4 novembre 2002 – lundi de la 31ème semaine "B"

Philippiens 2:1-4; Luc 14:12-14

Monastère N.-D. de Kibungo, Ruanda

 

 

Homélie

 

Chères soeurs,

 

            C'est aujourd'hui que votre communauté sera érigée canoniquement en prieuré autonome, venant s'ajouter à toutes les autres communautés de moniales et de moines qui forment l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance.  L'Ordre étant une communauté de communautés, la plus belle contribution que vous pourrez lui apporter sera la qualité même de votre vie communautaire.  Les deux lectures du lectionnaire férial pour la messe d'aujourd'hui me semblent parfaitement adaptées à cette occasion.

 

            Ayant pour votre communauté une affection que je crois toute semblable à celle que Paul avait pour l'Église de la ville de Philippe, je fais mienne ses paroles et je vous les adresse : "Ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment;   n’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun(e) par l’humilité estime les autres supérieur(e)s à soi;   ne recherchez pas chacun(e) vos propres intérêts, mais plutôt que chacun(e) songe à ceux des autres."

 

            Une communauté commence d'exister vraiment lorsque chacune des personnes qui la composent s'ouvre aux autres, s'oubliant elle-même pour être attentive aux besoins et aux intérêts de ses soeurs ou de ses frères.

 

            Lorsqu'il y a au sein d'une communauté cette ouverture à l'autre, la communauté elle-même, dans son ensemble, sera ouverte à la société qui l'entoure, et tout d'abord aux plus nécessiteux.  Elle appliquera tout spontanément le message de Jésus dans l'Évangile d'aujourd'hui, appelant à pratiquer l'hospitalité non à l'égard des riches et des grands qui se plairont à nous la rendre, mais à l'égard des pauvres et des petits qui ne pourront jamais nous rendre quoi que ce soit.

 

            Demandons pour chacun et chacune d'entre nous la grâce du coeur pur qui nous fera voir Dieu en chacun et chacune des nos frères et soeurs et aussi dans tous les petits du Royaume.

 

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1  Aussi je vous en conjure par tout ce qu’il peut y avoir d’appel pressant dans le Christ, de persuasion dans l’amour, de communion dans l’Esprit, de tendresse compatissante, 2  mettez le comble à ma joie par l’accord de vos sentiments: ayez le même amour, une seule âme, un seul sentiment; 3  n’accordez rien à l’esprit de parti, rien à la vaine gloire, mais que chacun par l’humilité estime les autres supérieurs à soi; 4  ne recherchez pas chacun vos propres intérêts, mais plutôt que chacun songe à ceux des autres. (Philippiens 2:1-4 JER)

 

12  Puis il disait à celui qui l’avait invité: "Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, de peur qu’eux aussi ne t’invitent à leur tour et qu’on ne te rende la pareille. 13  Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles; 14  heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te le rendre! Car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes." (Luc 14:12-14 JER)

 

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5 novembre 2002 – mardi de la 31ème semaine (année paire)
Philippiens 2:5-11; Luc 14:15-24

Monastère de Notre-Dame de Kibungo, Ruanda

 

H O M É L I E

 

Chères Soeurs,

 

            Au cours de cette Eucharistie, après cette brève homélie, vous allez promettre votre stabilité dans cette communauté de Notre-Dame de Kibungo qui existe depuis deux ans dans les faits, mais qui a acquis son existence canonique hier.  Pour quiconque vit sous la Règle de saint Benoît, un "changement de stabilité" n'est pas quelque chose qui se fait à la légère.

 

            Selon la Règle de saint Benoît, le moine fait profession de "stabilité dans la communauté" (RB 58,39; voir 60,22 et 61,13 et aussi 4,99).  D'ailleurs, la formation du novice ne commence pour vrai que lorsqu'il a déjà fait une première promesse de stabilité (RB 58,19).  La stabilité dans une communauté et dans un lieu est donc importante pour le moine selon la tradition bénédictine.  N'y a-t-il donc pas une certaine contradiction dans l'expression "changement de stabilité"?

 

            La vie spirituelle peut se vivre n'importe où, mais elle se vit toujours dans un lieu concret et à un moment précis.  Elle ne se vit jamais dans l'abstrait.  Et c'est pourquoi le lieu et le temps sont si importants.  Dieu transcende les limites du temps et de l'espace.  Mais lorsqu'il a voulu se faire l'un d'entre nous et s'incarner, il a assumé les limites du temps et de l'espace;  il est venu "en ce monde" (Jean 1,9) et à un moment bien précis de l'histoire (Luc 3,1ss: "L'an quinze du principat de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée, etc.)

