Jacques de Deventer
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Plan de Mons extrait de l'Atlas des villes de la Belgique au XVIe siècle : Plans du géographe Jacques de Deventer exécutés sur les ordres de Charles-Quint et de Philippe II, publié à Bruxelles, par l'Institut national de Géographie, de1884 à 1924, sous la direction de Charles Ruelens.
Lithographie en fac-similé au format 555 x 524 mm.
Ce plan est accompagné d'un plan, aux mêmes dimensions, légendé par Félix Hachez.
Un tirage en noir a été imprimé par le Cercle archéologique de Mons.

Le texte ci-dessous est en grande partie composé de larges extraits de l'étude de Charles Ruelens

Charles-Quint avait cédé, le 25 octobre 1555, ses possessions héréditaires des Pays-Bas à son fils Philippe. Élevé en Espagne, celui-ci connaissait peu ces provinces, qu'il avait visitées solennellement pendant les quelques mois qu'il y passa en 1549 et en 1550. Il y fut rappelé en 1555 pour l'abdication de son père et y resta jusqu'au 20 août 1559 ; mais ce séjour fut entrecoupé d'une résidence en Angleterre, d'une guerre avec la France, d'affaires multiples qui l'empêchèrent de faire plus ample connaissance avec le pays. Après la mort de son père (21 septembre 1558), il résolut de retourner en Espagne, ce qui depuis longtemps était un de ses plus vifs désirs. Il s'embarqua à Flessingue le 26 août 1559 et ne revint plus jamais aux Pays-Bas.

Il allait donc gouverner de loin ses provinces « de pardeça », dont il avait entrevu la splendeur des villes et la richesse des campagnes pendant son voyage triomphal de 1549. Minutieux comme il l'était, aimant à s'entourer de détails, prévoyant peut-être des événements, il lui fallait avoir sous les yeux la représentation topographique, la plus complète que possible, du pays qui formait la plus belle perle de sa couronne.

Il fit alors la commande d'un travail considérable qui, jusqu'à ce moment, n'avait eu son pareil nulle part.

Un document découvert par M. Alex. Pinchart dans les archives du royaume, à Bruxelles, nous le fait connaître :

« Le roy, entendant que Mre Jacques van Deventer, son géographe, n'est paié de ses gaiges de ije florins par an, assignez sur la recepte de Malines, et veuillant qu'il soit annuellement contenté tant de sesdicts gaiges ordinaires, commenchans le premier d'apvril xvc lvij, avant Pasques, que de son traitement de ij florins par jour, quant luy sera ordonné voiaiger ou vacquer au faict de son dict office, selon sa retenue et commission, Sa Majesté ordonne que de sesdicts gaiges, traictement et vacations icelluy Mre Jacques van Deventer soit contenté des deniers de son espargne. Davantaige, pour ce que Sa Majesté a commandé audict de Deventer visitter, mesurer et desseigner touttes les villes de pardeçà, aussy les rivières et villaiges voisins, semblablement les passaiges ou districtz des frontières, et le tout rédiger en ung livre contenant pourtraict de chascune province et aprez démonstration de chascune ville particulière, en quoy luy conviendra vacquer plus de deux ans, Sa Majesté ordonne que pour le temps que ledict maistre Jacques van Deventer sera occuppé et emploié à faire la description et particularité des pays et villes de Luxembourg, Namur, Artois, Bourgoingne, Haynau et pays circumvoisins de la langue walone, luy soit payé XL pattars par jour, pour crue de vacquations oultre semblable somme contenue en sadicte commission, et ce au regard quant luy conviendra aller à cheval (pour la descommodité de chariots), et qu'il luy fauldra paver certains guydes et interprètes pour congnoistre lesdicts pays, aussy les villes et choses particulières d'importance qu'il trouvera en iceulx etc. Faict à Bruxelles, le xxixe jour de may xve lix. »

Un sauf-conduit ou ordre royal, que Philippe II donna quelques jours après à son géographe, répète la commission presque dans les mêmes termes et la complète.

Ces documents nous apprennent toute la grandeur de l'entreprise. Les Pays-Bas avaient alors, selon le calcul de Guicciardini, trois cent vingt villes closes et murées, plus environ deux cent trente villes ouvertes et au delà de douze mille bourgs et villages. Pour exécuter ce vaste labeur topographique, Jacques de Deventer avait donc deux ans devant lui, à partir du 1er avril 1558 (n. st.). Mais il est de toute évidence que ce laps de temps n'eût pu suffire à personne. Si Jacques de Deventer l'accepta, c'est qu'il avait déjà par devers lui de nombreux matériaux recueillis et de beaux travaux exécutés auparavant. Néanmoins, il lui fallut un plus grand nombre d'années pour achever le travail.

