19 mai 2002 - Pentecôte

Actes 2,1-11; 1 Cor 12,3...13; Jean 20,19-23

 

 

H O M É L I E

 

            Luc, dans les Actes des Apôtres, et Jean, dans l’Évangile nous donnent deux descriptions différentes et complémentaires de la descente de l’Esprit sur les Apôtres.  Ni l’un ni l’autre ne prétend rapporter comme le ferait un journaliste ou un historien les détails d’un événement.  C’est plutôt le sens spirituel d’une intervention de Dieu dans notre histoire que chacun des deux veut nous livrer, en l’éclairant par d’autres interventions de Dieu dans l’histoire de l’humanité.

 

            Luc nous décrit la venue de l’Esprit promis par Jésus sur les Apôtres et les autres membres de l’Église naissance, parmi lesquels Marie et les autres femmes qui avaient suivi Jésus jusqu’au Golgotha.  La Pentecôte était une fête juive, d’origine agraire, qui se célébrait cinquante jours après la Pâque et qui était associée au souvenir de l’arrivée du peuple au pied du Sinaï durant l’Exode et donc aussi au don de la Loi au milieu de signes fulgurants : le feu descendant sur la montagne, le vent violent et le tremblement de terre.  Les Actes placent le début de la prédication des Apôtres au cours de cette fête à laquelle venaient à Jérusalem les pèlerins et les juifs de la diaspora, depuis tous les pays du Moyen-Orient.

 

            Ainsi, tout comme le Peuple d’Israël avait été constitué comme Peuple, avec ses institutions et ses traditions, lorsqu’il reçut la Loi par Moïse, ainsi l’Église est constituée le jour de la Pentecôte, lorsque les Apôtres, recevant l’Esprit, commencent leur prédication.  Et c’est parce que cette prédication est parvenue jusqu’à nous que nous sommes ici réunis ce matin pour célébrer le même mystère.

 

            Dans l’Évangile, Jean, le mystique, nous présente l’Esprit non plus comme jaillissant avec puissance et force dans une grande théophanie, mais bien comme le souffle vital jaillissant du Christ ressuscité, et intimement lié à ses membres transpercés et à son côté ouvert par la lance. Il s’agit d’une nouvelle création.

 

            De plus, chez Jean, le don de l’Esprit est intimement associé au pardon des péchés.  Cela doit être mis en relation avec le thème de la lettre de Paul aux Corinthiens (notre 2ème lecture) : C’est le thème de la différence et de la multiplicité vues comme une richesse et non comme une faiblesse.  Babel avait été perçu par les auteurs de l’Ancien Testament comme quelque chose de négatif : les différences de langues et de cultures entre les humains étaient vues comme le résultat de l’orgueil humain voulant conquérir l’égalité avec Dieu.  Dans le nouveau Testament – dans le message de Jésus – la diversité est une richesse, elle est le fruit de l’Esprit ; et le péché – ce péché que Jésus donne aux disciples le pouvoir et la mission de pardonner – consiste avant tout dans toutes les formes d’oppression qui sont autant de refus de la différence.

 

            Toutes les formes de violence, d’oppression, d’occupation, de guerre et d’exploitation que nous connaissons de nos jours, sont autant d’efforts de re-babeliser l’univers.  Cette re-babelisation va directement à l’encontre de l’Esprit qui crée l’unité de tout ce qui est différent.  Tous entendent, dans leur langue, le message des Apôtres

 

            Dans l’Évangile de Jean, lorsque Jésus se présente au milieu des disciples, il leur dit deux fois : « La paix soit avec vous ! ».  Prions-le pour qu’il apporte la paix partout où des hommes s’entredéchirent par la guerre et qu’il envoie sur le monde d’aujourd’hui son Esprit qui nous délivre de nos péchés et nous permette de le servir dans la liberté et dans le respect de toutes nos différences.

 

Armand VEILLEUX