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juin 2002 – Solennité de saint Jean-Baptiste
Is
49, 1-6; Ac 13, 22-26; Lc 1, 57-66.80
H O M É L I E
Saint Luc, dans son Évangile, établit un parallélisme rigoureux entre Jean-Baptiste et Jésus. Aussi bien au sujet d’Élizabeth que de Marie il dit : « Quand arriva le moment d’enfanter, elle mit au monde un fils ». Dans le cas de Jean, ce sont les voisins qui viennent se réjouir avec la mère et l’enfant ; dans le cas de Jésus, ce sont d’abord les bergers puis les mages. Zacharie, tout comme Joseph, ont un rôle un peu effacé. De Jean, comme de Jésus, on se demande « ce que sera cet enfant ». Les deux ont une longue préparation – Jean au désert, Jésus à Nazareth – avant une vie publique assez brève.
Les deux premières lectures de la messe d’aujourd’hui établissent d’autres parallèles. Dans les Actes des Apôtres Paul établit un parallèle avec David, un « homme selon le coeur de Dieu », ancêtre de Jésus comme de Jean ; et la lecture d’Isaïe nous rappelle la figure du mystérieux Serviteur de Dieu, appelé, lui aussi, dès le sein maternel, et qui « avait du prix au yeux du Seigneur ».
Les saints, que ce soient ceux de l’Ancien comme du Nouveau Testament, ne sont pas simplement des sortes de modèles que nous devons admirer de loin. Ils sont plutôt des personnes qui nous révèlent, chacune à sa façon, ce que nous sommes appelés à être.
Chacun de nous peut dire, comme le Serviteur du Livre d’Isaïe : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé. » Il s’agit tout d’abord de l’appel fondamental et universel à être enfants de Dieu, avant même d’être l’appel à être les témoins de l’Évangile de Jésus, ou encore à telle ou telle forme de vie dans l’Église. Chacun de nous peut dire aussi : « J’ai du prix aux yeux du Seigneur ». Et nous pouvons ajouter sans orgueil qu’à nous aussi le Seigneur a dit : « Je vais faire de toi la lumière des nations », car c’est à nous tous que Jésus a donné la mission d’être « le sel de la terre et la lumière du monde ». Comment ? En étant, dans notre vie, une manifestation vivante de l’amour miséricordieux du Seigneur qui nous aime malgré toutes nos limites et même nos péchés. David, tel qu’il nous est décrit dans la Bible, n’était pas un « enfant de choeur » ; et pourtant Paul nous dit qu’il était un homme selon le coeur de Dieu – un homme humble, toujours prêt à recevoir le pardon.
De chacun de nous comme de Jean on peut dire : « la main de Dieu est sur lui ». Pour nous le dire d’une autre façon, nous sommes dans les mains de Dieu ; ou, pour utiliser une image tout à fait anthropomorphique, nous pouvons dire qu’une des mains de Dieu nous supporte et que l’autre est sur nous, de sorte que nous sommes blottis entre ses deux mains. Ces images un peu naïves expriment une conviction plus profonde : celle que notre sécurité est totale, car elle repose sur le Tout-puissant. Nous n’avons rien à craindre, quoi qu’il nous arrive, de sorte que nous pouvons, comme Jean-Baptiste, être des personnes libres – totalement libres, qui n’ont pas à se prouver à elles-mêmes ni à prouver aux autres quoi que ce soit, et qui peuvent donc rester silencieux, dans le désert, aussi longtemps que c’est possible, et parler sans crainte, même fortement et même aux grands de ce monde, lorsque la Vérité l’exige.
En cette
Fête de Jean-Baptiste demandons-lui de nous procurer à tous cette même humilité
et cette même liberté.