 

            La stabilité bénédictine attache le moine non seulement à une communauté de frères, mais à un monastère, à un lieu matériel concret, où il cherche Dieu et s'efforce de découvrir sa volonté et d'y obéir. C`est aussi le lieu où il est invité au banquet de la Parole et du Pain.

 

            Les premiers Cisterciens semblent avoir particulièrement saisi cette dimension de la Règle bénédictine.  De saint Albéric on dit qu'il était "amator Regulae et fratrum" et de saint Étienne, qu'il était "amator Regulae et loci", l'amant de la Règle et du lieu. 

 

            Le lieu n'a de sens que parce qu'il est le lieu où habite une communauté.  La stabilité dans un lieu est la stabilité dans une communauté.             Or notre Ordre a été conçu par nos Pères cisterciens, dès le début, comme une communauté de communautés.  Et c'est là que l'expression "changement de stabilité", avec toute la contradiction interne apparente des mots, peut prendre un sens positif.  À l'intérieur d'une communauté locale, c'est le service mutuel des frères qui est l'expression visible de leur communion.  Ainsi en est-il entre les communautés de l'Ordre.  Le passage d'une communauté à une autre prend tout son sens lorsqu'il est le fruit du service fraternel que s'offrent mutuellement les communautés de l'Ordre.  .

 

            L'Évangile d'aujourd'hui nous décrit le Royaume des cieux comme un banquet auquel nous sommes tous conviés et la première lecture nous offre l'exemple de l'obéissance radicale du Christ, qui est la forme la plus parfaite de l'amour.  Nous sommes appelés à vivre, à la suite du Christ, cette obéissance radicale qui ne consiste pas toujours à se conformer à des ordres reçus d'un supérieur;  mais qui consiste plutôt parfois dans l'obéissance aux événements voulus par la Providence divine et qui peuvent aller jusqu'à nous déraciner du lieu et de la communauté où nous avions promis notre stabilité, pour être transplantés ailleurs.  Accepter ce déracinement et cette transplantation, en faisant pleine confiance au divin Agriculteur (Jean 15,1: pater meus agricola est) est à la fois un acte d'obéissance, de foi, d'espérance et d'amour.

 

            C'est cet acte que j'invite maintenant chacune de vous à poser.

 

 

5  Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus: 6  Lui étant dans la forme de Dieu n’a pas usé de son droit d’être traité comme un dieu 7  mais il s’est dépouillé prenant la forme d’esclave. Devenant semblable aux hommes et reconnu à son aspect comme un homme 8  il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort à la mort sur une croix. 9  C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le nom qui est au-dessus de tout nom 10  afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux sur la terre et sous la terre 11  et que toute langue proclame que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père. (Philippiens 2:5-11 JER)

 

 

15  A ces mots, l’un des convives lui dit: "Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu!" 16  Il lui dit: "Un homme faisait un grand dîner, auquel il invita beaucoup de monde. 17  A l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités: "Venez; maintenant tout est prêt." 18  Et tous, comme de concert, se mirent à s’excuser. Le premier lui dit: "J’ai acheté un champ et il me faut aller le voir; je t’en prie, tiens-moi pour excusé." 19  Un autre dit: "J’ai acheté cinq paires de boeufs et je pars les essayer; je t’en prie, tiens-moi pour excusé." 20  Un autre dit: "Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis venir." 21  A son retour, le serviteur rapporta cela à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur: "Va-t-en vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux." - 22  "Maître, dit le serviteur, tes ordres sont exécutés, et il y a encore de la place." 23  Et le maître dit au serviteur: "Va-t-en par les chemins et le long des clôtures et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse. 24  Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner."" a de cher. (Luc 14:15-24 JER)

 

 

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6 novembre 2002 – mercredi de la 31ème semaine (année paire)
Philippiens 2:12-18; Luc 14:25-33

Monastère de Notre-Dame de Kibungo, Ruanda

 

 

H O M É L I E

 

Chères Soeurs,

 

            Dans ces circonstances comme celle de ce matin (Messe du Saint-Esprit, avant l'élection d'une prieure titulaire), les homélistes ont parfois la tentation de choisir des textes bibliques correspondant à ce qu'ils veulent dire dans leur homélie (!).  J'ai préféré prendre tout simplement les lectures du cycle férial (comme pour les jours précédents) et voir comment ils éclairent notre situation.

