nous obtenir la grâce de la pureté de coeur qu’elle eut dès sa conception, qui nous permette de voir la présence de la grâce de Dieu dans nos vies, et la pauvreté de coeur qui nous permette de recevoir, nous aussi dans la joie, le don de la naissance en nous de son Fils, par notre transformation graduelle à Son image.

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Homélies pour la même solennité, les années précédentes :

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