1 février 2004 – 4ème dimanche "C"

Jr 1, 4...19; 1 Co 12, 31-13,13; Lc 4,21-30

 

 

 

Homélie

 

            Cet Évangile fait suite à celui de dimanche dernier.  Dans la synagogue de Nazareth Jésus avait lu le texte du prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi... il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle... », mais omettant la mention de la vengeance divine que le Messie devait exercer contre les païens et tous les ennemis d’Israël selon cette prophétie.  El il avait conclu : « Aujourd’hui cette parole de l’Écriture s’accomplit », se déclarant alors le Messie, mais un Messie différent de celui attendu par le peuple. 

 

            Pour comprendre la suite du texte il nous faut résoudre un problème de traduction.  La traduction française de notre lectionnaire (comme d’ailleurs de la TOB) a traduit : « Tous lui rendaient témoignage ».  Or l’expression utilisée par Luc est ambivalente et peut tout aussi bien se traduire par : « Tous se prononcèrent contre lui » (comme l’a comprise l’excellente traduction espagnole de Juan Alonso Schökel et Juan Mateos, ainsi que le lectionnaire liturgique espagnol).  Cette traduction me semble plus cohérente avec ce qui suit.  Si tout le peuple « s’étonnait du message de grâce » qui sortait de la bouche de Jésus, c’est qu’ils n’attendaient précisément pas un message de grâce mais un message de vengeance.  Le Messie qu’ils attendaient devait reconquérir le pouvoir à Jérusalem, expulser de la terre d’Israël tous les occupants et exterminer les païens.  Lorsqu’ils disent : « Celui-ci n’est-il pas le fils de Joseph ? » ils n’expriment pas de la surprise de ce qu’un des leurs parle si bien mais plutôt de l’étonnement de ce qu’un des leurs n’attende pas le Messie qu’eux tous attendent. 

 

            Si « tous dans la synagogue ont les yeux fixés sur lui », c’est qu’ils n’en croient pas leurs oreilles lorsqu’il ose tronquer une prophétie d’Isaïe.  Mais Jésus enfonce le clou en donnant les deux exemples tirés des Écritures où « le message de grâce » est porté aux païens : la veuve de Sarepta et Naaman le Syrien.  C’en est trop et, dès ce moment, au tout début de sa vie publique, Jésus est condamné à mort et mené hors de la ville pour être exécuté par les siens, comme il le sera de fait quelques années plus tard sur le mont Golgotha, hors de Jérusalem. Mais cette fois-ci son heure n’est pas encore venu, et il s’éloigne tout simplement.

 

            D’une façon extrêmement vivide, Luc, en ce début du ministère de Jésus anticipe déjà la fin.  Jésus sera mis à mort non pas à cause de ses actions, mais à cause de ses paroles.  Toutes ses paraboles transmettront une image du Père céleste tout autre que celle que la religion traditionnelle d’Israël véhiculait.  Il annoncera le salut offert à toutes les nations indépendamment de leur race et de leur religion.  Il se présentera comme le Messie, mais un Messeie tout différent ce celui attendu.  C’est l’ensemble de son message qui sera rejeté non seulement par les Pharisiens, les Sadducéens et les prêtres, mais aussi par l’ensemble du peuple, à l’exclusion de quelques disciples.

 

            Jésus a recommandé à ses disciples de se garder des faux prophètes qui prétendront venir en son nom.  Les faux prophètes sont ceux qui, pour justifier leurs actes prétendent avoir une « mission messianique ».  Ce type de « messianisme » est généralement dévastateur – que ce soit dans l’Église ou dans la vie civile.  Le vrai prophète est le serviteur de la Parole – de la Parole de Dieu qu’il reçoit sans cesse et qu’il applique aux événements.  C’est la Parole qui juge et non pas lui.  Lorsqu’il est mis à mort c’est que la Parole qu’il transmet est trop dérangeante.  Le vrai martyr est celui qui a été mis à mort pour faire taire la Parole qui l’animait et qu’il proclamait.

 

            Et surtout le langage du vrai prophète n’est jamais un langage d’exclusivisme et de réjection, mais un langage d’ouverture universelle, comme celui de Jérémie qui a été fait « un prophète pour tous les peuples. »  C’est un langage d’amour, décrit de façon si admirable par Paul dans sa lettre aux Corinthiens et qui est, comme les paroles de Jésus, un « message de grâce ».  Sans l’amour tout le reste, même les charismes les plus merveilleux ou les plus surprenants, n’est rien.  Tout le reste passera, l’amour restera. 

 

            C’est là le message que la Parole nous adresse dans l’Évangile d’aujourd’hui, à travers les mots du Prophète envoyé aux païens que nous sommes.

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Homélie pour le même dimanche, en 2001 : en français / en italien / en anglais