28 août 2004 – samedi de la 21ème semaine
paire
1 Cor 1, 26-31 ; Matt 25, 14-30
Monastère de Mokoto, Keshero, Rép. Dém. du Congo
H o m é l i e
Pour
quiconque a un peu d’expérience du marché de l’argent ou qui est un peu
sensibilisé à la justice sociale, cet Évangile peut faire problème. Mais cette parabole ne traite pas d’économie
ou de justice sociale ; sa
préoccupation ne porte pas non plus sur les talents que nous avons reçus et que
nous devons faire produire. Cette parabole-ci,
comme toutes les autres paraboles, nous parle avant tout de Dieu. Elle nous enseigne quelque chose sur la
générosité de Dieu qui nous récompense toujours d’une façon totalement
disproportionnée par égard à ce que nous apportons.
Ce
texte fait partie du grand discours eschatologique de Jésus dans Matthieu. Pour le comprendre, nous devons nous rappeler
que les Juifs avaient un concept du « temps » totalement différent du
nôtre. Le nôtre est
quantitatif ; le leur était
qualitatif. Nous voyons le temps comme
la progression d’instants sur une ligne continue, avec une longue série de ces
instants derrière nous et une longue série devant nous. Et nous pensons qu’un de ces instants sera le
dernier. Ce sera alors la fin du temps e
la fin de l’histoire. Cette façon de
concevoir le temps aurait été tout à fait incompréhensible pour Jésus ou pour
un Juif de son temps. Le Juif de
l’antiquité ne se situait pas quelque part dans un moment déterminé du
temps. Au contraire, il situait les événements, les lieux et le temps comme des points fixes,
et se voyait comme un pèlerin qui passait le long de ces points fixes. Ses ancêtres étaient passés là avant lui et
ses descendants y passeraient après lui.
Quant un individu arrivait à un point fixe, par exemple la fête de la
Pâque, ou un temps de famine, il devenait contemporain de tous ceux qui étaient
passés par le même temps qualitatif, et également contemporains de tous ceux
qui y passeraient après lui. La nature
du temps présent est déterminée ou bien par un acte sauveur de Dieu dans le
passé (p. e. l’Exode) ou par un acte sauveur de Dieu dans l’avenir.
Alors,
quand nous lisons les textes eschatologiques de Jésus, nous ne devons pas les
considérer comme des textes qui annoncent des événements de l’histoire future. Ce sont des textes qui parlent de Dieu. Quand Jésus annonce l’imminence du règne
final et définitif de Dieu, il annonce que Dieu lui-même a changé et que cela
peut se voir dans les signes des temps.
Le
Dieu de Jésus est radicalement différent de l’image de Dieu dans l’Ancien
Testament et aussi de l’image que la majorité des Chrétiens ont de Dieu. En réalité, Jésus ne présente pas une
nouvelle image de Dieu. Il annonce que
le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob fera quelque chose de totalement
nouveau. Dieu lui-même sera mû de
compassion et exprimera sa miséricorde et son amour d’une manière totalement
disproportionnée avec ce que nous pouvons avoir fait. N’importe quel acte de fidèle service suffit
pour introduire quelqu’un dans la joie de son maître, que ce soit le fait
d’avoir fait fructifier dix, cinq ou deux talents. L’unique personne qui ne reçoit pas ce don
est celle qui s’est fermée à cette générosité par la peur et le manque de
confiance.
Nous
fêtons aujourd’hui saint Augustin, quelqu’un qui a fait l’objet de cette intervention
de la miséricorde de Dieu dans sa vie, et qui a su faire fructifier au maximum,
comme le meilleur des serviteurs, les talents qu’il avait reçus.