23 juillet, Mardi de la 16ème semaine "B"

Mi 7, 14-15. 18-20; Mt 12, 46-50

 

Homélie

 

Dans la tradition juive la famille et le clan avaient une importance extrême.  La fidélité à la famille et au clan était plus importante que toute autre chose.  Jésus manifeste certes un amour tendre pour sa mère; durant son enfance il est soumis à son père et à sa mère.  Mais en même temps, il met fin à la suprématie de la famille et au caractère exclusif des relations avec celle-ci.  L'amour ne doit plus avoir de frontières.  Il doit être étendu à tous, même aux ennemis. 

 

            En même temps qu'il recommande d'honorer père et mère, Jésus dit que quiconque ne renonce pas à son père, à sa mère, à ses frères et à ses soeurs, ne peut être son disciples.  Ces propos radicaux ne sont pas faciles à interpréter.  Ils posaient un réel problème aux premiers moines qui voulaient les appliquer fidèlement tout en respectant en même temps le précepte d'honorer ses parents et de les aimer.  Les solutions ont varié durant les siècles et les circonstances; mais le principe fondamental demeure toujours le même : on ne peut être disciple de Jésus sans se renoncer à soi-même et à tout ce qui nous appartient ou nous est proche.

 

            Quand Jésus dit : "Quiconque fait la volonté de mon Père, celui-là est mon frère, ma soeur, ma mère..." il indique que désormais ce qui compte plus que tous et que nous sommes tous une seule et même grande famille, ayant un seul père qui est notre Père qui est dans les cieux et qui est pour nous une mère tout autant qu'un père.

 

            Et c'est au sein de cette famille, dont personne ne peut être exclu, que nous pouvons retrouver, à leur juste place, toutes les relations privilégiées qui nous unissent à notre mère et notre père de la terre et à tous ceux qui nous sont chers.

 

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24 juillet 2002 -- Mercredi de la 16ème semaine "B"

Jer 1, 1. 4-10;  Mt 13, 1-9

Abbaye de La Clarté-Dieu, Rép. Dém. du Congo

 

Homélie

 

            Nous avons ce matin le même Évangile que nous avons eu il y a quelques semaines, le 15ème dimanche ordinaire.  Ce qui est important avant tout pour Jésus, dans cette parabole, ce ne sont pas les épines qui peuvent étouffer la semence reçue; ce n'est pas le terrain rocailleux, qui ne permet pas à la semence d'avoir des racines profondes;  ce ne sont pas les oiseaux du ciel qui viennent manger les grains tombés sur le sentier;  ce n'est même pas la bonne terre qui reçoit cette semence.  Ce qui est le plus important pour Jésus, c'est la semence même.  Et la semence dont il parle, c'est sa Parole, qui est aussi la Parole de son Père.

 

            Nous sommes toujours portés à nous préoccuper de nous-mêmes et de nos comportements.  Nous nous préoccupons de la façon dont nous recevons la Parole de Dieu;  et il est bien, évidemment, que nous nous en préoccupions.  Mais il ne faut jamais oublier que la Parole est immensément plus importante que tout ce que nous pouvons faire ou ne pas faire avec elle.  Un grand théologien protestant, Karl Barth, disait même que le simple fait que Dieu nous ait parlé est infiniment plus important que tout ce qu'il nous a dit!

 

            Or, il se fait qu'aujourd'hui, dans le lectionnaire de la messe, nous commençons, pour la première lecture, le Livre du prophète Jérémie.  Tout ce long Livre de Jérémie (qui comprend 52 chapitres), est l'histoire pathétique, enthousiasmante, souvent douloureuse de la Parole de Dieu adressée au Peuple à travers Jérémie. 

 

            Jérémie se passerait bien de cette Parole.  Lorsqu'elle lui est adressée pour la première fois, il essaye de l'éviter sous le prétexte qu'il est trop jeune.  Jérémie est un homme très sensible et fragile, qui aurait besoin d'être accepté, aimé, réconforté.  En tout cas, s'il doit parler au Peuple, il aimerait dire des choses agréables et plaisantes.  Et pourtant Dieu met sans cesse dans sa bouche des messages exigeants, des reproches, des paroles sévères, que le Peuple ne veut pas entendre.  Dieu lui demande même de rester célibataire, car il ne doit exister que pour la Parole qui le saisit tout entier.  Le jour où il n'a plus de Parole à transmettre, il disparaît tout simplement, dans le flot des réfugiés.

 

            Pour nous, moines et moniales, Jérémie est un modèle et un proto-type.  Nous sommes appelés nous aussi, à notre façon, à nous laisser saisir entièrement par la Parole de Dieu, à nous nourrir de cette Parole et à n'exister que pour elle.  Puisse-t-elle nous suffire comme compagne et comme nourriture.  Puissions-nous avoir le courage d'être le canal par où elle passe si Dieu le veut et quand il le veut, et aussi l'humilité de disparaître derrière elle.

 

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27 juillet 2002 -- Samedi de la 16ème semaine "B"

Jer 7, 1-11; Mt 13, 24-30

Abbaye de La Clarté-Dieu, Rép. Dém. du Congo

 

H o m é l i e

 

            Notre tendance naturelle est de classer les personnes en deux catégories, les bons et les mauvais.  Évidemment nous nous mettons généralement dans la première catégorie.  C'est la tendance aussi bien des individus que des nations ou des groupements religieux.

 

            Toujours travaillés par un profond besoin de sécurité, nous sommes facilement dérangés par le caractère relatif de toutes choses.  Nous essayons alors de transformer en absolus tous nos concepts, et nous sommes aisément troublés par ceux qui ne ressentent pas le même besoin. Nous devenons vite intolérants et sectaires.

 

            Les Apôtres eux-mêmes étaient scandalisés par l'attitude des Pharisiens et de certains disciples hésitants, et ils auraient même voulu que Jésus fasse descendre le feu du ciel sur les villes qui n'avaient pas voulu le recevoir.  Jésus s'y refusa.

 

            Il était le pasteur universel.  Il n'était pas venu en puissance comme un juge ayant pour mission de séparer les bons des méchants.  Il n'établissait pas de lignes de séparation entre les disciples.  Il ne jugeait pas.  Il était venu pour les pécheurs il espérait simplement que tous et toutes se reconnaissent comme tels.  Dans son amour, attendant une réponse, il avait un respect extraordinaire pour tous ceux qu'il aimait.  Sa patience était l'expression d'un détachement de soi-même radical.

 

            Tout au long de sa vie il fut l'incarnation de la patience divine à l'égard des pécheurs.  Il montra que le pardon divin était sans limites et qu'aucun péché ne pouvait arracher l'homme au pouvoir du Père.

 

            Le message de la parabole d'aujourd'hui va cependant encore plus loin.  Jésus n'est pas un législateur.  Il n'apporte pas une nouvelle loi supérieure à l'ancienne.  Ce qu'il apporte c'est un nouveau levain qu'il est venu déposer dans la pâte humaine.  Par son universalité, ce levain invite toutes les générations à repenser, à remodeler leurs vies.  Aucune institution humaine ne peut emprisonner ce ferment.  Tout doit être remodelé.

 

            Étant le Corps du Christ, l'Église a reçu la tâche d'incarner la patience de Jésus envers l'humanité.  Sa mission à elle non plus n'est pas de séparer les bons des mauvais, mais de présenter un authentique visage de l'amour.  Sur terre, le grain est toujours mêlé à la paille et même à l'ivraie.  La ligne de séparation entre le bien le mal passe au milieu de chacun de nous.  La séparation ne peut intervenir qu'après la mort.