 

            Le texte de l’Évangile de Luc que nous venons de lire se trouve au coeur d’une longue section (9,51-19,27) dont le thème principal est celui de la montée de Jésus vers Jérusalem, où il sera mis à mort.  À ce stade, de grandes foules le suivent dans cette montée.  Elles l’acclameront le jour des Rameaux au moment de son entrée à Jérusalem, mais nous savons aussi avec quelle rapidité elles le lâcheront et demanderont sa mort. 

 

            C’est à ces foules – et non pas à quelques disciples choisis – que Jésus trace les exigences qui s’imposent à quiconque veut le suivre.  Ces exigences peuvent se ramener à deux : la première est celle que saint Benoît résume dans sa Règle par les mots : « Ne rien préférer au Christ. » (RB 4,24)   « Si quelqu’un vient à moi, dit Jésus, sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et soeurs et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. »  La deuxième exigence est la disposition à accepter toutes les souffrances, y compris la non-compréhension et la persécution qu’une telle option radicale peut provoquer.  C’est de cette « croix » que parle Jésus, et non pas de petites mortifications qu’on pourrait s’imposer.  « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi, dit-il, ne peut pas être mon disciple. » 

 

            C'est dans la mesure où, individuellement et collectivement, nous acceptons de vivre selon ces exigences de l'Évangile, à l'exemple de Paul qui dit aux Philippiens qu'il est prêt à répandre son sang en libation pour eux, que nous serons capables de faire sagement le discernement qu'il nous incombe de faire au cours d'une élection abbatiale ou de celle d'une prieure. Car c'est bien de discernement qu'il s'agit.

 

            À la fin du texte d'Évangile que nous avons lu,  Luc rapporte deux logia de Jésus qu’il est le seul évangéliste à avoir conservés.  Il s’agit de deux enseignements de prudence humaine :  avant de se mettre à construire quelque chose, on doit s’asseoir pour examiner si l’on a tout ce qu’il faut pour mener le projet à bonne fin ; et avant de partir en guerre contre quelqu’un, on doit vérifier si l’on a les forces nécessaires afin de ne pas se faire écraser par l’adversaire. 

 

            Ces deux logia propres à Luc nous en disent beaucoup sur l'utilisation de notre bon jugement et de notre sagesse humaine dans les discernements spirituels que nous avons à faire. La volonté de Dieu ne se découvre pas en ouvrant au hasard la Bible ou par des trucs semblables que nous nous inventons.  Dans l'élection d'un(e) supérieur(e), Dieu nous laisse l'entière responsabilité de notre choix, que nous devons faire en utilisant tous les moyens humains de discernement que Dieu a mis à notre disposition.  Évidemment, il faut prier – mais non pas pour que Dieu nous révèle quelle personne Il aurait déjà choisie à notre place, mais bien pour qu'Il purifie nos coeurs et nos intentions afin que nous puissions discerner avec une intelligence éclairée quelle est la personne la mieux indiquée dans les circonstances présentes.  La personne que nous choisirons deviendra la candidate de l'Esprit Saint.  C'est une très grande responsabilité que nous avons là!

 

 

12 ¶ Ainsi donc, mes bien-aimés, avec cette obéissance dont vous avez toujours fait preuve, et qui doit paraître, non seulement quand je suis là, mais bien plus encore maintenant que je suis absent, travaillez avec crainte et tremblement à accomplir votre salut: 13  aussi bien, Dieu est là qui opère en vous à la fois le vouloir et l’opération même, au profit de ses bienveillants desseins. 14 ¶ Agissez en tout sans murmures ni contestations, 15  afin de vous rendre irréprochables et purs, enfants de Dieu sans tache au sein d’une génération dévoyée et pervertie, d’un monde où vous brillez comme des foyers de lumière, 16  en lui présentant la Parole de vie. Vous me préparez ainsi un sujet de fierté pour le Jour du Christ, car ma course et ma peine n’auront pas été vaines. 17  Au fait, si mon sang même doit se répandre en libation sur le sacrifice et l’oblation de votre foi, j’en suis heureux et m’en réjouis avec vous tous, 18  comme vous devez, de votre côté, en être heureux et vous en réjouir avec moi. (Philippiens 2:12-18 JER)

 

 

25 ¶ Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit: 26  "Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27  Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. 28  "Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout? 29  De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant: 30  "Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever!" 31  Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille? 32  Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. 33  Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. (Luc 14:25-33 JER)

