21 décembre 2003 – 4ème dimanche de l'Avent "C"

Mi 5, 1-4; He 10, 5-10; Lc 1, 39-45

 

H O M É L I E

 

            « En ces jours-là Marie se mit en route rapidement... »  Ces mots relient immédiatement la visite que fait Marie à sa cousine Élizabeth à la scène sa rencontre avec l’Ange Gabriel, qui se terminait par les mots de Marie : « Qu’il me soit fait selon ta parole ».  Entre les deux pourrait se situer la phrase lapidaire du Prologue de l’Évangile de Jean : « Et le Verbe s’est fait chair ». 

 

            Ce que raconte Luc ici, ce sont les premiers moments de la réalisation de ce mystère extraordinaire qui veut que Dieu se soit fait « chair », c’est-à-dire du mystère de l’incarnation (du mot latin caro-carnis : chair).  On pourrait dire que tout ce passage de Luc est profondément « charnel », dans le sens étymologique et le plus beau du mot (et non dans le sens superficiel et parfois un peu vulgaire qu’on peut lui donner aujourd’hui).  On pourrait d’ailleurs y voir le fondement d’une théologie du corps humain.

 

            Deux femmes se trouvent en présence l’une de l’autre.  Deux femmes enceintes ; donc deux femmes qui, de leur chair ont donné naissance à un autre être de chair qu’elles portent encore dans leur ventre -- (on traduit en général, de façon délicate « en leur sein » mais le mot grec koilia désigne le ventre, les entrailles et, dans le cas d’une femme, l’utérus). 

 

            Or, il n’y a pas que la chair de ces deux femmes et celle de l’enfant que chacune d’elles porte qui se trouvent ici en présence.  Il y a aussi l’Esprit.  Et dès qu’elles se saluent, la salutation de Marie communique à Élizabeth l’Esprit de Celui qu’elle porte et l’enfant que porte Élizabeth tressaille déjà physiquement dans le ventre de sa mère.  « Tu es bénie entre toutes les femme, et le fruit de tes entrailles est béni » dit Élizabeth à Marie... car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi.  La communion entre Marie et Élizabeth a mis en contact les enfants qu’elles portaient et la joie de Jean montre qu’il est bien déjà « rempli de l’Esprit Saint », comme l’avait prophétisé l’ange.

 

            Si Marie est ainsi porteuse de joie et d’Esprit, c’est qu’elle a cru. « Comment, dit Élizabeth, ai-je le bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi... Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

 

            Dans l’expression « Tu es bénie entre toutes les femmes », sa condition de femme est soulignée.  C’est comme telle qu’elle est choisie et bénie par Dieu ; ce qui est encore plus souligné par l’expression « béni le fruit de tes entrailles », qui se réfère au fait que ce « fruit » est toujours en elle et qu’elle est donc devenue en quelque sorte la nouvelle Arche d’Alliance. Élizabeth reconnaît en Marie « la mère de son Seigneur », annonçant déjà le titre de « Mère de Dieu » que les Chrétiens donneront à Marie dès les premiers siècles de l’Église. 

 

            Élizabeth souligne aussi la source de la fécondité de Marie : sa foi.  « Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »  Toute la foi de Marie s’exprime dans son « Fiat », et c’est au moment même où sa bouche énonce dans ce Fiat toute la foi de son coeur que sa chair donne naissance au Fils de Dieu en son propre corps.

 

            Durant la liturgie des prochains jours nous « rencontrerons » souvent Marie.  Puisse cette rencontre nous apporter la joie qu’elle apporta à Élizabeth et à Jean-Baptiste ; puisse-t-elle faire tressaillir le Fils de Dieu qui habite aussi en notre être de chair et de sang.  Puissions-nous surtout apprendre de Marie que toute fécondité « spirituelle » s’enracine dans un acte de foi qui reste stérile aussi longtemps qu’il n’est pas « incarné ».

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Homélie pour le même dimanche, en l'an 2000

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