5 mai 2002 – 6ème
dimanche de Pâques "A"
.
Les
premiers chrétiens ne pouvaient pas réaliser à quel point le message de Jésus
était révolutionnaire. Ils vivaient
dans un monde sacral. Pour ce monde
sacral, à l'intérieur comme à l'extérieur du Judaïsme, le langage de l'appartenance
religieuse et rituelle était plus important que le langage de la vie.
Le centre de gravité était l'activité sacrale et rituelle, par laquelle
les humains pouvaient entrer en relation avec Dieu.
Pour Jésus, le centre de gravité n'était pas l'activité rituelle, mais
bien la qualité de la vie quotidienne. C'est
d'ailleurs la raison pour laquelle les premiers Chrétiens étaient considérés
par les païens comme des "athées"!
L'opinion que les Chrétiens se font
des païens et leur attitude à l'égard de ceux-ci est la meilleure indication
de leur compréhension du message évangélique et de sa dimension missionnaire. La question s'est posée dès la première génération
chrétienne et la réponse ne fut pas tout de suite évidente.
En
Occident, depuis le temps de Jésus, le centre de gravité s'est constamment
déplacé de l'aire de l'expression religieuse et rituelle vers l'aire de la
vie quotidienne. La prise de conscience
de la liberté humaine a conduit à un sens plus profond de la responsabilité. Le temple de pierre prend toujours moins d'importance
et les temples vivants en prennent toujours plus.
Cela
a évidemment modifié l'approche missionnaire.
Il n'est plus question simplement de remplacer des rites par d'autres
rites, des croyances par d'autres croyances, mais de révéler la présence de
l'Esprit de Dieu dans le monde.
Notre vie chrétienne de tous les jours
est l'endroit où nous sommes appelés tout d'abord à vivre ce message d'amour
: devenir conscients du fait que tout être humain, à cause même de son humanité,
est un temple de l'Esprit.
De ce temple, Jésus est la pierre angulaire.
Les difficultés que rencontre l'Église actuellement dans les vieilles
chrétientés d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord viennent peut-être
du fait que sa lourde structure institutionnelle reposait souvent sur d'autres
bases, qui se sont effritées.
Les Actes des Apôtres
nous montrent comment les premiers Chrétiens réalisèrent le précepte de Jésus
d'aller prêcher à toutes les nations, d'abord à Jérusalem, et seulement aux
Juifs, puis aux Juifs de la diaspora, ensuite aux Samaritains qui étaient
considérés comme hérétiques et païens par les Juifs. Quant à la prédication à Samarie, l'initiative
vint d'un simple diacre, sans mandat particulier, dont le ministère fut ensuite
confirmé par Pierre et Jean.
A côté du phénomène de
perte du sens chrétien, qui est réelle à notre époque, il faut remarquer un
autre phénomène tout différent quoique en apparence fort semblable, qui consiste
précisément dans la continuation du glissement depuis le rituel vers la vie
commencé avec Jésus. Pour beaucoup
d'authentiques Chrétiens de nos jours la "pratique" religieuse consiste
avant tout à incarner dans leur vie de tous les jours – sur leur lieu de travail
comme dans leur famille – les exigences de l'Évangile. Le défi de la Communauté ecclésiale est alors
de trouver de nouvelles expressions collectives de cette "pratique"
et de lui donner une nouvelle visibilité qui la rende "sacramentelle"
et "missionnaire". Puissions-nous
avoir autant de créativité que les Chrétiens de la première génération.
Armand VEILLEUX