Braun & Hogenberg
page du site Mons en vues, cartes et plans anciens
proposé par la
Librairie L'Oiseau-Lire

 

Montes, Hannoniæ Metropolis


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Le Civitates Orbis Terrarum, fut le premier atlas composé uniquement de plans, de vues et de profils de villes (les 363 planches de cet ouvrage contiennent 550 vues de 480 cités du monde entier). L'ouvrage fut un véritable « best-seller » en cette fin du seizième siècle : le premier volume de l'édition latine sortit de presse en 1572 et le sixième et dernier en 1618 (tomeI en 1572, tome II en 1575, tome III en 1581, tome IV en 1588, tome V en 1598 et tome VI en 1618). De nombreuses rééditions furent publiées en latin, en allemand et en français. En 1653, Janssonius racheta les cuivres qui furent utilisés jusqu'au XVIIIe siècle.

L'ouvrage fut réalisé par Georg Braun et Franz Hogenberg. Braun (1541-1622) qui était chanoine de la cathédrale de Cologne, rédigea les préfaces des cinq premiers volumes ainsi que les textes qui figurent au verso des planches. Hogenberg, fils de Nicolas Hogenberg, naquit à Malines en 1535 et mourut à Cologne en 1590. À Malines, il fut probablement l'élève du cartographe H. Terbruggen. Lorsqu'il habitait Anvers, il exécuta quelques cartes pour le Theatrum orbis terrarum d'Abraham Ortelius, qui fut publié en 1570.

La publication du Civitates Orbis Terrarum nécessita une considérable documentation : on utilisa notamment les travaux de Cornelis Caymox (plus particulièrement pour les cités allemandes) et de Jacques de Deventer (nous avons vu que ce dernier se réfugia à Cologne où il dut rencontrer Braun et Hogenberg et où il mourut en 1575), c'est le cas pour le plan de Mons qui figure dans le troisième volume. Le Theatrum orbis terrarum d'Abraham Ortelius fut une grande source de documentation et d'inspiration. Des plans furent copiés sur ceux publiés dans la Cosmographia universalis de Sébastien Munster, dans la Descrittione di tutti i Paesi Bassi de Lodovoco Guicciardini et même les lecteurs étaient invités à fournir des documents pour compléter la collection. La plupart des plans et des vues furent dessinés par Joris Hoefnagel et gravés par Simon Novellanus et Franz Hogenberg.

La vue de Mons fut publiée à la treizième planche du premier volume de la première édition du Civitates Orbis Terrarum, publiée à Cologne, par Theodor Graminæus, en août 1572. Nous n'avons pas pu consulter toutes les éditions du Civitates Orbis Terrarum, mais d'après les renseignements en notre possession, la vue de Mons se trouve à la planche 14 dans des éditions portant les dates de 1574 et 1582, ou à nouveau la planche 13 dans des éditions portant les dates de 1575, 1577, 1582, 1588, 1593, 1612. Elle est toujours accompagnée de la vue de la ville d'Arras.
Il faut remarquer qu'une édition conservée à la British Library (sous la cote Maps 8 Tab C 4) porte comme mention d'édition : « Apud Petrum á Brachel, sumptibus Auctotum. Anno / Reparatæ salutis humanæ. M.D.XXIII. / Mense Martij. // ». Cette date de 1523 est évidemment une erreur typographique ; or il semble que c'est cependant bien cette édition qui a été utilisée par R.A. Skelton pour la réalisation de sa réédition du Civitates Orbis Terrarum, en 1965...

Nous possédons trois tirages de la vue de Mons dont il est assez malaisé de déterminer de quelle édition ces vues sont extraites. Il s'agit de gravures sur cuivre dont le format, au trait carré, est de 480 x 148 mm. et qui sont extraites d'éditions latines. Le titre Montes, Hannoniæ Metroplis figure dans l'angle inférieur gauche.

Le premier tirage (voir reproduction en tête de cette page) provient d'une planche découpée afin de séparer les vues de Mons et d'Arras. Il correspond à celui présent dans l'édition latine du Civitates Orbis Terrarum de 1572 conservée à la British Library (cote G 3603) et qui est considérée comme la première. En effet, comme dans cette édition, la lettrine du texte qui figure au verso montre une femme assise sur les genoux d'un soldat, un angelot à leurs pieds ; nous n'avons plus rencontré cette lettrine dans les éditions postérieures. Le filigrane du papier figure une grappe de raisins.

Nous pouvons remarquer que la gravure est inachevée : le titre et les localisations des portes et de quelques édifices n'y figurent pas encore et le sommet de la butte de la ville n'a pas été dessiné.
Comme nous l'indiquons à la page consacrée à Sébastien Munster, c'est manifestement cette vue qui a servi de modèle à Henri Petri (le beau-fils de Sébastien Munster) pour son édition de 1574 de la Cosmographia universalis. En effet, les similitudes sont flagrantes :

Même profil de la ville dû à l'absence du château et de la tour à l'horloge au sommet de la butte ;
ces édifices apparaîtront dans des éditions postérieures de la vue de Braun et Hogenberg :

 

Civitates Orbis Terrarum 1572

Cosmographia universalis 1574

À l'extérieur des remparts, même localisation de bâtiments
qui disparaîtront des éditions postérieures de la vue de Braun et Hogenberg :

 

Civitates Orbis Terrarum 1572

Cosmographia universalis 1574

Même configuration des toitures des tours de la Porte de Nimy
qui sera modifiée dans les éditions postérieures de la vue de Braun et Hogenberg :

 

Civitates Orbis Terrarum 1572

Cosmographia universalis 1574

Même configuration des inondations autour de la ville
qui sera modifiée dans les éditions postérieures de la vue de Braun et Hogenberg :

 

Civitates Orbis Terrarum 1572

Cosmographia universalis 1574

 

Le second tirage provient également d'une planche découpée afin de séparer les vues de Mons et d'Arras. Il est possible que ce tirage ait été extrait de l'édition imprimée à Anvers, chez Aegedium Radeum, en 1575 (un exemplaire est conservé à la Bibliothèque de l'Université de Leiden sous la cote Atlas 45-1) : comme dans cette édition, la lettrine du texte imprimé au verso est un simple « M » alors que dans la plupart des autres éditions on trouve la lettrine décorée d'un fond de feuillage. La gravure a été achevée : le lettrage a été ajouté, le sommet de la butte a été complété, les inondations ont été précisées, les bâtiments de la porte de Nimy ont été modifiés, etc.


