24 novembre 2002 -- 34ème dimanche « A » (Christ-Roi)

Éz 34,11-12.15-17 ; 1 Co 15,20-26.28 ; Mt 25,31-46

 

Homélie

 

            Les paragraphes qui précèdent immédiatement le texte que nous venons de lire, dans l’Évangile de saint Matthieu, étaient consacrés à expliquer comment se passera, pour ceux qui ont suivi Jésus, la rencontre définitive avec Jésus et son Père.  C’étaient la parabole des vierges, sages ou insensées, il y a deux semaines, et celle des talents, dimanche dernier.  Le texte d’aujourd’hui parle de la rencontre finale avec Jésus de tous ceux qui ne l’ont pas connu ici pas, pour quelque raison que ce soit.  En effet, Jésus parle du moment où seront rassemblées devant lui « toutes les nations » ;  et, dans l’Évangile, l’expression « les nations » désigne toujours les nations païennes.

 

            Parmi ces nations, Jésus établira deux groupes.  À sa droite, c’est-à-dire à la place d’honneur, il placera les brebis et à sa gauche, les chèvres.  Dans toute l’antiquité, en en particulier dans la Bible, la brebis est le symbole de la vertu :  affectueuse, non agressive, relativement sans défense, soumise, elle a toujours besoin de soins et d’attention.  Dans l’Ancien Testament, la relation affectueuse entre le pasteur et sa brebis est constamment utilisée comme image de la relation entre Dieu et son Peuple.  La chèvre, par opposition, est agressive, maussade, combative, désobéissante.

 

            Eh bien ! Jésus, dans cet Évangile distingue deux groupes parmi les païens qui ne l’ont pas connu ici-bas et qui n’ont pas eu l’occasion de connaître sa Révélation dans la Bible.  Parmi eux, les uns hériteront le royaume des cieux et les autres iront au châtiment éternel.  Et la chose impressionnante est que la différence ne sera pas fondée sur leur attitude à l’égard de Dieu, mais sur leur attitude à l’égard du prochain.  Les plus surpris seront sans doute ceux à qui Jésus dira : « J'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'avais soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; j'étais un étranger, et vous ne m'avez pas accueilli; j'étais nu et vous ne m'avez pas habillé; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. »  Et devant leur surprise (« quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim et soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service? »)  il leur répondra: « Amen, je vous le dis, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait. »

 

            Les situations que Jésus énumère sont des situations bien connues, dont sont remplis nos journaux et nos bulletins de nouvelles.  Et ne nous sécurisons pas trop du fait que nous sommes des disciples de Jésus et non des païens ;  car si nous nous conduisons comme ceux que Jésus appelle les « chèvres », si nous ignorons les besoins des affamés, des étrangers, des prisonniers, des malades, etc.,  nous serons doublement coupables puisque nous aurons lu durant toute notre vie l’Évangile où Jésus s’identifie sans cesse à ces « petits ».

 

            L’Évangile utilise plusieurs titres pour désigner Jésus.  Dans cet Évangile, le titre utilisé par Jésus pour parler de lui-même est celui du Fils de l’Homme.  Et cela est plein de sens, car les « Nations », qui n’ont pas eu la Révélation des autres titres du Messie, rencontreront au jour du Jugement le Fils de l’Homme tout court, l’être humain dans la plénitude de sa réalisation et de sa dignité.  Et ils seront jugées sur la façon dont, durant toute leur vie ils auront traité l’être humain.

 

            Demandons-nous, en cette fin de l’année liturgique, quelle est, dans la vie courante, notre attitude avec nos sœurs et nos frères humains.  Avons-nous l’attitude d’une brebis ou d’une chèvre ?

 

Armand VEILLEUX