Jacques Roelofs, de Deventer, que Guicciardini nomme grandissimo geografo, était originaire de la ville dont il prit le nom. D'après un renseignement donné par Braun et Hogenberg dans le Civitates orbis terrarum, à l'article Deventer, il aurait été d'abord médecin, puis se serait adonné aux mathématiques et surtout à la géographie ; enfin il devint un des géographes en titre du roi. En 1536, il exécutait une carte du Brabant, qu'il offrit au conseil de ce duché et pour laquelle il reçut 4 livres de gratification.

À l'époque où il livrait ces travaux, il habitait Malines.

Il n'est pas douteux, qu'après l'ordonnance royale, Jacques de Deventer ne se soit mis aussitôt à poursuivre sa vaste entreprise. Mais la gravité des événements, d'autres causes peut-être, en entravèrent l'exécution, et le roi dut lui accorder de nouveaux délais. Ses lettres de sauf-conduit lui furent renouvelées en 1562, 1563 et 1564. Après cette dernière date, il est peu probable qu'il ait pu se livrer longtemps encore au rude labeur des levés topographiques : la mission du géomètre, du reste, devait être à peu près terminée. Il lui restait à exécuter le tracé au net pour l'atlas destiné au roi.

Le 28 août 1570, dans une lettre à Joachim Hopperus, Viglius écrivait : « Maître Jacques de Deventer n'a pas encore achevé son travail, qui éprouve certain retard pour deux causes : l'âge avancé de l'homme, qui désire dessiner tout de sa propre main, et le paiement de ses honoraires, toujours arriéré, selon la coutume de notre cour. » Dans un courrier du 8 décembre 1572, Viglius annonce une bonne nouvelle : « Jacques de Deventer a enfin terminé son travail ; il en est arrivé au point d'en commencer l'enluminure. »

Se posa alors la question du transport du travail vers l'Espagne. Les Pays-Bas étaient alors la proie des troubles religieux. Malines avait été prise par Guillaume d'Orange puis reprise et pillée par les Espagnols et Jacques de Deventer l'avait quittée pour se mettre en sûreté dans les environs de Cologne ; il avait bien évidemment emporté son œuvre...

Au début de l'année 1575, Jacques de Deventer mourut dans son exil et ses ouvrages se trouvèrent sous la protection du magistrat de Cologne. Dans une lettre du 19 octobre de la même année, Viglius annonce à Hopperus l'arrivée des trois volumes géographiques à Bruxelles et promet qu'il les fera expédier vers l'Espagne à la première occasion. Dans une lettre du 23 novembre, Viglius écrit qu'il a appris l'existence des minutes des plans dressés par Jacques de Deventer et qu'il s'emploie à les récupérer. Ce n'est qu'après la mort de Viglius, survenue le 8 juin 1577, que les volumes finiront par être envoyés en Espagne.

Quant aux minutes, on suppose que Viglius ne réussit pas à les récupérer, sans quoi il les eût envoyées en Espagne avec les trois volumes de l'atlas. Charles Ruelens pense qu'elles ont été acquises de la veuve de Jacques de Deventer par Corneille van Aerssen qui après la prise de Bruxelles par les Espagnols quitta le pays et devint greffier des États-Généraux de Hollande. La collection fut conservée dans cette famille jusqu'à sa vente, le 11 avril 1859. C'est le libraire Frédéric Muller, d'Amsterdam, qui en fit l'acquisition. Celui-ci était persuadé que les 152 plans étaient bien ceux de Jacques de Deventer. Souhaitant en assurer la conservation par une institution, le libraire entama de vaines démarches et finit par vendre la collection entière à W. Eekhoff, archiviste de la Frise qui conserva les plans de cette province et qui céda les plans du Brabant septentrional et des provinces méridionales à la Bibliothèque royale de Bruxelles où ils sont conservés depuis le 13 juin 1867.

Les plans sont tirés sur des feuilles de papier mesurant, en général, de 30 à 40 centimètres en hauteur sur une largeur de 15 à 20 ; quelques-uns sont doubles. Le périmètre des villes occupe souvent peu d'espace sur la feuille ; la banlieue en occupe la plus grande partie ; les pâtés de maisons, les bâtiments isolés sont lavés au vermillon, les cours d'eau, fossés, étangs, canaux, en bleu tendre ; la campagne en vert ou en jaune, suivant que le sol formait des terres cultivées ou des prairies. Les lignes ne sont pas arrêtées au bord des feuilles ; celles-ci sont coupées aux ciseaux et sont accompagnées souvent de feuilles additionnelles, affectant des formes géométriques, comme si ces plans avaient été taillés de la sorte dans une immense carte cadastrale, pour être emmanchés dans quelque grand ensemble : une tapisserie, un atlas, etc. Plusieurs cartes, cependant, ont des chemins ou des rivières arrêtés dans le périmètre en compagnie d'autres chemins et rivières qui le dépassent.

