30 novembre, 2003 -- 1er dimanche de l'Avent "C"

Jr 33, 14-16; 1 Th 3, 12-4,2; Lc 21, 25...36

 

 

H O M É L I E

 

 

            Ces paroles de Jésus sont apocalyptiques – mais dans le sens original du mot « apocalypse », qui signifie « révélation »  Dans ce récit, Jésus ne décrit pas la fin du monde ou la destruction de la création dans un immense cataclysme, comme on le pense trop souvent.  Il décrit, de façon symbolique, le désordre établi au coeur de l’humanité par la cupidité et l’irresponsabilité de la race humaine.

 

            Jésus n’en reste cependant pas là, il annonce la libération comme le faisait déjà le prophète Jérémie dans la première lecture que nous avons entendue.  Voici venir, dit Jérémie, des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda.  De même Jésus ne dit pas que, lorsque viendront les signes dont il parle il faille se terrer et se laisser vaincre par la peur.  Il nous invite plutôt à nous redresser, à relever la tête, et à paraître debout devant le Fils de l’homme.

 

            L’humanité, comme chaque personne humaine, passe par des moments de crise.  Ces moments de crise ne sont pas de simples accidents de la nature.  Déjà les prophètes de l’Ancien Testament utilisaient l’image d’une catastrophe cosmique comme symbole de la chute d’un ordre social injuste (voir Is 13,10 ; 34,4 ; Ez 32, 7-8 ; Jl 2, 10.31 ; 3,15). Les guerres engendrées par la cupidité et l’esprit de domination ne manquent pas de nos jours ; et, comme le rappelait Kofi Annan ces jours-ci, l’une des tragédies du monde actuel est que des continents entiers sont à demi décimés par le Sida alors qu’existe la possibilité de freiner le mal. Ne manque, dit-il, que la volonté politique.  C’est pourquoi, le message de Jésus est, comme l’était déjà celui des prophètes, un appel à la conversion. 

 

            Devant la crise auquel le monde doit faire face et qui s’exprime par la multiplication des guerres, par l’établissement d’un fossé de plus en plus grand entre les pauvres et les riches -- les pays pauvres et les pays riches -- le soulèvement des opprimés et des humiliés recourrant à des guerres dites non conventionnelles, la réaction des puissants est la peur.  La réaction des gens bien installés, sans ambition ni besoins est l’inquiétude d’être dérangés.  Même ceux qui luttent pour un monde nouveau ont peur – peur de perdre la lutte et de perdre la vie.  Quelle attitude doit avoir le Chrétien devant tout cela ?  La réponse de Jésus est claire : « Redressez-vous et relevez la tête.  Votre rédemption est proche. » 

 

            Cette espérance du Chrétien a un prix ; et ce prix c’est la conversion.  « Que votre coeur ne s’alourdisse pas dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie ».  Saint Paul, dans sa lettre aux Thessaloniciens (deuxième lecture) tire les conséquences d’une telle conversion, qui doit s’exprimer non seulement dans une sainteté de vie sans reproche, mais dans un amour fraternel de plus en plus intense et débordant.

 

            L’espérance est une attitude fondamentale de la vie chrétienne.  Elle s’enracine dans la confiance en l’amour miséricordieux du Père, mais elle implique ses exigences de conversion continuelle.  Le Fils de Dieu s’est fait homme et il est venu sur terre pour libérer l’homme de tous les esclavages du péché et des conséquences du péché ; mais il a confié à ses disciples le soin de continuer et d’achever cette libération qu’il a lui-même commencée. 

 

            La Parousie, où la « fin des temps » n’est pas pour le Chrétien un motif de peur et de terreur,  mais au contraire un motif d’espérance.  C’est qu’à travers toutes les crises, l’humanité s’approche toujours plus de la pleine libération que lui a promise Jésus.  Une libération cependant qui ne saura se réaliser sans un changement des coeurs.  Pleins d’espérance présentons-nous devant Dieu, tenons-nous debout devant lui, Lui demandant la grâce de cette conversion que nous ne pouvons réaliser par nos propres forces.