PROSTITUTION ET INTERNET
L’avenir du métier passe-t-il par le Cyber Sex ?

Internet, c’est un réseau d’ordinateurs interconnectés et pouvant échanger des données. Pour le grand public, c’est un système qui permet d’échanger du courrier (E-mail) avec d’autres utilisateurs, de consulter des écrans d’information sur de très nombreux sujets (Web), de prendre part à des groupes de discussion en tapant des messages qui sont lus par tous les participants à la discussion (IRC), de parler à d’autres utilisateurs du réseau à l’aide d’un micro (Internet Phone), de parler et voir d’autres utilisateurs à l’aide d’une caméra (vidéoconférence), etc.

Il faut avoir un ordinateur, un modem (boîtier électronique qui permet de brancher l’ordinateur sur le téléphone) et un abonnement à un fournisseur d’accès (là où l’on téléphone pour se connecter au réseau). A chacune des fonctions d’Internet (courrier, consultation d’infos, discussion dans un groupe...) correspond un programme.

L’utilisation la plus courante d’Internet est la consultation des pages d’information (Web). Ces pages d’informations se trouvent sur des milliers d’ordinateurs un peu partout dans le monde et sont accessibles à partir de votre ordinateur au moyen d’un index électronique. Elles peuvent contenir des images, des animations, du son, des séquences vidéo, des liens qui appellent d’autres pages ou encore des liens qui déclenchent d’autres fonctions d’Internet.

Prenons un exemple : pour obtenir des informations sur les associations de défense des personnes prostituées il suffit de rentrer dans l’index les mots ASSOCIATION, DEFENSE et PROSTITUTION. Le programme vous propose alors une liste de toutes les pages d’informations dans le monde qui contiennent ces trois mots avec un petit résumé de leur contenu. Il vous suffit d’en sélectionner une qui vous semble adéquate et ça y est : elle apparaît sur votre écran d’ordinateur. Ainsi, une association américaine met à disposition des utilisateurs d’Internet des pages d’informations à destination des personnes prostituées. La page d’entrée vous souhaite la bienvenue et vous propose un menu pour accéder au contenu. Avec la souris vous pouvez choisir de rejoindre un groupe de discussion sur la prostitution. Un programme s’exécute alors et vous met en connection avec toutes les personnes qui ont fait le même choix que vous (vous pouvez ainsi engager la discussion en tapant des messages et en lisant les messages de tous les autres participants). Si vous sélectionnez l’option «Video-self-defense », vous pouvez visionner une vidéo expliquant les principes les plus radicaux de l’auto-défense. En sélectionnant l’option « Press » vous avez accès à la sélection d’article de presse effectuée par l’association.

Evidemment, il n’y a pas que les associations de défense des personnes prostituées qui mettent des pages d’information à disposition des utilisateurs d’Internet. Ainsi, les clients de personnes prostituées ont aussi leur site. La page d’accueil vous propose d’emblée de choisir le pays qui vous intéresse. Pour chaque pays on accède à des informations sur l’âge de la majorité sexuelle, sur la législation en vigueur dans le pays en matière de prostitution, sur le prix moyen des passes, ville par ville en fonction des prestations et des endroits, sur les « spécialités » locales, sur les magazines locaux permettant de prendre contact avec des personnes prostituées, sur les lieux de drague et les hôtels. On trouve encore des conseils sur les endroits à éviter, sur les manières de négocier les prix, et même sur les manières d’éviter l’arnaque! Ironie suprême, ce serveur d’informations anonyme propose dans le texte des liens avec des sites aussi prestigieux que la Bourse de New-York (pour convertir tous les prix mentionnés dans la devise de votre choix) ou encore la banque de données de la CIA (cartes géographiques et données socio-économiques pour chaque pays évoqué)

Il s’agit d’un véritable guide multimédia du client de personnes prostituées, il est même agrémenté, pour tous les sites évoqués, de témoignages de clients. Voici quelques extraits des témoignages concernant la Belgique (nous avons remplacé les données permettant d’identifier les personnes par des X)

