25 juillet 2004, 17ème dimanche "C"

Gen 18, 20-32; Col 2, 12.14; Luc 11, 1-13

 

Homélie

 

            Dieu est plus grand et autre que toutes les images que nous nous faisons de lui.  Et pourtant nous ne pouvons parler de lui ou penser à lui qu’en utilisant des images.  La Bible, aussi bien l’Ancien que le Nouveau Testament, est remplie d’images nous permettant d’arriver à une certaine compréhension de qui est Dieu.  Dans le récit de la rencontre d’Abraham avec Dieu à Membré, dans la lecture du Livre de la Genèse que nous avions comme première lecture dimanche dernier et dont nous avons la suite aujourd’hui, Dieu se manifeste à Abraham sous la forme de trois hommes, puis d’un seul, avec qui Abraham « marchande » pour essayer de sauver les villes de Sodome et de Gomorrhe de la punition divine.  Chez les prophètes, il n’est pas rare que l’image pour décrire qui est Dieu dans sa relation avec son peuple, soit celle de l’épouse ou de l’époux, de l’amante ou encore celle de la mère qui nourrit son enfant.  Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus lui-même utilise l’image du père, comme à d’autres moments il utilise celle du berger, ou de l’agriculteur.  Toutes ces images, si importantes et si belles soient-elles, y compris celle de « père » ne sont que des approximations dans notre langage humain limité.  Dieu est infiniment plus que tout cela.

 

            De tout temps, dans toutes les religions, l’être humain sent le besoin et le désir d’entrer en communion avec Dieu.  Cette communion peut s’exprimer de bien des façons, aussi bien dans l’intercession ou même le quémandage que dans l’adoration silencieuse.  Cette communion est l’essentiel et l’âme de la prière.  La prière n’est pas quelque chose que l’être humain utilise ;  elle est une attitude ou un état de communion.  Dès que l’on parle de « dire ses prières » ou de « faire ses prières », on a déjà une vision chosifiée de la prière.

 

            Jean-Baptiste, comme les autres maîtres spirituels de son temps, y compris les Pharisiens et les Sadducéens et les docteurs de la Loi, enseignait à ses disciples des méthodes, des gestes et des formules de prière.  Aussi les disciples de Jésus, dont plusieurs avaient été disciples de Jean, lui demandèrent un jour de leur enseigner à prier « comme Jean l’a appris à ses disciples ».  Ils étaient sans doute intrigués du fait qu’ils voyaient souvent Jésus se retirer, surtout la nuit, pour prier dans le secret, mais qu’il ne leur enseignait ni méthode ni formule.  La réponse de Jésus, résumée dans ce que nous appelons le « Notre Père », n’est pas une « formule de prière » qu’il les invite à répéter, mais bien un enseignement très riche sur la prière.

 

            Le premier enseignement se trouve dans le mot « père », et implique qu’il faut prendre, face à Dieu, une attitude filiale, pleine d’affection, de confiance, et, en quelque sorte de « complicité ».  Cette attitude s’exprime d’abord dans l’expression du désir que ce nom de « père », donné à Dieu, soit révéré partout et que son règne de paix, de justice et d’amour soit établi partout, ici-bas, sur la terre.  (Il est généralement admis par les exégètes, que cette version du Pater, en Luc, plus brève que celle de Mathieu, est la plus originale).  Vient ensuite la demande du pain quotidien, qui est une façon de reconnaître que tout ce que nous avons est un don de Dieu, suivie de la demande du pardon des péchés, et de celle de ne pas être soumis à la tentation.

 

            C’est là, en quelques phrases très brèves, la description de l’attitude du priant.  Jésus utilise ensuite une parabole pour nous faire comprendre l’attitude de Dieu à qui s’adresse cette prière.  C’est l’un de ces textes, où l’on perçoit le sens d’humour dont était émaillé parfois l’enseignement de Jésus.  Il décrit l’attitude d’un homme ennuyé à une heure inopportune par un ami inconsidéré et qui finalement lui donne ce qu’il demande, sinon par amitié, du moins pour s’en débarrasser.  Jésus ne veut évidemment pas dire que c’est ainsi que son père se conduit à notre égard.  Il veut plutôt dire que si nous, nous donnons de cette façon, son Père – et notre Père – donne d’une toute autre façon.  Le pointe de la parabole et de tout ce récit est dans la dernière phrase : « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants,  combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ? ». 

 

            Jésus ne dit pas ici « Le Père vous donnera tout ce que vous aurez demandé » ;  mais bien qu’il « donnera l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ».  Il nous enseigne ainsi que ce qu’il convient de demander ce ne sont pas les mille et une bagatelles destinées à combler nos besoins ou nos désirs, mais bien l’Esprit Saint, c’est-à-dire l’Amour qui unit le Père et le Fils, et qui est la communion pouvant nous unir à Dieu et les uns aux autres – cet Esprit dont parle Paul, disant qu’il prie en nous dans des gémissements ineffables, alors que nous ne savons pas comment prier.

 

            Ne soyons donc pas des enfants égoïstes suppliant le Dieu de nos rêves de combler tous nos caprices.  Soyons plutôt des fils et des filles envahis du désir de recevoir l’Esprit qui nous transformera en prière vivante et continuelle.

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Homélie pour le même dimanche en 2001 :

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