Le
20 mai 2004 – Solennité de l'Ascension "C"
Ac
1, 1-11; He 9,24...10,23; Lc 24, 46-53
H O M É L I E
L’Évangéliste Luc est le
seul à nous avoir donné une description de l’Ascension. Les trois autres Évangélistes ne séparent pas
le moment de la résurrection de celui de l’entrée définitive de Jésus dans
la gloire du Père. Bien plus, Luc nous
donne deux récits de l’Ascension, l’un à la fin de son Évangile et l’autre
au début du Livre des Actes des Apôtres, et les deux ne sont pas totalement
concordants. Il serait futile et erroné
d’essayer de reconstituer une description historique des faits en conjuguant
les détails provenant des deux récits. Le
but de Luc n’est pas de décrire un événement mais de donner un enseignement
spirituel et théologique. Arrêtons-nous
pour le moment au texte évangélique que nous venons de lire.
Lorsque les deux disciples
d’Emmaüs reviennent à Jérusalem en grande hâte, ils y trouvent les Onze et
tous leurs compagnons et compagnes qui étaient montés avec Jésus de Galilée.
Jésus se trouve soudain au milieu d’eux et il leur adresse alors les
paroles qui forment le début de l’Évangile que nous venons d’entendre.
Il leur rappelle les prophéties sur la mort et la résurrection du Messie
et il les appelle à en être témoins, puis il leur recommande de demeurer dans
la ville, c’est-à-dire dans Jérusalem. Ensuite,
après un laps de temps non déterminé, il les « emmène jusque vers Béthanie ».
Le texte original est beaucoup plus fort que cette traduction un peu
insipide. Le texte grec dit que Jésus les sortit [de Jérusalem], i.e. les arracha
à la « ville », pour les emmener à Béthanie. Là il les bénit, et tandis qu’il les bénissait
« il se sépara d’eux » et fut emporté au ciel.
L’idée centrale de ce récit
de Luc n’est pas la glorification de Jésus, mais la séparation d’avec ses disciples. Un
bref espace est ouvert à l’espérance pour que les disciples, privés de la
présence physique de Jésus, approfondissent le sens de sa mort et de sa résurrection
et de son nouveau mode de présence parmi eux. Après s’être prosternés, ils
s’en retournent « pleins de joie » à Jérusalem et ils étaient sans
cesse dans le Temple à bénir Dieu. Malgré
la mention de la joie, l’Évangile de Luc se termine ainsi sur une note qu’on
pourrait dire négative, ou sur une constatation un peu triste que les disciples
n’ont pas encore compris. Ils s’en
retournent précisément à cette même Jérusalem dont Jésus vient des les arracher,
de les faire sortir. Incapables de comprendre l’avenir ils se réfugient dans
le passé. Ils ont oublié que le voile du Temple a été déchiré en deux au moment
de la mort de Jésus. Le début du Livre
des Actes montrera comment ils s’ouvriront pleinement au message de Jésus
à partir de la Pentecôte.
Dans le récit des Actes
(notre première lecture) deux anges apparaissent aux disciples pour leur dire
« Galiléens (donc, pas des habitants de Jérusalem !) pourquoi restez-vous
là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé du milieu de vous,
reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller. »
Il n’y a pas lieu de penser qu’il s’agit ici de la prédiction d’un
retour triomphal à la fin des temps. Il
s’agit plutôt du retour que Jésus avait prédit lorsqu’il avait dit « voici
que je suis avec vous jusqu’à la fin des temps » et « lorsque deux
ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ».
Une forme de présence est « enlevée » et une nouvelle forme
de présence est donnée. C’est là, me semble-t-il le coeur du message de Luc. La Parousie ne sera pas le retour triomphal
d’un Jésus absent, mais la pleine
manifestation du fait qu’il a toujours été présent
à la Communauté de ses fidèles.