Les plans ne sont accompagnés d'aucun texte ; quelques indications écrites sont jetées ça et là : elles se bornent aux noms de la ville, des quatre points cardinaux, des principaux couvents et églises, des villages de la banlieue. Nulle part la moindre phrase d'où l'on puisse inférer qui est l'auteur des cartes et à quelle époque elles ont été exécutées.

Deventer ne songeait pas à dessiner des plans à vol d'oiseau ; géographe et géomètre, il se préoccupait surtout de mettre chaque chose à sa place mathématique, de réduire ses levers à la même échelle, d'observer les proportions, en un mot, d'exécuter une œuvre de topographie pure.

Les plans sont pointillés à l'aiguille dans l'axe des rues, des chemins, des rivières. Ils ont donc manifestement servi à une opération de décalque, telle qu'on la pratiquait jadis.


MONS

Le texte qui suit a été rédigé par Léon Dolez pour accompagner la reproduction du plan de la ville de Mons publiée par Charles Ruelens dans l'Atlas des villes de la Belgique au XVIe siècle cité plus haut.

À ce jour (à l'exception de Gilles-Joseph de Boussu, en 1725), aucun historien ne s'est attelé à la rédaction d'une histoire de la ville de Mons. Il nous semblait que, pour une bonne compréhension des documents présentés sur ce site, un minimum de précisions géographiques et historiques devaient être données. Même s'il a été rédigé à la fin du XIXe siècle, le texte de Dolez reste, dans les grandes lignes, encore d'actualité, il nous a donc paru utile de le reproduire ici.

Situation

L'ensemble général du terrain sur lequel la ville de Mons s'élève présente l'aspect d'une colline isolée de forme ovale-allongée et offrant dans tous les sens des pentes assez douces ; vers le centre de cet ovale, et se prolongeant vers le sud-ouest, s'élève une éminence plus abrupte dont le sommet domine de 45 mètres environ la plaine environnante. Ce sommet a la forme d'un plateau ayant 135 mètres dans sa plus grande longueur. C'est sur ce plateau que fut bâti l'ancien château des comtes de Hainaut, dont les murailles de l'enceinte, datant du Xe siècle, existent encore aujourd'hui.

La Haine et la Trouille, petites rivières paresseuses, arrosent la plaine. Ce dernier cours d'eau passe à peu de distance des pentes inférieures de la colline et va se jeter dans la Haine à Jemappes. Ces rivières arrosent de belles prairies qui, dans les temps reculés, formaient d'immenses marais s'étendant jusqu'à l'Escaut.

À peu de distance de la ville, le terrain se relève et forme quatre collines d'une forme assez semblable à celle que devait présenter l'emplacement de la ville lorsque la main de l'homme n'en avait pas encore modifié l'aspect. Ce sont : le mont Saint-Lazare, au nord ; le mont Paniselle et la montagne du bois de Mons, à l'est, et le mont Eribus ou de Bertaimont, au sud.


Origine, noms et développement de la ville

Les anciens historiens ont désigné la colline sur laquelle Mons est bâtie comme l'emplacement du camp où Quintus Cicéron se défendit contre Ambiorix, chef des Éburons et des Nerviens, pendant la seconde campagne de César en Belgique, cinquante-six ans avant l'ère chrétienne. La position de Mons répond parfaitement aux indications des Commentaires de César, cette désignation a été contestée de nos jours ; mais il est hors de doute qu'il existait à Mons, aux époques romaine et gallo-romaine, aux IIIe et IVe siècles, un camp ou château fortifié ; le voisinage de la voie romaine de Bavay à Assche, qui passe à moins de deux kilomètres, explique l'existence d'une position militaire en cet endroit. La forteresse gallo-romaine occupait le sommet de la montagne ; à ses pieds s'étendaient des bois couvrant les pentes et les terrasses de la colline et s'étendant jusqu'aux prairies marécageuses arrosées par la Haine et la Trouille.