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Modification du sommet de la butte : apparition de la tour à l'horloge et du château,
modification aux églises de Sainte-Waudru et de Saint-Germain.

Civitates Orbis Terrarum 1572

Civitates Orbis Terrarum 1575

Modification des inondations de la ville : on aperçoit clairement les trace du « grattage » du cuivre afin d'effacer les maisons qui ont disparu de l'avant-plan.

Civitates Orbis Terrarum 1572

Civitates Orbis Terrarum 1575

Modification de la Porte de Nimy : quelques infimes traces du « grattage » du cuivre subsistent.

Civitates Orbis Terrarum 1572

Civitates Orbis Terrarum 1575

Cette vue a manifestement servi de modèle à Adrien de Montigny lorsqu'il a composé l'illustration La Ville de Mons. 1599 pour les volumes connus aujourd'hui sous le titre général d'Album de Croÿ (reproduction à la planche 49 du tome V de l'édition du Crédit Communal de Belgique, en 1987).

 

Le troisème tirage est une feuille complète, avec la vue d'Arras, et coloriée. Nous n'avons pas pu déterminer précisément sa date d'impression. Il est possible cette planche ait été éditée par Brachel à Cologne, elle est en effet assez proche de celle figurant dans l'édition de 1612 (un exemplaire est conservé à la British Library sous la cote 789 G 15 et un autre à la Bibliothèque royale de Belgique sous la cote II 8359 C LP). Comme dans cete édition, le texte sur la ville de Mons est orné d'une lettrine « M » claire sur un fond de feuillage (40 x 40 mm.) et est composé en 52 lignes. Une différence intervient dans le texte sur Arras qui, comme dans l'édition de 1612, est orné d'une lettrine « A » claire sur un fond de feuillage (25 x 25 mm.) et est composé en 11 lignes mais dont les trois dernières lignes ne sont pas disposées en cul-de-lampe.


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Texte :

Si ce qui précède montre bien qu'il n'est pas aisé de déterminer précisément les dates de publication des différents tirages, ce problème se trouve amplifié par la confusion qui a jusqu'à présent régné dans l'analyse de ces documents.
Dans Images d'une ville. Mons, de 1200 à 1815 (pp. 36-37, ill. n° 29) Christiane Piérard publie un tirage de la vue de Braun et Hogenberg en précisant (p. 94, n° 29) : « Vue panoramique de la ville à partir du sud-est, XVIe siècle. Gravure coloriée extraite de G. Braun et F. Hogenberg, Civitates orbis terrarum, Cologne, 1572 [...] Bibliothèque de l'Université de Mons-Hainaut, Estampes, E 799. » Or, cette gravure, avec la tour à l'horloge, est semblable à celle publiée dans l'édition anversoise de 1575 (
voir plus haut) : les textes sur Mons et Arras sont composés sur le même nombre de lignes et ne sont pas ornés de lettrines décorées.
C'est le tirage de l'édition de 1572, mais colorié, qui est conservé à la Bibliothèque de l'Université de Mons-Hainaut (cote E 1527) que Christiane Piérard a reproduit dans son ouvrage Mons et sa région en gravures anciennes (1982, p. 25) avec comme commentaire : « Panorama de Mons tel qu'il apparaissait au XVIe siècle : la tour de brique du château marque le point culminant de la butte. La même vue sera souvent reproduite mais à partir du XVIIIe siècle, le beffroi (construit en 1662-1669) sera l'élément dominant ». Quinze années plus tard, dans Images d'une ville. Mons, de 1200 à 1815 (pp. 36-37, ill. n° 30) elle publie la même gravure et écrit (p. 94, n° 30) « La ville sans la tour à l'horloge en 1662. Gravure coloriée extraite de J. et G. Blaeu, Le Théâtre du monde ou nouvel atlas, Amsterdam, 1663. » Et dans le commentaire de la reproduction (p. 36) elle ajoute, pour justifier l'absence de la tour à l'horloge : « La tour à l'horloge s'écroula le 21 avril 1661 et le beffroi qui la remplace fut terminé en 1669. Le dessin où plutôt le grattage de la plaque de cuivre de Braun et Hogenberg date de ces années où Mons fut privée de tour de guet et de l'heure. »
Cette analyse est tout à fait fantaisiste puisque, non seulement cette vue de Mons n'a pas été publiée dans l'atlas de Blaeu, mais encore, nous avons démontré
ci-dessus qu'en comparant quelques détails du tirage de 1572 avec ceux de tirages ultérieurs, la version « sans la butte » précède bien la version « définitive » et non l'inverse. De plus dans son argumentation l'historienne montoise ne semble guère s'émouvoir du fait que sur le tirage qu'elle attribue à Blaeu, en 1663, ce n'est pas seulement la tour à l'horloge qui s'est effondrée mais bien tout le sommet de la ville, château et église de Saint-Germain compris...


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