16 juillet 2002, mardi de la 15ème semine "B"

Is 7, 1-9; Mt 11, 20-24

 

H o m é l i e

 

Chers frères,

 

Les textes de cette Eucharistie nous parlent de faiblesse et de puissance – de la faiblesse des hommes et de la puissance de Dieu.  Dans la première lecture, tirée d'un des premiers chapitres du Livre d'Isaïe, nous avons la description d'une situation politique et militaire d'une très grande complexité avec l'affrontement de coalitions de part et d'autre.  Dans ces conditions le jeune roi Ahaz est rempli de crainte.  Son coeur, comme celui de tout le peuple tremble "comme tremblent les arbres de la forêt sous le vent".  Ahaz pense demander l'aide à l'Assyrie, compromettant l'autonomie de son royaume.  C'est alors qu'Isaïe lui est envoyé pour lui dire que Dieu sera leur support, mais à une condition : la foi.  " Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas"

 

            Et, dans les reproches que Jésus, dans l'Évangile, adresse aux villes de Chorazin et de Bethsaïda, il leur reproche essentiellement leur manque de foi.  "Si les 'actes de puissances' (dunameis) qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que, sous le sac et la cendre, elles se seraient converties".  En réalité, Jésus ne parle pas de "miracles" comme le font la plupart de nos traductions.  Il parle d'actes de puissance, de manifestation de la puissance de Dieu.

 

            Il me semble que ces textes que nous offre la liturgie du jour sont tout à fait bien adaptés au moment où nous commençons la Visite Régulière et où vous commencez la préparation immédiate de l'élection d'un Prieur.  Ces textes sont également bien adaptés à une "Messe du Saint Esprit", au cours de laquelle nous implorons les lumières et la force de l'Esprit Saint.

 

            Au cours d'une Visite Régulière, nous nous mettons ensemble à l'écoute de l'Esprit de Dieu.  Nous essayons ensemble de percevoir son action parmi nous et autour de nous et sa volonté sur nous.  Un peu comme au temps du roi Ahaz, vous vous trouvez dans une situation politique et militaire d'une très grande complexité avec des coalitions et des intérêts très diversifiés, où il est fort difficile de se retrouver.  Il y a les hommes qui s'agitent, mais à travers toute cette agitation et au delà de cette agitation il faut savoir, dans un regard de foi, percevoir l'action de Dieu et lire sa volonté.

 

            Dans une situation aussi complexe et difficile votre communauté a continué de croître et de se fortifier.  Vous devez, dans un regard de foi y voir l'action de la puissance de Dieu. – les dunameis de Dieu – et y trouver le fondement de la foi qui vous permettra d'affronter sans crainte aucune les prochaines étapes de votre histoire.

 

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17 juillet 2002 - Mercredi de la 15ème semaine "B"

Is 10, 5-7. 13-16; Matthieu 11:23-27

 

 

H O M É L I E

 

Dans l'Évangile nous voyons souvent Jésus se retirer dans la solitude pour prier son Père dans le secret, mais nous avons peu d'exemples des paroles que Jésus utilisait lorsqu'il priait son Père.  Ce très bref évangile de trois versets seulement en est un exemple.  Les deux premiers versets sont une prière d'action de grâce adressée par Jésus à son Père  (Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance); et le verset suivant est une réflexion de Jésus adressée à ses disciples sur sa relation avec son Père.

 

Le mot le plus important de la prière de Jésus est sans doute le dernier : le mot "bienveillance".  Cette expression évoque sans doute la voix du Père au moment du baptême de Jésus: "Celui-ci est mon fils bien aimé, en qui j'ai mis toute ma complaisance" (Mat 3, 17).  Et derrière ces deux textes on peut entendre la voix du prophète Isaïe (Is 42, 1-4) cité par Matthieu quelques versets plus loin (Mat 12 18) : "Voici mon serviteur... bien-aimé... en qui j'ai mis ma complaisance".  En chaque cas est utilisé le même mot grec  "eudokía" ou le verbe correspondant.

 

Ce qui nous est révélé ici c'est donc tout d'abord l'amour insondable – la bienveillance, la complaisance – du Père à l'égard de son Fils et du Fils à l'égard du Père.  C'est dans cette relation d'amour que Jésus rend gloire à son Père de ce qu'il a ouvert les  yeux de la foi aux "tout petits", c'est-à-dire à ses disciples (car c'est ainsi que Jésus appelle souvent ses disciples dans l'Évangile), qui sont de simples pêcheurs sans grande instruction, alors que les Docteurs de la Loi et les Scribes demeurent imperméables à cette révélation. 

 

Le troisième verset de ce bref évangile comprend une révélation extraordinaire, qui comporte deux éléments.  L'élément central est que cette relation d'amour qui unit le Père et le Fils et la pleine connaissance qu'une telle relation implique est propre à leur mystère intime: "nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils" et cependant cette révélation est enveloppée en quelque sorte dans une autre : Tout a été remis par le Père au Fils, si bien que l'affirmation "nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils" est complétée par les mots "et celui à qui le Fils veut bien le révéler".

