6 octobre
2002 -- 27ème dimanche ordinaire « A »
Is
5,1-7 ; Ph 4,6-9 ; Mt 21,33-43
H O M É
L I E
Parmi
les images poétiques et évocatrices qui reviennent dans la Bible, celle de
la vigne est l’une des plus utilisées. La
Palestine étant une terre de vignobles, il n’est pas surprenant qu’aussi bien
Jésus que les prophètes de l’Ancien Testament aient utilisé cette image dans
leur enseignement.
La
vigne a plusieurs caractéristiques intéressantes. Il s’agit d’une plante résistante, mais qui, pour produire du fruit,
dépend totalement du travail attentif et ingénieux de l’homme aussi bien que
du rythme des saisons. Après y avoir
investi beaucoup de travail, le vigneron savait que tout ce travail resterait
accompli en vain si Dieu n’accordait pas les conditions climatiques propices.
Et si la vigne ne produit pas de fruit elle est absolument inutile, car son
bois ne peut servir à rien, sauf à être jeté au feu avec les ronces.
Et
le fruit de la vigne a des effets mystérieux.
Elle réjouit le coeur de l’homme (Ps 104, 15). Pour l’homme ancien, cette joie n’est pas une joie artificielle
produite par une substance hallucinante.
Au contraire, on considérait que le vin, pris avec mesure, avait une
valeur en quelque sorte thérapeutique, libérant la personne des complexes
et des craintes qui l’empêchaient d’être elle-même, ou lui-même. Évidemment on était aussi conscient des effets
négatifs de l’abus dont fit l’expérience Noé, à qui est attribué la plantation
de la première vigne.
Si
la fruit de la vigne réjouit le coeur de l’homme, il est une vigne dont les
fruits réjouissent le coeur de Dieu. Et
cette vigne, pour les prophètes, Isaïe en particulier (cf. première lecture),
est le peuple d’Israël. Et lorsque
ces fruits ne viennent pas, malgré tout le soin amoureux que Dieu lui a prodigué,
celui-ci s’en plaint amèrement.
Dans
l’Évangile, Jésus reprend la même image.
Dans sa parabole, la vigne est toujours le peuple et elle a été plantée
par Dieu qui en est le propriétaire et qui en attend du fruit. Il l’a confiée à des vignerons qui non seulement
s’accaparent les fruits, mais vont jusqu’à maltraiter les messagers du maître
et à tuer son propre fils. L’accent
s’est déplacé. Ce qui est reproché
aux chefs du peuple, c’est de « se servir » du peuple et de se faire
servir par lui, en accaparant ses fruits, plutôt que de le servir, à l’image
du Fils de Dieu qui est venu non pas pour être servi, mais pour servir et
donner sa vie en rachat pour plusieurs. C’est une tentation qui guette toujours quiconque
a la moindre responsabilité dans l’Église – y compris ceux qui se donnent
des missions dont ils ont eux-mêmes besoin – mais il n’y a pas d’attitude
plus nettement opposée à la notion même de service chrétien et à l’exemple
du Christ.
Lorsqu’on
cherche dans un service, que ce soit un ministère dans l’Église ou une forme
d’aide humanitaire dans la société, des satisfactions personnelles,
soit de prestige ou simplement la satisfaction de se sentir généreux, important
et nécessaire, on trouve facilement dans ce service tensions, insatisfactions,
inquiétudes. C’est de telles situations que parlait Paul
dans sa lettre à ses bien-aimés fidèles de l’Église de Philippe. C’est pourquoi, avant de conclure sa lettre,
il les invite à n’être inquiets de rien, mais à faire connaître à Dieu, dans
la prière et l’action de grâce, tous leurs soucis. Alors, dit-il, la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer,
gardera leur coeur et leur intelligence dans le Christ Jésus.
Prions
pour que Dieu, dont le coeur se réjouit toujours des fruits de sa vigne, mettre
cette paix en chacun de nos coeurs, comme dans le coeur de tous les ministres
de son Évangile pour qu’aucune situation ne les trouble et les décourage;
et aussi dans le coeur de tous les chefs des peuples pour que l’inquiétude
de leurs coeurs n’entraîne pas leurs peuples et d’autres nations sur les voies
absurdes de la guerre.
Et
que le Dieu de la paix soit avec nous (cf. Ph 4,9).
Armand VEILLEUX