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janvier 2002 – Solennité des Saints Fondateurs de Cîteaux
Si
44, 1.10-15; He 11, 1-2. 8-16; Mc 10,24b-30
H O M É L I E
Chers frères,
La première lecture (du Siracide) nous invitait à faire l’éloge de nos ancêtres. Or ce sont précisément nos ancêtres dans la vie monastique que nous célébrons aujourd’hui : les fondateurs de Cîteaux et en particulier Robert, Albéric et Étienne, qui en furent les trois premiers abbés. C’est à juste titre que l’Évangile nous rappelle l’un des fondements d’un tel éloge, à savoir leur amour de la pauvreté, et l’ardeur avec laquelle ils tout quitté, et plus d’une fois, pour suivre le Christ. Et cependant le texte sur lequel j’aimerais m’arrêter au cours de ces quelques moments de méditation sur le Parole de Dieu ne sera pas cet Évangile, mais bien la seconde lecture tirée de la Lettre aux Hébreux, Je trouve en effet que ce que l’auteur de cet Lettre dit au sujet de la foi d’Abraham s’applique fort bien à nos fondateurs, et en particulier à Robert.
Tout comme Abraham qui n’hésita pas un instant à obéir lorsque le Seigneur lui enjoignit de quitter son pays et sa terre pour aller dans un endroit qu’il ne connaissait pas, Robert entendit souvent l’appel à partir. Cet appel lui vint à travers plusieurs canaux différents. Ce fut d’abord la voix de son abbé l’envoyant dans l’une ou d’autre des fondations de son monastère d’origine, Montier la Celle, puis ce fut la voix des ermites de Colan l’appelant à devenir leur abbé, par la suite ce fut la voix de quelques-uns de ses frères s’alliant à sa voix intérieure l’appelant à les accompagner dans l’aventure de Cîteaux ; et enfin ce fut la voix de ses frères restés à Molesmes demandant au pape de joindre la sienne à la leur pour le rappeler à Molesmes.
Robert était un homme de foi, et il est véritablement notre père dans la foi, car il a su percevoir en chacune de ces voix un appel de Dieu, qui était toujours l’appel à un plus grand détachement, à un plus grande pauvreté – intérieure d’abord, extérieure ensuite. Pour nous de même, il n’y a que la foi qui puisse donner un sens à ce que nous vivons. Bien des circonstances peuvent s’être conjuguées pour nous amener ici à Scourmont. Bien des voix ont pu nous orienter ici. Mais en définitive c’est toujours la main de Dieu qui nous a guidés et conduits.
D’Abraham, de Sara et de nos autres ancêtres dans la foi, l’auteur de la Lettre aux Hébreux dit : « C’est dans la foi qu’ils moururent tous sans avoir reçu l’objet des promesses, mais ils l’ont vu et salué de loin, et ils ont confessé qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. Ceux qui parlent ainsi font voir clairement qu’ils sont à la recherche d’une patrie ». C’est là une belle description de la fin ultime de la vie monastique. Nous ne sommes pas venus au monastère pour nous y installer dans une tranquillité permanente. Nous y sommes venus pour nous mettre en route dans un cheminement permanent vers un but qui ne nous sera révélé que lorsque nous y serons parvenus. Nous sommes venus au monastère précisément pour faire l’expérience du fait que nous n’avons pas ici-bas de demeure permanente.
Une petite phrase de la Lettre aux Hébreux exprime fort bien l’essence de la vie monastique, si bien vécue par nos saints Fondateurs : « ils sont à la recherche d’une patrie ». Cette recherche spirituelle nous fait communier à l’expérience humaine de tous les hommes et femmes d’aujourd’hui qui sont à la recherche d’une patrie terrestre. Quant à nous la patrie que nous recherchons c’est Dieu, en qui nous voulons demeurer pour l’éternité. Puissions-nous rester toute notre vie des hommes de désir – désireux de nous laisser saisir plus pleinement par Celui qui nous a déjà saisis, de nous laisser transformer plus pleinement par celui qui nous a déjà créés à son image et reconfigurés à l’image de son fils par le baptême, de nous laisser introduire au plus profond de sa demeure qui n’est autre que sa vie trinitaire intime.
Armand VEILLEUX