3 octobre 2004 - 27ème dimanche C

Ha 1, 2... 2, 4 ; 2 Tm 1, 6...14 ; Lc 17, 5-10

 

H o m é l i e

 

 

            Le prophète Habacuc vivait dans un temps d’épreuve, quand le peuple juif était exposé aux invasions et à la destruction.  Dans sa prière à Dieu il fait sien le cri du peuple : « Pourquoi ? – Pourquoi toute cette violence et cette destruction ? »  Mais sa vision se termine par un cri d’espérance :  « L’homme juste, à cause de sa foi, vivra. »  C’était notre première lecture.

 

            Dans la deuxième lecture, nous avons un texte de saint Paul.  Au moment où il écrit cette lettre, Paul est un homme avancé en âge, prisonnier, attendant la mort qui d’ailleurs ne tardera pas à venir.  Il écrit à son disciple Timothée qu’il a ordonné par l’imposition de ses mains.  Il l’invite à ne pas être timide et à ne pas hésiter à assumer la responsabilité qu’il a reçue.  Il ne doit pas avoir honte de la mission qui est la sienne de témoigner de sa foi au Christ dont il est, de par son ordination, le prêtre et l’évêque.

 

            Et, finalement, dans l’Évangile, les Apôtres demandent à Jésus : « Augmente en nous la foi ! » et Jésus leur répond :  « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : « Déracine-toi et va te planter dans la mer », et il vous obéirait. »

 

            Il y a donc un thème commun qui parcourt ces trois lectures ;  et c’est le thème de la foi.  Mais qu’est-ce que la foi ?  Sommes-nous certains d’avoir la foi en Dieu et en son Fils, Jésus-Christ ?  Nous sommes évidemment des croyants !  Si nous n’étions pas croyants, nous ne serions pas ici ce matin, en train de célébrer l’Eucharistie en mémoire du Christ.  Mais être croyant signifie avoir des croyances ; et le fait de « posséder des croyances » n’est pas la même chose que « d’avoir la foi ».

 

            La foi est confiance totale.  Et nous ne pouvons avoir confiance totale qu’en quelqu’un que nous connaissons intimement, quelqu’un avec qui nous avons une relation personnelle profonde, quelqu’un que nous aimons.  Et voici une autre distinction importante.  Je puis connaître beaucoup de choses au sujet d’une personne et ne pas la connaître vraiment.  Je puis avoir lu la biographie du Pape, ou d’un chef d’État ou d’un auteur.  Je puis connaître tous les détails de leur vie.  Si je ne les ai jamais rencontrés, si je n’ai pas établi une relation personnelle avec eux, je ne puis pas dire que je les connais.  C’est la même chose avec Dieu.  Je puis avoir lu et étudié beaucoup de livres sur Dieu.  Je puis bien connaître l’Ancien et le Nouveau Testament.  Je puis connaître et accepter tout ce que l’Église enseigne ;  si je n’ai pas une relation personnelle d’amour avec Dieu dans la prière, je ne puis pas dire que je le connais.  Je connais seulement de belle choses à son sujet.

 

            C’est la raison pour laquelle le Christ, un jour, demanda à ses disciples non pas ce que les autres disaient de lui, mais bien : « Vous, qui dites-vous que je suis ? » « Me connaissez-vous vraiment ? »  Il ne leur a pas demandé : « Que dites-vous de mon enseignement, de mes miracles, etc. ? » bien : « Qui dites-vous que je suis ?  Me connaissez-vous vraiment ? »

 

            Avoir la foi en Jésus Christ, c’est accepter d’être guidés par lui, et même à certains moments d’être portés par lui sur ses épaules, souvent sans savoir exactement où il nous conduit.  C’est accepter que chaque fois qu’il entre dans notre vie, notre existence tout entière se trouve changée.  Ce fut l’expérience des prophètes de l’ancien Testament.  Ce fut surtout l’expérience de la Vierge Marie, dont la vie fut radicalement transformée lorsqu’elle reçut en elle le Verbe de Dieu et devint, par cet acte de foi, la Mère de Dieu.

 

            Être Chrétien, ce n’est pas appartenir à une organisation qui s’appelle l’Église, et d’observer suffisamment les lois du trafic pour à arriver au ciel, si possible sans recevoir trop de contraventions en cours de route.  Être chrétien c’est avant tout avoir la foi en Jésus-Christ, avoir avec lui une relation personnelle dans la prière.  L’Église est donc non pas tellement une organisation que la communion de tous ceux qui partagent la même foi au même Fils de Dieu.   Et pour ceux d’entre nous qui sommes moines, être un moine n’est pas seulement appartenir à une communauté monastique et vivre dans un monastère en en respectant aussi bien que possible les règles.  Être moine, c’est bâtir toute sa vie autour de cette valeur fondamentale qu’est la relation personnelle avec Dieu.  Et c’est ce qui donne son sens à tous les autres aspects de notre vie, qui ne sont qu’autant de moyens d’arriver à ce but.  Ces moyens sont importants, puisque que nous avons engagé notre honneur et notre foi en promettant publiquement de les utiliser fidèlement ;  mais ils ne sont pas l’objet de notre foi.  Ces moyens sont au service de notre foi.

 

            Comme nous allons recevoir dans cette Eucharistie le Christ qui se donne à nous comme nourriture de vie, disons-lui de tout notre coeur, comme les Apôtres :  « Seigneur, augmente notre foi. »