Le Ministre de l'agriculture

1946


Paroles : Bourvil
Editions Fortin
Enregistré en 1946

Chers concitoyens, C'est en tant que Ministre de l'Agriculture et en tant que représentant de la paysannerie française que 
je vais vous parler ce soir de la terre. Je m'adresserai plus particulièrement aux paysans des villes 
« Paysans des villes » me direz-vous, chose paradoxale, oui je sais, mais je vais préciser. Je vais vous parler des paysans 
qui ont laissé la terre pour venir en ville et ils sont nombreux, je m'en suis aperçu. C'est vrai qu'il y en a qui ont l'air 
paysan tout en étant nés à la ville, mais quand même ! je veux demander à ceux qui ont quitté la terre de retourner à la 
terre, pour retourner à la terre. Certains sont honteux, ils n'osent pas retourner, ils hésitent, mais non !... ne soyez pas 
pleins d'hésitations, ne dites pas comme la femme du grand compositeur Georges Bizet : Marie, je crois, qui disait j'y 
vas-t'y, j'y vas-t'y pas, allez-y et ne soyez pas honteux car : « le coeur qui bat sous la blouse du paysan vaut bien 
l'sien qui bat sous le chapeau du citadin ». Et tant que je serai ministre de l'Agriculture (mon Ministère peut bien durer 
quelque temps ! quand même ! Y a pas de raison qui dure pas deux mois au moins). Ben !... je ferai une campagne pour la terre, 
car sans terre il n'y aurait pas de campagne. Je vous dis n'abandonnez pas les plaines du Berry, de la Beauce, la plaine 
Saint-Denis. Et comme a dit Fénelon : « Pour que la France reste un pays cultivé y faut des cultivateurs ». 
Il y en a un qui pensait à la terre : c'est Christophe Colomb qui à force de crier « Terre, terre, terre » il a découvert 
l'Amérique. Je sais, vous me direz c'était pas difficile, avec des gratte-ciel aussi hauts, ça se voyait de loin, mais 
quand même, fallait y penser. Malheureusement il y a trois fois plus d'eau que de terre, tous les savants en ont parlé, 
les savants de Londres, les savants de Washington, les savants de Paris, les savants de Marseille ont fait mousser la chose, 
si j'ose m'exprimer ainsi, en vérité, j'ose, oui j'ose, ah ! oui j'ose, et si je vous disais qu'il faudrait pomper l'eau 
ce serait pas une bonne idée ?... Hein, dites dites ?... vous voyez mon audace, c'est vrai que pomper l'eau pour la rejeter 
de l'autre côté, vous allez me dire tout de suite c'est bête ! ... hein ! ... c'est pourquoi je n'insisterai pas plus sur la 
question. D'ailleurs des savants comme moi se sont penchés sur ce problème de l'eau, puis ils s'y sont noyés (y n'avaient 
qu'à pas tant se pencher) ; c'est pourquoi je ne m'avancerai pas plus sur cette question car je ne veux pas me mouiller. 
Inutile de faire la conclusion de mon discours, elle est est toute trouvée, c'est vous qui la ferez, car vous avez senti 
que j'étais celui qui allait toujours de l'avant. Vous allez tous avec moi pour que je me sente plus fort. 
Vous n'allez pas me laisser tout seul et pour terminer avec moi en avant, je vous dis: Allez, hue

Merci à Jérémie Hansen pour ces paroles

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