 

Avec Jésus rendons gloire nous aussi au Père d'être nous-mêmes de ces "petits" à qui ce mystère a été révélé.

 

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18 juillet 2002 – Jeudi de la 15ème semaine "B"

Isaïe 26:7-19;  Matthieu 11:28-30

 

 

H O M É L I E

 

 

Nous poursuivons la lecture du Chapitre 11 de saint Matthieu, où celui-ci a regroupé diverses paroles brèves de Jésus.  Certaines de ces paroles ont été placées ailleurs par les autres Évangélistes; et d'autres, comme celle que nous venons de lire, sont propres à Matthieu.  Il serait futile d'essayer de retrouver la situation précise dans laquelle ces paroles ont été prononcées par Jésus.  Il s'agit de petits textes ou récits isolés qui circulaient dans l'Église primitive avant d'être regroupés dans nos Évangiles.  Ils ont une valeur et une force percutante en eux-mêmes, indépendamment de tout contexte.

 

            Dans le bref texte d'aujourd'hui Jésus oppose sa Loi d'amour au juridisme lourd et sévère des Pharisiens et des Docteurs de la Loi.  Le "joug" était une expression traditionnelle dans l'Ancien Testament pour désigner la Loi.   Quand Jésus dit "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau" il s'adresse à ceux qui sont opprimés par les interprétations de la Loi imposées par les Scribes et les Pharisiens.  Qu'on se rappelle son invective : " Malheur à vous, les légistes, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d’un seul de vos doigts."  À ceux qui sont ainsi opprimés, il promet tout d'abord le repos pour leur âme.

 

            Il les invite à prendre sur eux sa loi ("Prenez sur vous mon joug"), sa loi d'amour, et à devenir ses disciples ("mettez-vous à mon école"), car il est doux et humble de coeur.  Puis il répète que ceux qui prendront sur eux ce joug trouveront le repos.  Pourquoi? – Parce que ce joug, ou cette loi, est facile et que le fardeau qu'il met sur les épaules de ses disciples est léger.

 

            Ne voyons donc pas dans la Loi de l'Évangile, ni dans les lois de l'Église, ou dans les règlements de notre vie monastique de lourds fardeaux qu'il faut porter par ascèse afin de gagner des mérites, mais des expressions concrètes d'une loi d'amour qui doit nous libérer et nous permettre de courir d'un coeur libre et dilaté, comme dit saint Benoît, sur les sentiers de l'Évangile. 

 

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19 juillet 2002 - Vendredi de la 15ème semaine "B"

Is 38, 1-6. 21-22. 7-8 ; Matthieu 12:1-8

 

 

H O M É L I E

 

            Dans l'Évangile d'hier Jésus établissait une comparaison entre ses commandements, qui sont un joug facile à porter et un fardeau léger, d'une part et, d'autre part, le poids sous lequel les Scribes et les Docteurs de la Loi écrasaient le peuple.  Et il invitait à venir à lui tous ceux qui peinaient sous le poids du fardeau.  L'Évangile d'aujourd'hui continue cette polémique, avec un exemple concret.

 

            Selon la casuistique des docteurs de la Loi, arracher quelques épis de grain et les froisser dans ses mains équivalait à une récolte.  C'était donc une activité interdite le jour du sabbat.  Aussi lorsque Jésus et ses disciples traversent des champs le jour du sabbat et que les disciples se mettent à arracher et à manger quelque épis, les Pharisiens crient au scandale.  "Cela n'est pas permis, disent-ils!"

 

            La réponse de Jésus est double.  Dans un premier temps, il révèle le sens de toute loi et, dans un deuxième temps, il affirme son identité messianique.  La première partie du raisonnement, concernant le Temple de l'Ancien Testament, n'est pas facile à suivre, mais le sens est clair.  Le service du Temple était plus important que les lois du sabbat, que les prêtres pouvaient enfreindre pour réaliser ce service.  Or, les disciples de Jésus sont au service du Fils de l'Homme, qui est plus grand que le Temple.  De plus, s'il fut légitime pour David d'enfreindre les lois du Temple pour faire manger ses compagnons affamés, encore plus est-il légitime à Jésus de permettre à ses disciples de satisfaire leur faim le jour du Sabbat, car Le Fils de l'Homme est maître du sabbat. Les Pharisiens ont bien compris le message et, plus que jamais, ils veulent tuer Jésus qu'ils considèrent comme un blasphémateur, puisqu'il se présente comme le Messie.

 

            Cependant les Pharisiens n'ont pas perçu la fine pointe de la réponse de Jésus qui est :  " Si vous aviez compris ce que signifie: C’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice, vous n’auriez pas condamné ces hommes qui ne sont pas en faute".  L'amour du prochain est la loi suprême qui transcende toutes les autres et à laquelle doivent être subordonnées toutes les autres dans leur application.

 

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