Le nom de Castri locus, que Mons conserva jusqu'au XIIe siècle, apparaît déjà dans un diplôme de 642 ; ce nom prend successivement les formes de Castriloc, Château-lieu, Mons castrati loci, Mons castri locus, et enfin Mons ; en flamand et en allemand, Bergen, Bergen in Henegouwen ou Bergen in Hennegau.

Vers 650, sainte Waudru, femme du comte Madelgaire (connu sous le nom de saint Vincent), fit bâtir sur le flanc méridional de la montagne, un oratoire qui fut placé sous l'invocation de saint Pierre. Un premier édifice, construit pour elle au sommet de la colline par le comte Hidulphe, son parent, avait été renversé par un ouragan.

Le modeste ermitage ne tarda pas à se transformer en un monastère dont l'existence est constatée notamment dans un acte de 831 sous le nom de Castrorum monasterium. Un village s'était groupé insensiblement autour du monastère.

Dès le Xe siècle, Mons possédait un château fort construit par les comtes de Hainaut sur l'emplacement de l'ancienne forteresse gallo-romaine ; on ignore la date de sa fondation, mais on a conservé le récit d'un siège de la forteresse de Mons, castrati loci, en 956, sous le comte Renier II.

En 1084, on constate l'existence à Mons de deux monastères, celui de Sainte-Waudru et celui de Saint-Germain. Entre ces deux édifices religieux était bâtie une église dédiée à saint Pierre ; elle a été démolie en 1451. On en a retrouvé de nos jours, des fondations et des cryptes sous la place actuelle de Saint-Germain, près du chevet de l'église de Sainte-Waudru.
C'est seulement en 1152 que fut commencée par le comte de Hainaut Baudouin IV, dit le Bâtisseur, la première enceinte fortifiée ; elle fut achevée en 1185 sous son fils Baudouin V, le Courageux. Cette enceinte n'englobait pas toute la ville telle qu'elle existait alors : elle ne constituait qu'une seconde ligne de défense du château, destinée à protéger les monastères de Sainte-Waudru et de Saint-Germain et la partie de la ville la plus voisine et la plus agglomérée. Elle descendait du château par la rue Cronque, le bas de la rue des Clercs, passait derrière les maisons de la rue de la Chaussée, suivait les rues actuelles de la Terre du Prince, des Cinq-Visages, de la Grosse-Pomme, et remontait rejoindre les murs du château par la rue Notre-Dame Débonnaire.

Elle avait deux portes, l'une à proximité de Saint-Germain, probablement au bas de la rue Samson actuelle ; l'autre, dite « du Marché », porta foris, au bas de la rue des Clercs. Quant à une troisième porte, dite « des Palis », dont parlent certains auteurs, l'on n'en trouve aucune mention dans les documents contemporains.

En dehors de cette enceinte fortifiée, l'on avait laissé certaines parties, bâties déjà, mais dont les édifices étaient trop disséminés ou trop éloignés pour être englobés dans le périmètre des murailles. Des actes de 1181 et de 1195 mentionnent l'existence d'une seconde chapelle de Saint-Pierre, dans les prés voisins du village d'Hyon ; cette construction fut ruinée en 1572, lors du siège par le duc d'Albe. Les mêmes documents citent la chapelle de Saint-Nicolas en Bertaimont, la chapelle des infirmes de l'hôpital de Saint-Nicolas, en la rue d'Havré, et la chapelle des lépreux, au faubourg Saint-Lazare. Des maisons s'étaient groupées autour de ces constructions religieuses ; le nombre des habitants croissait : en 1224, l'on dut créer une seconde paroisse, celle de Saint-Nicolas en Havré ; une troisième, celle de Saint-Nicolas en Bertaimont, fut érigée en 1227, et une quatrième, celle du béguinage de Cantimpret, en 1248. Le prieuré du Val des écoliers fut fondé en 1252, sur la rive gauche de la Trouille, comme cette dernière paroisse.

Cependant, les pentes de la colline exposées au nord et à l'ouest étaient encore en partie couvertes de bois ; des jardins, des prairies occupaient une partie du territoire de la ville ; les rues de la Cauchie (la chaussée), de Nimy et d'Havré étaient les grandes artères qui partaient de la porte du Marché et conduisaient aux extrémités de l'agglomération ; elles en sont encore aujourd'hui les rues principales.

Déjà à cette époque, milieu du XIIIe siècle, l'on trouve mentionnées la rue de Biertaimont (1265), la rue des Nués Ponts, le long de la Trouille, la rue dou Parch (rues actuelles du Mont-de-Piété et du Parc), la rue de Haverech, la rue de Nimy, l'Esplache (la Croix Place), les rue de le Cauchie, de Hautbos, des Grouseliers, de Kevrois, de le Potterie, de Montscouvet, du Fosset, de la Tillerie, la rue de Staro ou de Sarto (rue des Sars), la rue Manessière, en 1349 (rue des Quatre fils Aymond actuelle).

