7 décembre 2003 - 2ème dimanche de l'Avent "C"

Ba 5, 1-9; Ph 1, 4...11; Lc 3, 1-6

 

 

H O M É L I E

 

            La personne de Jean-Baptiste se trouve au coeur de la liturgie des deuxième et troisième dimanches de l’Avent.  Dans l’Évangile de dimanche prochain nous entendrons son message, son appel à la conversion.  Dans l’Évangile d’aujourd’hui c’est de sa mission de prophète qu’il s’agit.  Ce n’est pas de sa parole à lui dont il est d’abord question, mais bien de la Parole de Dieu qui lui est adressée ou plutôt, pour traduire le texte de façon plus littérale, qui « descendit sur lui ».  D’ailleurs, en ces premiers chapitres de l’Évangile de Luc, chaque section commence par une intervention de cette Parole de Dieu. Dès l’ouverture de son Évangile, la parole de Dieu est adressée à Zacharie dans le Temple, puis à Marie, en qui elle se fait chair.  Ici, en ce début du chapitre trois, c’est sur Jean le Baptiste qu’elle descend.

 

            Les interventions de la Parole de Dieu sont toujours comme une glaive qui sépare, qui établit une rupture dans le temps et dans l’espace. Le vieillard Siméon avait annoncé à Marie que le glaive qui transpercerait son coeur ferait aussi la séparation entre les hommes en révélant ce qui était dans le coeur de chacun.  Dans le passage que nous venons de lire, Luc prend plaisir à préciser dans quel contexte historique précis intervient cette Parole.  Les Juifs sont alors sous la domination romaine ;  Tibère César est l’Empereur romain et Ponce Pilate est son gouverneur en Judée. La Galilée est soumise au roi fantoche Hérode et à son frère Philippe.  Les chefs religieux Anne et Caïphe sont totalement compromis avec ces pouvoirs.  Or la parole de Dieu ne se fait pas entendre dans ce contexte politique et religieux de Jérusalem mais bien au désert.

 

            La rupture est désormais réalisée.  C’est là, au désert, que Jésus viendra se faire baptiser par Jean, c’est là que l’Esprit descendra sur Lui et que la voix du Père se fera entendre : « Celui-ci est mon fils bien-aimé ».  Et c’est là dans ce désert qu’il commencera sa propre mission.

 

            Pour décrire cette mission, Luc cite la prophétie d’Isaïe : « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu.  On peut y voir l’annonce d’un monde où les fossés entre les hommes, et les classes sociales et religieuses et entre les peuples seront comblés – un monde où l’égalité de tous devant Dieu sera respectée.  Un monde tout autre que celui des Tibère, Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias, Anne et Caïphe.  Ce dernier monde, basé sur les inégalités, sur les conquêtes et l’oppression est voué à la disparition

 

            Dans le monde nouveau, la seule distinction maintenue est celle du service.  Les fossés ne sont pas comblés par la révolution violente des opprimés mais par l’abaissement volontaire des privilégiés pour se mettre au service de tous, tout comme le Christ lui-même s’est fait le serviteur de tous, les invitant à se mettre à table pour qu’il puisse les servir.

 

            C’est la même humanité nouvelle qu’annonce le prophète Baruch dans le texte que nous avions comme première lecture, et qui annonce cette égalité renouvelée entre les hommes et les peuples comme source de joie.  « Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, lui donnant comme escorte sa miséricorde et sa justice ».

 

            Cette joie, que Baruch annonce à Jérusalem et au peuple hébreu, l’Évangile l’annonce pour toute l’humanité recréée par cette nouvelle irruption de la Parole de Dieu en notre désert.    

 

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Homélie pour le même dimanche, en l'an 2000

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