11 mai 2003 -- 4ème dimanche de Pâques "B"

Actes 4,8-12;  1 Jean 3,1-2; Jean 10,11-18

Abbaye Notre-Dame du Bon Conseil, Canada



Homélie

 

 

     Les lectures de ce quatrième dimanche de Pâques, qui sont toutes tirées du Nouveau Testament, nous rappellent trois choses :  Premièrement, Jésus, rejeté par les autorités du peuple juif et mis à mort, est la pierre angulaire de l'Église, nouveau peuple de Dieu.  Deuxièmement, grâce à l'exaltation de Jésus, ressuscité par le Père, tous ceux qui croient en lui savent qu'ils participent eux aussi à la filiation divine.  Enfin, troisièmement, Jésus nous présente lui-même son action dans le monde comme celle d'un pasteur – non pas un gardien salarié, mais un pasteur à qui les brebis appartiennent, qui connaît chacune d'elles et est connu par chacune d'elles.

 

     Jésus est un homme de paix, et pourtant il ne refuse jamais le conflit lorsqu'il s'agit de défendre les petits – ses brebis – contre ceux qui veulent les asservir ou les exploiter.  En parlant des "mercenaires... pour qui les brebis ne comptent pas vraiment", Jésus fait allusion aux autorités religieuses du peuple d'Israël, dont il a rejeté le pouvoir en chassant les vendeurs du Temple.  Et maintenant, c'est au plein coeur de la grande Fête religieuse d'Israël que Jésus proclame: "Moi, je suis le bon pasteur... qui donne sa vie pour ses brebis".  Les auditeurs de Jésus ont certainement compris qu'il s'opposait courageusement et dangereusement aux autorités juives, qui contrôlaient religieusement, politiquement et économiquement le peuple.  Il n'est donc pas surprenant, qu'à la fin de ce discours, les Juifs prirent des pierres pour le lapider.

 

     Les Évangiles nous rappellent plus d'une fois que Jésus a été mû de compassion devant les foules qui lui apparaissaient comme des brebis errant sans pasteur (p.e., Mc 6, 34).  Jésus s'affirme le "bon pasteur".  L'expression grecque "o kalos o poimèn"  signifie mot à mot "le beau pasteur"; et certaines traductions modernes la rendent assez justement par "le modèle du pasteur".  De plus, Jésus énumère trois caractéristiques qui font de lui le bon pasteur par excellente, le modèle pour tous :

 

a) Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis.  Cela signifie beaucoup plus qu'être prêt à mourir pour les défendre du loup.  Cela signifie que toute sa vie leur est consacrée, d'une façon purement désintéressée, par amour, et non en vue d'un profit, d'une récompense ou d'un salaire.  Celui qui n'aime pas ses brebis plus que sa propre vie n'est pas digne d'être un pasteur.

 

b) Il y a entre lui et ses brebis une relation personnelle.  Il les connaît individuellement et elles le connaissent. Il ne s'agit pas d'un relation de supérieur à inférieur, mais bien une relation d'amitié.  "Je ne vous appelle pas serviteur – dira-t-il un peu plus tard à ses disciples – car le serviteur n'est pas au courant de ce que fait son maître.  Je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître." (Jean 15,15).  Un pasteur, selon Jésus, n'est donc pas quelqu'un qui commande, qui organise, qui distribue les directives, mais quelqu'un qui établit une relation d'amitié.  Évidemment, pour qu'il y ait une vraie communauté chrétienne dans l'esprit de Jésus, il doit y avoir réciprocité, c'est-à-dire une véritable relation d'amitié, dans les deux sens.

 

c) La troisième caractéristique, est la création d'un "troupeau" dont personne ne se sentira exclu.  "J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie: celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix: il y aura un seul troupeau et un seul pasteur."  Jésus affirme que toutes les brebis sont "siennes", même celles qui ne sont pas de son troupeau actuel : "J'ai... d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie...). En disant cela il va à l'encontre de l'exclusivisme politico-religieux nationaliste qui caractérisait Israël, tout comme il va à l'encontre de la façon dont les Chrétiens ont souvent, au cours des siècles, considéré comme un privilège exclusif ce qui est une mission. 

 

     En ce dimanche, prions donc spécialement pour tous ceux qui, dans l'Église aussi bien que dans la société civile, ont un service d'autorité.  Prions aussi pour l'unité de tous les disciples de Jésus et pour l'unité de la grande famille des nations dans une véritable communauté internationale.

 

Armand VEILLEUX