3 novembre 2002 – 31ème
dimanche "A·
Ml
1,14b - 2,1.2b.8-10; 1 Th 2,7b-9.13; Mt 23,1-12
Monastère N.-D. de Kibungo,
Ruanda
Pour une communauté qui
se prépare à élire sa supérieure, il serait difficile de trouver des textes
bibliques plus adaptés que ceux de la Messe d'aujourd'hui. Tous les textes parlent de la paternité/maternité
spirituelle et de la façon de l'exercer au sein de la communauté chrétienne.
L'affirmation principale
et la plus absolue est celle de Jésus : " vous n'avez
qu'un seul Père, celui qui est aux cieux". Il en découle que quiconque exerce, dans la famille, la société
ou l'Église, une paternité ou une maternité, exerce celle de Dieu, dont il
est le représentant ou le vicaire. Une
fois ceci bien reconnu, tout s'harmonise facilement. La communauté chrétienne, pas plus que n'importe quelle autre société
humaine, ne peut être un groupe amorphe, sans structure. De par le caractère social de l'être humain,
la communauté est constituée par un ensemble de relations et ces relations
sont reliées au divers services que se rendent mutuellement les membres de
la communauté.
Ce qui fait problème ce n'est pas les
noms qu'on peut donner aux divers services et les titres qu'on donne à ceux
et celles qui remplissent ces services. Ces
titres varient d'ailleurs selon la sensibilité propre de chaque époque et
de chaque culture. Ce qui compte c'est
l'esprit dans lequel ces services sont remplis.
Tout au long de l'Évangile Jésus dit
et redit bien clairement et de plusieurs façons (voir par exemple tout le
long discours du chapitre 18 de Matthieu) qu'au cœur de sa communauté se trouvent
les petits et les nécessiteux. Si
Jésus est si sévère à l'égard des Pharisiens, et a pour eux des paroles assez
dures, c'est qu'ils avaient mis sur pied un type de communauté où ils étaient
eux-mêmes au centre et d'où ils imposaient leur volonté au peuple au nom de
Dieu.
Une communauté unie dans la même recherche
de Dieu respecte ses dirigeants et tous ceux qui, en son sein, ont des services
à rendre, de quelque ordre qu'ils soient, sachant qu'en ce faisant elle se
respecte elle-même. Dans la lecture
de Malachie (1ère lecture de la Messe d'aujourd'hui), le prophète
stigmatise en même temps les prêtres qui n'ont "pas pris à cœur de glorifier
le nom de Dieu" et le peuple qui a oublié qu'il avait Dieu comme Père
: Et nous, le peuple de Dieu, n'avons-nous pas tous un seul Père? N'est-ce
pas un seul Dieu qui nous a créés? Pourquoi nous trahir les uns les autres,
profanant ainsi l'alliance de nos pères?
Les problèmes stigmatisés par les paroles
de Jésus dans l'Évangile d'aujourd'hui viennent lorsque les responsables considèrent
que des honneurs leur sont dus à eux personnellement.
La lettre de Paul aux Thessaloniciens
est un bel exemple de l'esprit dans lequel les ministères ou services doivent
être remplis au sein de l'Église. Paul
est très conscient de son autorité sur les communautés qu'il a fondées ou
même simplement visitées; et il affirme
parfois cette autorité avec une force qui nous laisse presque mal à l'aise.
Cependant, le texte que nous avons lu tout à l'heure nous indique clairement
l'esprit dans lequel il le faisait. C'était
avec une affection peut-être encore plus maternelle que paternelle :
Frères, avec vous nous avons été pleins de douceur, comme une mère
qui entoure de soins ses nourrissons. Ayant pour vous une telle affection,
nous voudrions vous donner non seulement l'Évangile de Dieu, mais tout ce
que nous sommes, car vous nous êtes devenus très chers. C'est sans doute dans ce beau texte que saint Benoît prend son inspiration
lorsqu'il recommande à l'abbé de se faire aimer plutôt que de se faire craindre.
Puisque Dieu seul est notre père et
notre mère, efforçons-nous toujours, dans toutes nos relations fraternelles
et dans tous les services que nous avons à rendre au sein de notre communauté,
d'être les uns/unes pour les autres comme des mères et des pères.
Armand
VEILLEUX