5 mai 2002 – 5ème dimanche de Pâques "A"

Ac 6,1-7; 1 P 2,4-9: Jn 14,1-12

 

H O M É L I E

 

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            Les premiers chrétiens ne pouvaient pas réaliser à quel point le message de Jésus était révolutionnaire.  Ils vivaient dans un monde sacral.  Pour ce monde sacral, à l'intérieur comme à l'extérieur du Judaïsme, le langage de l'appartenance religieuse et rituelle était plus important que le langage de la vie.  Le centre de gravité était l'activité sacrale et rituelle, par laquelle les humains pouvaient entrer en relation avec Dieu.  Pour Jésus, le centre de gravité n'était pas l'activité rituelle, mais bien la qualité de la vie quotidienne.  C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les premiers Chrétiens étaient considérés par les païens comme des "athées"!

 

            L'opinion que les Chrétiens se font des païens et leur attitude à l'égard de ceux-ci est la meilleure indication de leur compréhension du message évangélique et de sa dimension missionnaire.  La question s'est posée dès la première génération chrétienne et la réponse ne fut pas tout de suite évidente.

 

            En Occident, depuis le temps de Jésus, le centre de gravité s'est constamment déplacé de l'aire de l'expression religieuse et rituelle vers l'aire de la vie quotidienne.  La prise de conscience de la liberté humaine a conduit à un sens plus profond de la responsabilité.  Le temple de pierre prend toujours moins d'importance et les temples vivants en prennent toujours plus.

 

            Cela a évidemment modifié l'approche missionnaire.  Il n'est plus question simplement de remplacer des rites par d'autres rites, des croyances par d'autres croyances, mais de révéler la présence de l'Esprit de Dieu dans le monde.

 

            Notre vie chrétienne de tous les jours est l'endroit où nous sommes appelés tout d'abord à vivre ce message d'amour : devenir conscients du fait que tout être humain, à cause même de son humanité, est un temple de l'Esprit.

 

            De ce temple, Jésus est la pierre angulaire.  Les difficultés que rencontre l'Église actuellement dans les vieilles chrétientés d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord viennent peut-être du fait que sa lourde structure institutionnelle reposait souvent sur d'autres bases, qui se sont effritées.

 

            Lorsque les premiers chrétiens commencèrent à percevoir le caractère propre du message de Jésus, ils se donnèrent tout de suite des structures qui y correspondaient, comme l'institution de Diacres pour "servir aux tables".  Peu importe que ces diacres furent vite récupérés par le système et devinrent des ministres des célébrations rituelles.  L'important était la capacité de l'Église d'innover.

 

            A côté du phénomène de perte du sens chrétien, qui est réelle à notre époque, il faut remarquer un autre phénomène tout différent quoique en apparence fort semblable, qui consiste précisément dans la continuation du glissement depuis le rituel vers la vie commencé avec Jésus.  Pour beaucoup d'authentiques Chrétiens de nos jours la "pratique" religieuse consiste avant tout à incarner dans leur vie de tous les jours – sur leur lieu de travail comme dans leur famille – les exigences de l'Évangile.  Le défi de la Communauté ecclésiale est alors de trouver de nouvelles expressions collectives de cette "pratique" et de lui donner une nouvelle visibilité qui la rende "sacramentelle".  Puissions-nous avoir autant de créativité que les Chrétiens de la première génération.

 

Armand VEILLEUX