Le TUMULUS D’ERBAUT

La presse régionale (La Province, Le Journal de Mons, Nord-Eclair) a souvent publié des articles sur le site d'Erbaut, en évoquant nombre d'hypothèses, même les plus farfelues : tumulus gallo-romain, tombelle composée d'un amas de terre ou d'argile importée jadis entourée d'un fossé alimenté en eau, sépulture d'un chef gaulois surmonté d'un monument mégalithique, souterrain médiéval reliant la butte au château d'Herchies

 

Photo du tumulus en hiver (V. Fiévez)

Tumulus : tombelle ou motte féodale ?

Depuis le milieu du XIXe siècle, de nombreuses sources signalent l'existence à Erbaut d'un tumulus, que les habitants désignaient sous le vocable " el motte ". En 1851, Désiré Toilliez, l'un des pionniers de l'archéologie dans le Hainaut, en avait déjà donné une brève description :

Dans le jardin du presbytère, existe une tombelle qui n'a pas encore été fouillée, que nous sachions. Elle a une hauteur de 12 m. et un diamètre d'environ 12 m. à son sommet. C'est un tumulus funéraire parce qu'il consiste en terres importées.

On sait que les monuments funéraires (tumuli et sépultures) se trouvent à proximité‚ d'anciennes grandes chaussées ou de chemins secondaires. Si cette hypothèse était exacte, il s'agirait ici d'un diverticulum de la chaussée Brunehaut (Bavay-Asse-Utrecht) débutant à Masnuy-Saint-Pierre au nord de l'actuelle ligne de chemin de fer Bruxelles-Mons et gagnant le tumulus par la rue de Soignies, présente sur Masnuy-Saint-Pierre, Masnuy-Saint-Jean et Jurbise, et par la rue du Caplot à Erbaut.

Quant à Gonzalès Descamps, il rapporte que le tumulus près de l'église d'Erbaut était jadis, d’après la tradition orale, surmonté‚ d'un monument mégalithique datant de la période antéromaine. On y aurait exécuté des fouilles à diverses reprises.

Or, il a bel et bien existé‚ à Erbaut, à la rue du Grand Caillou, une pierre druidique ou celtique aujourd'hui disparue. A la fin du XIXe siècle, le Dictionnaire encyclopédique de géographie historique du Royaume de Belgique note lui aussi la présence d'un tumulus dans le jardin du presbytère d'Erbaut.

De même, à l'article consacré‚ à Erbaut de son dictionnaire paru en 1891, Th. Bernier cite un "tumulus désigné sous le nom de la Tombelle".

En 1931, dans son célèbre inventaire, Soil de Moriame renseigne à Erbaut une tombelle, "tumulus antique ou motte castrale ancienne plantée d'arbres et entourée d'eau". Il est le premier à émettre l’hypothèse d'une motte castrale. Signalons enfin que, en 1896, la Commission provinciale des fouilles avait envisagé, sur la proposition de M. Hublard, de fouiller le tertre existant dans le jardin du presbytère d'Erbaut. Un crédit de 250 F (note 2) fut mis à la disposition de la Commission. Mais le 18 juillet 1897, la décision fut ajournée.

Ma conclusion

La situation du site : zone marécageuse à proximité de plusieurs cours d'eau

La configuration du tertre, le matériau utilisé la présence d’un fossé autour du tertre, la situation toute proche de l'église du village (ancienne chapelle castrale), des traces d'une ancienne basse-cour (plan Popp), le nom de la rue adjacente au tumulus (appelée avant 1870 , rue du Blocus) et d'une "closure du blocus" (note 3), la mention d'une motte dans un cartulaire (copie d'un cartulaire des Dames Nobles Bénédictines de Ghislenghien aux Archives de la Ville d'Ath), les études de divers historiens (voir note 1) sur les mottes, tous ces éléments concordent à dire que le tertre d'Erbaut est bien une motte féodale du genre ‘’moated site‘’ .

Pour avoir une idée de ce qu'étaient les mottes médiévales, on peut se reporter à la célèbre tapisserie de Bayeux, qui est visible au Centre Guillaume le Conquérant à Bayeux.

Cette broderie exécutée en laines de couleurs sur une bande de toile en lin est longue de 70 m sur 50 cm de haut. Elle a été réalisée entre 1066 et 1086. Elle retrace en 58 scènes la conquête de l'Angleterre par les Normands en 1066.

Certaines de ces scènes représentent les mottes féodales françaises de Dole, Dinan et Rennes (dessin stylisé, tour de bois au sommet de la motte avec palissade autour la motte féodale anglaise d'Hastings en construction par les Normands ( la motte est représentée comme formée de couches successives de terre damée) et la prise d’une motte.

( -> la tapisserie de Bayeux)

 

Victor Fiévez

Note 1 : l’auteur dans son article complet paru dans la revue éditée par le Cercle d’Histoire et d’Archéologie de St Ghislain, cite tous les éléments qui lui ont permis d’arriver à cette conclusion

Note 2 : de l'époque bien sûr ...

Note 3 : blocus ou blokhaus = maison fortifiée

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