« Bonjour à tous. Durant mon dernier voyage en Belgique, j’ai eu une super expérience à Seraing dans l’est de la Belgique, près de Liège. On y trouve beaucoup de prostituées «en vitrine ». La majorité promet tout mais donne juste le minimum. Mais dans une rue appelée « rue de la Glacière » qui est une petite rue au centre de la ville, vous trouverez un maximum pour un minimum d’argent (je pense qu’elles ne sont pas droguées et qu’elles n’ont pas le sida, et elles utilisent un préservatif). Dans cette rue, j’ai essayé entre autres la fille du n° X : Une jeune femme entre X et X ans, cheveux de couleur X, très amicale, elle coûte entre 33 et 66 $ (parle un peu anglais) travaille de X heures à X heures. Je crois que ce n’est pas une professionnelle et qu’elle fait ça juste pour amasser un peu d’argent, donc dépêchez-vous (...) »

Une autre ville, un autre client, un autre témoignage : « Le milieu de la prostitution est extra à Bruxelles à la différence de ce que j’ai pu constater dans les autres pays du Benelux ou aux USA. Regardez dans les petites annonces de « Le Soir » et de « Vlan » à la rubrique massages. En Janvier 96, seulement trois annonces mentionnaient « english speaking » . Mais après quelques coups de fils, j’en ai facilement trouvé d’autres. Si le numéro de téléphone n’est pas mentionné, rendez vous simplement à l’adresse au xheures indiquées et sonnez à la porte. De toute façon, les filles ne discutent pas affaires au téléphone. J’ai eu une super expérience safe sex : une heure pour 200$ (j’ai probablement payé trop, mais c’était dans un si joli appartement et avec une si jolie dame... Facilement une des plus sympathiques et amicales que j’aie rencontrées dans le métier ces 10 dernières années. Dans cette ville, si l’on traite les dames avec respect et qu’on les aborde avec la gentillesse et la considération qu’elles méritent, elles vous le rendent au centuple ! (...) »

Les grands fantasmeurs que sont les chercheurs dans les technologies de pointe nous prédisent l’avènement du cyber-sex. Il serait possible dans quelques années de faire l’amour avec quelqu’un qui se trouve à l’autre bout de la terre. On enfilerait un casque de réalité virtuelle, une combinaison « sensorielle » épousant l’anatomie jusque dans l’intimité, on la connecterait sur un ordinateur relié à un correspondant disposant du même équipement. Les mouvements de chaque partenaire seraient transmis à l’autre qui pourrait le visualiser dans le casque et le « sentir » grâce à la combinaison sensorielle.

Mais cela relève presque de la science-fiction. A l’heure actuelle, le marché du sexe sur Internet se tient essentiellement à la diffusion d’images ou de séquences vidéo porno en échange de payement par cartes de crédit. Certains serveurs proposent aussi des sortes de téléphones roses animés par des hôtesses en chair et en os. Mais toutes ces exploitations du réseau nécessitent une infrastructure énorme (ordinateurs, programmateurs, techniciens, agence de photo ou de video...), ce qui les rend inaccessibles au premier venu.

Par contre une utilisation plus discrète semble offrir un nouveau terrain d’action à la prostitution. Certains groupes de discussion sont devenus de véritables endroits de racolage. Des trottoirs virtuels dirait-on pour faire branché ! Dans plusieurs grandes villes des Etats Unis, des personnes prostituées racolent par ordinateur à partir de chez elles ou dans des endroits publics connectés (cyber-café, bibliothèque, musée...) et fixent des rendez-vous à leur client. Il n’y en a apparemment pas encore en Belgique, mais plus il y aura de gens connectés, plus il y a des chances de voir apparaître ce phénomène.

Quoi qu’il en soit, la concurrence du réseau n’est pas encore pour demain et le préservatif a encore de beaux jours devant lui avant d’être remplacé par la combinaison sensorielle... Mais que cela ne vous empêche pas d’aller vous rendre compte par vous-même qu’Internet ce n’est pas si compliqué. Vous y trouverez certainement des tonnes de choses intéressantes. Il y a de plus en plus d’endroits ou l’on peut essayer Internet : des cyber-cafés, des grands magasins, des clubs d’informatique, des musées, etc. A vous de voir...