24 octobre 2002 – Dédicace de l’Église de Scourmont
Heb. 12,
18...24 ; Jean 10, 22-30
H O M É L I E
Chers Frères
de Scourmont,
L’histoire de nos vocations est propre
à chacun de nous et bien différente dans chaque cas. Cependant je ne crois pas que pour aucun d’entre
nous ici présents, elle ait été le fruit d’une intervention extérieure et
bruyante du ciel. Sans doute, nous
pouvons nous appliquer ce que l’auteur de l’Épître aux Hébreux écrit à ses
lecteurs : « Frères, quand
vous êtes venus vers Dieu, il n’y avait rien de matériel comme au Sinaï, pas
de feu qui brûle, pas d’obscurité, de ténèbres, d’ouragan, pas de son de trompettes... ».
Mais à nous s’applique aussi la suite du texte : « Vous êtes
venus vers Dieu... vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance
nouvelle... »
Oui, nous sommes tous ici ensemble,
formant l’Église de Scourmont, parce que Dieu nous a appelés chacun de nous
par notre nom, venant de divers horizons, avec toutes nos différences, pour
être le lieu visible de sa présence en « ce monde ». Non seulement de sa présence dans le monde
en général, mais dans ce monde bien concret du Hainaut, dans ce petit coin
de la Belgique, aujourd’hui, en ce début du troisième millénaire.
Comment devons-nous vivre cette mission
en ce moment où la voix de l’Église est faible et où, de toute façon, elle
est peu entendue et peu reçue, qu’elle soit faible ou forte ? Cherchons notre modèle en Jésus de Nazareth,
en relisant attentivement le récit d’Évangile que nous venons d’entendre.
Jésus était dans le Temple de Jérusalem,
au moment où l’on célébrait l’anniversaire de la dédicace du Temple, tout
comme nous célébrons aujourd’hui la dédicace de notre église et comme l’Église
universelle vient de célébrer un Jubilé, il y a quelques années. C’était l’hiver – tout comme, de nos jours,
la saison que connaît l’Église et nos communautés monastiques (au moins en
Occident), c’est l’hiver. Jésus ne
cherche pas un feu extérieur près duquel se blottir ; il se réchauffe à partir de sa propre chaleur
intérieure, en marchant vigoureusement de long en large dans le Temple. Sa singularité attire, et on se groupe autour
de lui. On lui demande une parole : Dis-nous clairement qui tu es. Si tu es le Messie, dis-le clairement. Jésus n’a rien à leur dire en paroles. Tout ce qu’il a à leur dire il l’a déjà dit
par ses actions et sa vie.
Tout cela est rempli de leçons pour
nous. Et l’une de ces leçons est que
nous devons refuser de céder aux demandes de justifier l’Église, de nous justifier
nous-mêmes, de justifier notre style de vie et même de l’annoncer.
Nous n’avons pas à annoncer l’Église ; nous n’avons pas à annoncer
la vie monastique ; nous n’avons même pas à les faire connaître.
Nous avons tout simplement à annoncer le Christ.
Tout le reste n’est que moyen au service de cette annonce. Et nous avons à l’annoncer tout simplement par notre vie, par l’authenticité
de ce que nous vivons.
Jésus termine sa réponse en disant :
« ... personne ne peut rien arracher de la main du Père.
Le Père et moi, nous sommes UN. »
C’est pour cela que Jésus peut être, comme le disait la fin du texte
de la Lettre aux Hébreux lu tout à l’heure, « le médiateur d’une alliance
nouvelle ». Il est médiateur par son sang répandu pour
nous ; et ce sang, « parle plus fort que celui d’Abel ».
Nous vivons dans un monde où, en diverses
parties du globe, beaucoup de sang est répandu. Et chaque fois qu’une personne humaine est
tuée par une autre, c’est Abel qui est de nouveau tué par Caïn, et le sang
d’Abel crie vengeance. Mais le sang
du Christ, dit la Lettre aux Hébreux, crie plus fort que le sang d’Abel, plus
fort que le cri de vengeance. Son
langage est celui de l’Unité.
Si nous voulons être fidèles à Celui
qui nous a réunis, soyons nous aussi, de toutes les façons qu’il nous est
possible de l’être, des médiateurs, des agents d’unité, par notre vie encore
plus que par nos paroles.
Armand VEILLEUX