2 Novembre 2004 – Commémoration de tous les Fidèles défunts

Jean 11, 17-27

 

Résurrection de Lazare

 

            On peut facilement distinguer deux niveaux rédactionnels dans ce passage de l'Évangile de Jean.  La narration primitive était un récit de la résurrection de Lazare, le plus grand des miracles accomplis par Jésus.  Quand  l’évangéliste Jean décida d'insérer ce récit au moment crucial de la vie de Jésus, c'est-à-dire à la fin de son ministère et au début de sa passion, il le transforma.  Ce qui est maintenant au centre du récit, ce n'est plus le miracle lui-même, mais plutôt le dialogue de Jésus avec Marthe.

 

Au coeur de ce dialogue se trouve la parole révélatrice de Jésus:  "Je suis la résurrection et la vie", et aussi la réponse de Marthe (v.27): "Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu qui doit venir dans le monde." Aussi bien la parole de Jésus que celle de Marthe éclairent la célébration d’aujourd’hui : la commémoration que nous faisons de tous les fidèles défunts

 

Ce texte nous aide aussi à comprendre la grande richesse et toute la diversité de l'expérience spirituelle de l'Église primitive.  Chacune des communautés chrétiennes locales avait son mode propre de vivre et de re-vivre son expérience du Christ.  Dans les Églises de la tradition de Matthieu, la mémoire du ministère de Jésus est centrée sur la relation de Jésus avec le groupe de ses disciples, spécialement les douze apôtres.  Mais cette mémoire, dans l'Évangile de Jean, est centrée sur la relation de Jésus avec un certain nombre d'amis, spécialement Marthe, Marie et Lazare.  Ils sont ses vrais disciples, et il est leur maître.  Marthe est la première mentionnée.  C'est elle qui, après avoir reçu la révélation et avoir exprimé sa foi dans la parole de Jésus, va chercher Marie, exactement comme André et Philippe étaient allés chercher Pierre et Nathanaël.  En tant que "disciple" très aimée de Jésus, c'est elle qui exprime au nom de tous la foi messianique de la communauté.  Marthe confesse sa foi messianique, non pas en réponse à un miracle, mais en réponse à la révélation de Jésus et à son interpellation:  "Crois-tu cela?"  La confession de foi de Marthe dans l'Évangile de Jean est parallèle à celle de Pierre (6, 66-71), mais c'est une confession christologique dans un sens plus plénier.  Jésus est le révélateur venu du ciel.  Comme telle, la confession de Marthe a le sens plénier de celle de Pierre à Césarée de Philippe dans les Évangiles synoptiques.  Ainsi, Marthe représente la foi apostolique plénière de la communauté de Jean, comme Pierre représente la foi apostolique plénière de la communauté de Matthieu.

 

Si nous voulons appliquer ce texte à notre propre situation, nous devons être à la fois Marthe qui confesse le Christ et Lazare qui est ressuscité.  Au sujet de cette résurrection, nous devons porter attention au fait que Jean n'essaie pas de nous donner aucune information sur l'expérience de Lazare, soit lorsqu'il était mort, soit après son retour à la vie... L'unique chose qui importe est qu'il soit revenu à la vie.

 

L’affirmation en soi tout à fait invraisemblable de Jésus : « tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais » est celle qui donne un sens à notre célébration d’aujourd’hui.  Nous prions pour tous les « fidèles » défunts, donc ceux qui ont eu ici bas la « foi » au Christ.  Nous savons que, même s’ils ont quitté le monde que nous connaissons, ils sont toujours vivants.  Nous savons aussi qu’ils peuvent être encore privés mystérieusement de la pleine jouissance de la présence de Dieu.  Aussi nous demandons à Jésus qu’il les délie – qu’il dise à leur sujet comme au sujet de Lazare : "Déliez-le et laissez-le aller".

 

Demandons pour nous aussi cette grâce d’être déliés de tout ce qui nous empêche de vivre en plénitude, de croire avec la même intensité que Marthe et de voir la présence de Dieu dans les personnes et les événements.