 

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7 novembre 2002 – jeudi de la 31ème semaine (année paire)
Philippiens 3:3-8; Luc 15:1-10

Monastère de Notre-Dame de Kibungo, Ruanda

 

 

H O M É L I E

           

            Dans l'Évangile d'hier, Jésus énonçait les exigences radicales qu'il présentait à ceux qui voulaient le suivre.  Tout de suite après, nous voyons les Publicains et les pécheurs se grouper autour de lui, au grand scandale des Pharisiens et des scribes qui lui reprochent de faire bon accueil aux pécheurs et de manger avec eux. En réponse à ces murmures, Jésus leur offre non pas une mais bien trois paraboles, qui ont toutes pour thème central la joie qu'il y a dans le ciel lorsqu'un pécheur se repent et revient à Dieu.  C'est une joie semblable à celle d'un berger qui a trouvé la brebis qu'il avait perdue ou encore à celle de la femme qui a retrouvé la pièce d'argent qu'elle avait égarée.  La troisième parabole, qui n'est pas inclue dans la lecture de l'Évangile d'aujourd'hui, décrit la joie d'un père lorsque son fils prodigue revient à la maison. 

 

            Les Pharisiens considéraient les Publicains et les pécheurs comme des classes avec qui une personne qui se respectait ne devait pas s'associer;  et ils étaient scandalisés de ce que Jésus mangeât avec eux.  Par cette parabole Jésus enseigne que ce qui est vraiment important n'est pas ce que ces personnes sont, mais ce que Dieu est puisque, en définitive, nous sommes tous pécheurs.  L'objet premier de chacune de ces paraboles n'est pas la conversion du pécheur, mais bien la joie qu'éprouve Dieu lorsque le pécheur revient à Lui.

 

            Saint Paul, dans la première lecture, raconte sa propre histoire de conversion.  Il ne s'agit pas de la conversion d'une vie de péché à une vie de vertu, mais de la non-croyance à la foi.  Dès que Paul eut reçu la grâce de la lumière lui faisant voir qui était Jésus de Nazareth, tout ce qu'il avait été auparavant, même son dévouement le plus radical à ce qu'il croyait la "bonne cause", n'eut plus aucune importance.  Il accepta de tout perdre pour gagner le Christ.

 

            Lorsque nous avons l'impression de ne plus avancer sur le chemin de la perfection, efforçons-nous de découvrir ce à quoi nous sommes restés attachés, ce que nous n'avons pas encore accepté de perdre.  Encore une fois, engageons-nous avec une ardeur renouvelée sur le chemin de la vie monastique, que saint Benoît décrit, dès les premières lignes du Prologue de sa Règle, comme un  chemin de retour à Dieu.  Et que notre propre joie prenne alors sa racine dans la conviction de procurer ainsi de la joie à Dieu.

 

 

3  Car c’est nous qui sommes les circoncis, nous qui offrons le culte selon l’Esprit de Dieu et tirons notre gloire du Christ Jésus, au lieu de placer notre confiance dans la chair. 4  J’aurais pourtant sujet, moi, d’avoir confiance même dans la chair; si quelque autre croit avoir des raisons de se confier dans la chair, j’en ai bien davantage: 5  circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux; quant à la Loi, un Pharisien; 6  quant au zèle, un persécuteur de l’Église; quant à la justice que peut donner la Loi, un homme irréprochable. 7  Mais tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme un désavantage, à cause du Christ. 8  Bien plus, désormais je considère tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ, (Philippiens 3:3-8 JER)

 

 

1 ¶ Cependant tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. 2  Et les Pharisiens et les scribes de murmurer: "Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux!" 3  Il leur dit alors cette parabole: 4  "Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée? 5  Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules 6  et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit: "Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue!" 7  C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir. 8  Ou bien, quelle est la femme qui, si elle a dix drachmes et vient à en perdre une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin, jusqu’à ce qu’elle l’ait retrouvée? 9  Et, quand elle l’a retrouvée, elle assemble amies et voisines et leur dit: "Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, la drachme que j’avais perdue!" 10  C’est ainsi, je vous le dis, qu’il naît de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent."  (Luc 15:1-10 JER)

           

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8 novembre 2002 – vendredi de la 31ème semaine (année paire)
Philippiens 3:17-4:1; Luc 16:1-8

Monastère de Notre-Dame de Kibungo, Ruanda

 

 

H O M É L I E

           

 

            Dans cet Évangile, qu'il n'est certes pas facile d'interpréter, Jésus fait probablement allusion à une tricherie qui était survenue peu de temps auparavant et qui était sans doute bien connue de son auditoire.  C'était peut-être une histoire qu'on se répétait et qui faisait bien rigoler.  Jésus n'a certainement pas l’intention de nous enseigner par ce récit comment tricher notre employeur ou le gouvernement! 

