1948
Paroles de Pierre Ferrary et Robert Picq Editions Fortin Enregistré en 1948
Mesdames, Messieurs, Ayant remarqué que les gens ne savaient plus se tenir en société, j'ai rédigé un petit traité de maintien dont je vais avoir le plaisir de vous lire certains passages. Ça peut toujours servir (L'artiste sort un petit livre de sa poche.) Je l'ouvre au hasard... Chapitre 4. DE LA CONVERSATION, COMMENT ON DOIT APPELER LES PERSONNAGES TITRES: À un prince, on dit « Votre Altesse » et non « Votre Altitude ». À un ministre, on dit « Votre Excellence » et pas « Votre Perfection ». À un cardinal, on dit « Votre Éminence » et pas « Votre monticule »... Et caetera, et caetera. Ah ! ça c'est important ! Ce sont des exemples de ce qu'il ne faut pas dire dans certains cas : Quand vous faites des condoléances à quelqu'un, évitez d'ajouter : « À part ça, quoi de neuf ? » Au mariage d'une jeune fille pas jolie, ne dites jamais à ses parents . « Vous êtes enfin arrivés à la caser » À un monsieur qui est abattu par une infortune conjugale, ne dites pas en guise d'encouragement « Allons mon cher ! il faut prendre le taureau par les cornes » Et coetera, et coetera. Je feuillette au hasard... Chapitre 9: DE LA FAÇON DE BAISER LA MAIN. En règle générale, on ne baise jamais la main d'un homme, mêeme quand on l'aime beaucoup... Le baise- main est réservé aux personnes du beau sexe. DÉCOMPOSITION DU MOUVEMENT: a) Approchez-vous de la dame sans timidité ni raideur. b) Les talons joints formant un angle de quatre-vingt-dix degrés à peu près, saisissez-lui la main; élevez les doigts jusqu'à vos lèvres, mais n'en mangez que l'extrémité ; vous devez laisser le gros bout filandreux sur le bord de votre assiette... Ah ! je vous demande pardon ! j'ai sauté une page... Ça, c'est la façon de manger les asperges... Élevez les doigts jusqu'à vos lèvres rassemblées en forme de comet de frites et faites le simulacre de les baiser c) Évitez ensuite de vous essuyer la bouche avec le revers de votre manche, en faisant « miam ! miam ! » d'un air gourmand. Tenez, voici un chapitre intéressant, le chapitre 15 : DE I!ART DE LA DANSE... a) INVITATION . Inclinez-vous légèrement devant la dame que vous désirez inviter, saisissez-là par les épaules, placez-la sur un cintre en évitant qu'elle fasse des plis, et mettez-la dans une armoire bien close avec de la naphtaline... Qu'est-ce que j'ai encore fait ? ... J'ai sauté une page ... Ça, c'est la façon de conserver une jaquette de cérémonie, excusez-moi !... Inclinez-vous légèrement devant la dame que vous désirez inviter et entraînez-la avec grâce, sans la presser contre vous comme une proie qu'on voudrait vous arracher. b) S'il vous arrive de lui marcher sur le pied, tournez-vous vivement vers un autre danseur, avec un air courroucé, comme si c'était lui l'auteur de cette maladresse. c) Dans le cas où, glissant sur le plancher, il vous arrivait de tomber lourdement par terre avec votre cavalière ; dites-lui d'un air fin : « Vous ne connaissiez pas cette figure-là, n'est-ce pas ?... J'ai appris cela en Amérique... » Au hasard ! au hasard !... Chapitre 31: COMMENT ON DOIT SE MOUCHER AU COURS D'UN REPAS OFFICIEL. Si le besoin vous prend de vous moucher à table, ne le faites qu'à la dernière extrémité. Tâchez d'éviter ce geste inopportun, sans toutefois renifler avec un bruit de friture toujours désagréable pour vos voisins. DÉCOMPOSITION DU MOUVEMENT: a) Saisissez votre mouchoir en évitant de le déployer comme étendard. b) Pressez-vous le nez, légèrement, à l'aide d'une pince à sucre... Comment ça, une pince à sucre ?... J'ai encore sauté une page ! décidément !... Ça, c'est le chapitre sur la manière de prendre le thé... Pressez-vous le nez légèrement entre le pouce et l'index et soufflez par chaque narine à tour de rôle autant de fois qu'il sera nécessaire. Tâchez d'éviter de faire un bruit de trompette, car tout le monde n'apprécie pas le son de cet instrument. c) Dans le cas où vous auriez omis de vous munir d'un mouchoir, vous pouvez par exemple saisir la salière avec un geste élégant dont vous profiterez pour vous frotter le nez contre la manche de votre habit. Ou bien vous pouvez faire tomber votre pain, comme par inadvertance, et, vous baissant pour le ramasser, utiliser furtivement le bas de la robe de votre voisine ou un pan de la nappe. Dans ce dernier cas, gardez-vous de tirer sur la nappe au point de faire tomber toute la vaisselle par terre. Vous voyez si c'est instructif !... Quand vous l'aurez lu, vous pourrez aller dans le grand monde sans crainte de passer pour un goujat.Merci à Jérémie Hansen pour ces paroles