12 mai 2002 -- 7ème dimanche de Pâques "A"

Actes 1, 12-14; 1 Pierre 4,13-16; Jean 17,1-11

 

H O M É L I E

 

            La lettre de Pierre d’où est tirée la deuxième lecture que nous avons entendue a été écrite à une époque où les Chrétiens étaient persécutés.  Pierre leur rappelle que si c’est parce qu’ils sont Chrétiens qu’ils souffrent, ils doivent s’en réjouir, et cela pour deux raisons.  Tout d’abord parce qu’ainsi ils communient aux souffrances du Christ et que, d’autre part, cela leur vaudra d’être dans la joie et l’allégresse le jour où la gloire du Christ se manifestera.  Les Actes des Martyrs de l’Église primitive nous donnent de nombreux exemples d’hommes et de femmes allant joyeusement à la mort par fidélité au Christ.  Où pouvaient-ils bien puiser leur force et leur courage ? 

           

            Ils puisaient ce courage et cette force dans leur foi au Christ, bien entendu, mais dans une foi partagée en Église.  C’est leur appartenance à une communauté de croyants qui donnait cette force à leur foi.  Et cette communauté de croyants trouvait son unité et sa cohésion dans la prière.  Le texte des Actes des Apôtres nous montre la Communauté primitive en prière avec les Apôtres et autour de Marie.  N’est-ce pas là la dimension la plus essentielle de l’Église ?

 

            Le message évangélique de Jésus s’adresse à tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps.  C’est à chacun en particulier que Jésus dira, au jugement dernier : « J’ai eu faim et tu m’as donné à manger... ou tu ne m’as pas donné à manger. J’étais en prison et tu m’as visité... ou tu ne m’as pas visité ».  C’est là une obligation personnelle de chacun.  L’Église, en tant que telle – l’Église en tant que sacrement visible du salut -- a une autre mission : c’est d’être la manifestation visible (sacramentelle) du salut sous le signe d’une communion visible, dans la foi, la charité et l’espérance.  Et cette communion visible est en tout premier lieu une communion dans la prière.  Ce n’est pas par hasard que la première communauté chrétienne de Jérusalem nous est montrée dans les Actes des Apôtres comme une communauté en prière, autour de Marie, Mère de Jésus, avant même d’être une communauté de partage et une communauté missionnaire annonçant la Bonne Nouvelle.

 

            Si l’Église semble actuellement avoir tellement perdu de sa vitalité dans nos vieilles chrétientés d’Europe et d’Amérique, ce n’est certes pas parce qu’elle a négligé de s’impliquer dans les oeuvres sociales et caritatives.  C’est probablement plutôt, parce qu’elle n’est pas suffisamment demeurée en tout premier lieu une communauté de prière.  Là où l’Église est vivante, dans ce que nous appelons les Jeunes Églises, alors même qu’elle vit souvent dans une grande pauvreté et qu’elle est parfois persécutée, c’est là où elle est avant tout une communauté de croyants qui se retrouvent ensemble dans une prière commune fervente et vivante.

 

            Où les premiers Chrétiens avaient-ils appris à prier ? -- Dans l’exemple même de Jésus.  Celui-ci avait été très discret, tout au long de son ministère, sur sa relation personnelle avec son Père.  Cependant, à l’approche de sa mort, il avait voulu faire entrer ses disciples les plus proches dans le mystère de cette prière.  Il avait amené Pierre, Jacques et Jean sur le mont de la Transfiguration et dans le Jardin de l’Agonie.  Il avait surtout ouvert tout grand son cœur et sa prière à ses disciples, au cours de la dernière Cène, priant son Père à voix haute devant eux. 

 

            C’est que son heure était venue.  Cette heure qui n’était pas encore venue au moment où Marie déposait son Fils dans une mangeoire, nous le donnant symboliquement en nourriture, parce qu’il n’y avait pas encore de place dans la « chambre haute » (et non pas dans l’ « auberge » comme on traduit la plupart du temps, de façon erronée). Cette heure n’était pas encore venue au moment des Noces de Cana, et chaque fois que les chefs du peuple voulaient se saisir de lui.  Maintenant elle est venue cette heure.  C’est l’heure de sa glorification, l’heure de son triomphe sur la mort en passant par la mort.  C’est aussi l’heure de l’Esprit qu’il fera descendre sur son Église le Jour de la Pentecôte. 

 

            Préparons-nous au cours de la semaine qui vient, à recevoir en plénitude cet Esprit.  Demandons-lui de nous transformer en communauté de prière vraiment fervente, où nous puiserons tous la force d’être les témoins authentiques du Christ, chacun dans notre milieu, et, s’il le faut, non seulement de souffrir en son nom, mais de trouver notre joie dans cette souffrance, qui n’est qu’un gage de l’allégresse éternelle qui nous est promise et réservée.

 

Armand VEILLEUX