 

Un détail intéressant à remarquer est que Luc est le seul évangéliste qui ait rapporté ce récit;  et nous savons à quel point Luc est préoccupé par tout ce qui concerne la pauvreté et le danger des richesses et de l'argent.  En réalité la phrase qui résume tout le récit est la dernière (nous l'aurons dans l'Évangile de demain): "Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon".  Luc en effet donne à l'argent un nom propre "Mammon", pour bien montrer que si l'on devient esclave de l'argent, celui-ci devient notre maître et nous domine comme un maître humain le ferait.

 

            L’enseignement de Jésus dans ce récit est donc le suivant:  Si les enfants de ce monde, qui sont eux-mêmes esclaves des choses matérielles, sont si habiles... combien plus habiles devriez-vous être, vous qui prétendez être les enfants de Dieu.  Vous devriez utiliser l'argent, non pas pour vous construire une sécurité en vue d'un avenir temporel et mondain, mais pour vous construire un royaume éternel, à la fois pour vous-mêmes et pour vos frères humains.  Et la façon de le faire consiste à considérer que vous n'êtes pas les propriétaires de ce qui vous possédez.  Vous en êtes les gardiens et vous devez en user selon les besoins de tous et non seulement selon vos propres besoins personnels.

 

            Dans sa lettre aux Philippiens Paul pousse encore plus loin le raisonnement.  Chaque fois que nous préférons quelque chose à Dieu, ce quelque chose devient notre maître, fût-ce notre ventre!

 

            Nous savons qu'il y a une grande cupidité en chacun de nos cœurs, et nous savons qu'il y a une très grande dose de cupidité et de tricherie dans le monde, dans les rapports individuels comme entre les nations ou les blocs de nations.  Et nous savons que c'est là la source de toutes les tensions entre personnes et de toutes les guerres entre les peuples.

 

            Faisons de nouveau, chacun de nous notre option pour Dieu plutôt que pour Mammon ou tout autre chose et demandons à Dieu d’éclairer les yeux et de guider les actions de ceux qui ont entre leurs mains la vie et le sort de millions de personnes dans le besoin.

 

17  Devenez à l’envi mes imitateurs, frères, et fixez vos regards sur ceux qui se conduisent comme vous en avez en nous un exemple. 18  Car il en est beaucoup, je vous l’ai dit souvent et je le redis aujourd’hui avec larmes, qui se conduisent en ennemis de la croix du Christ: 19  leur fin sera la perdition; ils ont pour dieu leur ventre et mettent leur gloire dans leur honte; ils n’apprécient que les choses de la terre. 20  Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ, 21  qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire, avec cette force qu’il a de pouvoir même se soumettre toutes choses. 1  Ainsi donc, mes frères bien-aimés et tant désirés, ma joie et ma couronne, tenez bon de la sorte, dans le Seigneur, mes bien-aimés. (Philippiens 3:17-4:1 JER)

 

 

1  Il disait encore à ses disciples: "Il était un homme riche qui avait un intendant, et celui-ci lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. 2  Il le fit appeler et lui dit: "Qu’est-ce que j’entends dire de toi? Rends compte de ta gestion, car tu ne peux plus gérer mes biens désormais." 3  L’intendant se dit en lui-même: "Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gérance? Piocher? Je n’en ai pas la force; mendier? J’aurai honte… 4  Ah! je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois relevé de ma gérance, il y en ait qui m’accueillent chez eux." 5  "Et, faisant venir un à un les débiteurs de son maître, il dit au premier: "Combien dois-tu à mon maître?" - 6  "Cent barils d’huile", lui dit-il. Il lui dit: "Prends ton billet, assieds-toi et écris vite cinquante." 7  Puis il dit à un autre: "Et toi, combien dois-tu?" -"Cent mesures de blé", dit-il. Il lui dit: "Prends ton billet, et écris quatre-vingts." 8  "Et le maître loua cet intendant malhonnête d’avoir agi de façon avisée. Car les fils de ce monde-ci sont plus avisés envers leurs propres congénères que les fils de la lumière. (Luc 16:1-8 JER)