Fredo l'porteur

1952


Paroles : poême de Camille François
Musique : fond sonore d'Etienne Lorin
Orchestre : Marius Coste
Editions Pathé Marconi
Enregistrée le 5 février 1952

Me v’là, c’est moi: Fredo l’porteur,
C’que j’en vois défiler des gens,
Du matin au soir dans la gare,
Où s’qu’on dit qu’ils sont si bizarres.
Des décidés, des hésitants,
Des pressés, des qui prennent leur temps;
Tandis qu’moi, j’prends leurs valises.
Et dans tous ceux-là qui s’en vont
On n’en voit jamais un qui dise:
« Et l’ porteur, peut-être qu’il trouv’rait ça bon
De monter avec nous dans l’wagon? »
Alors, j’reste Fredo l’porteur.
L’aut’jour un taxi s’arrête ;
Je m’précipite, c’était mon tour,
Bon j’ouvre la portière, je rentre la tête
Pour bien voir si y’ avait du lourd…
Et puis, v’là qu’j’aperçois une fille,
Une fille qu’avait tellement d’beauté
Que j’en étais paralysé
Tout en tremblotant sur mes quilles.
Elle me dit avec un sourire :
« Tenez porteur, prenez tout ça »
Et moi, comme un mannequin en sire,
J’ la r’gardais et puis, j’bougeais pas
J’avais envie d’lui dire :
« Madame, depuis qu’il m’est permis d’rêver,
Depuis que je connais le verbe aimer,
Dans le corps, dans le cœur et puis dans l’âme,
C’est toujours à vous qu’j’ai pensé.
Sûrement que vous étiez l’inconnue,
Celle qu’on arrange à sa façon,
Qui n’refuse rien, qui s’met toute nue
Et qu’a la peau comme une chanson
Dont chaque refrain dirait « je t’aime »
Et je suis là, devant vos yeux,
Vos grands yeux bleus, si grands, si sombres.
Qui trouvent le moyen avec temps d’ombre
De rester autant lumineux,
Qu’il faut convenir qu’dans le fond des cieux
La nuit a dû crever son voile
Pour que ses plus jolies étoiles
Dégringolent s’installer chez elle »
Mais la fille m’a interrompu hein.
Alors l’ami, qu’est ce que vous faites ?
Ca va pas bien, vous êtes perdu ?
J’lui ai dit non en s’couant la tête.
Bon alors qu’elle a dit, ça va
N’attendez pas, prenez tout ça.
J’ai empoigné les bagages,
Les sacs, les cartons à chapeaux,
J’me suis tout filé sur le dos
Et suis parti dans son sillage,
Vers le wagon capitonné,
Où s’que j’l’ai doucement installée
Pour qu’elle soit bien pendant l’voyage.
Quand elle m’a tendu du pognon,
Sûr’ment qu’elle n’a pas du comprendre
Pourquoi qu’subitement j’ai dit non
Et qu’je m’suis dépêché de descendre.
De là, j’suis parti au bistrot,
J’ai bu un coup, deux coups, trois coups,
J’ai bu jusqu’à temps que j’sois saoul.
Puis j’ai expliqué aux poteaux
Les beaux yeux et les ch’veux de ma blonde.
Quand j’ai eu fini d’raconter,
Si vous aviez vu à la ronde
Comment ils ont tous rigolé.
Moi, j’ai rigolé avec eux hein.
Entre hommes, y fallait ça, c’était mieux.
Mais, c’que ça m’ faisait mal de rire
Surtout que j’pouvais pas leur dire
Que d’un coup, je m’sentais tout vieux.
Parc’que moi, Fredo l’porteur,
Je v’nais de faire la plus grande bêtise
En ayant porté la valise
Qui pour toujours emm’nait mon coeur

Merci à Dominique Darte pour ces paroles

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