23 août 2004, Lundi de la 21ème semaine "2"

2 Thess 1, 1-5. 11-12:  Mat 23, 13-22

Monastère N.-D. de Mokoto à Keshero, Rép. Dém. du Congo

 

 

H O M É L I E

 

            Dans l'Évangile de Matthieu, la prédication de Jésus débute avec une série de "bénédictions";  et l'un de ses derniers grands discours avant sa Passion commence par une série de "malédictions", toutes dirigées vers les docteurs de la Loi et les Pharisiens.  Quand nous pensons à la grande bonté et à la miséricorde de Jésus à l'égard de toutes sortes de pécheurs, sa sévérité envers les Pharisiens peut nous surprendre.

 

            Tout au long de la vie publique de Jésus, nous pouvons noter une tension continuelle et croissante entre Lui et les Pharisiens. La source de cette tension ne résidait pas dans le fait que Jésus enseignait une vie morale plus sévère que celle enseignée par les Pharisiens.  Au contraire, on peut dire que le code de conduite des Pharisiens était plus exigeant que celui de Jésus.  Ce qui séparait – et séparait radicalement – Jésus des Pharisiens était son enseignement sur Dieu.  Jésus était plus intéressé à révéler qui était son Père qu'à donner des règles et des règlements.

 

            Le Dieu des Pharisiens est un Dieu qui a établi un certain nombre de règles et de préceptes.  Si vous connaissez la recette et que vous utilisez les bons ingrédients dans votre vie, et si vous mélangez et cuisinez bien le tout, votre salut est assuré.  Vous faites les choses qu'on vous a commandé de faire et, à cause de cela, vous avez le droit de recevoir ce qui vous a été promis.  Cette façon de concevoir le salut demeure une tentation, spécialement pour les moines et les moniales.  C'est le concept  contre lequel Paul (qui avait reçu une bonne formation de Pharisien) lutta toute sa vie, à partir du moment de sa conversion.

 

            Le Dieu de Jésus – son Père – n'est pas un Dieu que nous pouvons acheter avec nos bonnes actions, ni même avec la plus vertueuse des vies.  C'est un Dieu de miséricorde et d'amour.  La justification et le salut qu'il veut nous donner ne se fondent pas sur nos bonnes actions et nos vertus; ils se fondent seulement sur sa miséricorde. 

 

            Cependant le reproche que Jésus fait aux docteurs de la Loi et aux Pharisiens dans l'Évangile d'aujourd'hui, est avant tout celui d'être des hypocrites, d'abuser de la simplicité du peuple, de manipuler le peuple, enseignant comme nécessaires des actes et des attitudes qu'ils savent bien ne pas être nécessaires, puisqu'ils ne les pratiquent pas eux-mêmes. 

 

            Quant à nous, ouvrons nos cœurs à un Dieu qui n'est pas intéressé par les droits – que ce soient les siens ou les nôtres -- car tout ce qu'il fait pour nous est un don totalement gratuit, et parce qu'il espère de nous non pas  quelque chose que nous pourrions lui devoir, mais bien un amour totalement gratuit.

 

            Cet évangile, qui est celui prévu par le lectionnaire férial, n’est certes pas celui que nous aurions spontanément choisi pour le début d’une Visite régulière et une messe votive au Saint Esprit ;  mais il n’est certainement pas hors contexte, puisqu’il nous invite à une radiale vérité sur nous-mêmes et à l’abandon de toute hypocrysie.  Et puis, n’oublions pas la première lecture de la messe, qui était le début de la deuxième lettre de Paul aux Thessaloniciens.  J’espère que je pourrai dire, à la fin de la Visite, ce que Paul leur écrit : « Je rends continuellement grâce à Dieu pour vous, frères, car votre foi fait de grands progrès, et l’amour que vous avez les uns pour les autres s’accroît en chacun de vous tous.