La population avait augmenté et les faubourgs étaient devenus plus importants que la ville même ; aussi le comte de Hainaut, Jean II d'Avesnes, jugea-t-il opportun de développer les fortifications. Il fit tracer, en 1290, une enceinte qui engloba toutes les parties bâties autour de la ville, non seulement sur la colline, mais aussi dans la vallée et au delà même de la rivière la Trouille.
L'enceinte, dite de Jean d'Avesnes, est celle que représente le plan de Jacques de Deventer ; elle avait plus de trois kilomètres de tour, les murailles n'en furent démolies qu'en 1818, lors de la construction des fortifications hollandaises.
L'érection de cette forteresse, telle qu'on la voit figurer au plan, ne fut terminée qu'au début du XIVe siècle.

Les ouvrages de Jean d'Avesnes se composaient de grands et de petits fossés, de palissades, de remparts en terre ; les premiers travaux furent exécutés près du val des Écoliers. En 1309, sous le comte de Hainaut Guillaume Ier de Bavière, on travailla au bas de la rue d'Havré ; en 1310, on construisit les remparts derrière le val des Écoliers. En 1314, on créa deux grands étangs ou viviers, les viviers des Apôtres et des Presles ou Prayelles, entre les portes de Nimy et d'Havré, et entre cette dernière et la Trouille. En 1318, on creusa les fossés à la guérite Thupin (la porte des Guérites) et vers les Apôtres. En 1334, on acheva de « dos d'asne » des fossés situés sous le Parc ; en 1340, sous Guillaume III, ont fit le petit fossé derrière Saint-Ladre, les petits fossés entre le Parc et la rue de Nimy, et le fossé de Bertaimont. Tous ces travaux figurent au plan.
C'est seulement en 1341 et 1342 que l'on commença à revêtir les remparts de pierres et de briques ; en 1364, l'on y travaillait encore.

Jean d'Avesnes ne se borna pas à construire des fortifications, mais, désirant moultepliier et peupleir la ville nouvelle, il accorda des franchises pour y attirer des habitants et autorisa les échevins à donner en arrentement les waressaix situés dedans le frumeté.

Des rues nouvelles furent créées, l'intérieur de la ville se couvrit de bâtisses, ce fut une métamorphose. Les grands seigneurs, attirés par le luxe de la cour des comtes de Hainaut, venaient bâtir des hôtels dans leur capitale.

En 1323, un hôtel de ville était construit ; en 1348, le grand markiet était agrandi et recevait les dimensions de la Grand'Place actuelle ; en 1386, une fontaine monumentale était érigée sur cette place et l'on y amenait les eaux prises au village de Saint-Denis.

En 1450, la magnifique église actuelle de Sainte-Waudru est commencée sur l'emplacement de l'ancienne église du même nom, appartenant aux chanoinesses.

En 1458, l'hôtel de ville actuel est bâti par ordre de Philippe le Bon.

En 1516, la paroisse de Sainte-Élisabeth est érigée ; en 1548, l'église de Saint-Germain est reconstruite. La rue des Marcottes, allant de la place Saint-Jean à la rue de Nimy, est créée en 1500.

Des ruelles, ou chasses, qui séparaient les groupes de jardins, sont transformées en rues ; d'anciennes rues sont élargies et bâties ; tel est le cas pour la rue des Kievroix en 1534.

La même année on perce la rue Jehan Henault, nommée plus tard rue de la Biche ; en 1537, la rue Verte ou Sigault ; en 1542, l'on ouvre la rue du Miroir à travers l'hôtel de ce nom, situé sur la Grand'Place ; en 1543, la rue des Fillettes (actuellement rue des Gailliers) est élargie ; en 1552, on élargit aussi la rue de Bertaimont.

Tel était l'état de la voirie à l'intérieur des murailles, lorsque le plan de Jacques de Deventer fut dressé.

Deux vois publiques seulement furent créées depuis cette époque dans le périmètre des remparts : la rue de la Clef, en 1577, entre la Grand'Place et la rue de la Halle, et le Marché-aux-Herbes ou Petit-Marché, en 1581, entre la nouvelle rue de la Clef et la partie de la rue de la Grande-Triperie, nommée aujourd'hui rue de la Coupe.

Ces deux voies nouvelles ne figurent pas sur le plan de Deventer ; la date de ce plan peut donc être fixée d'une manière absolument certaine entre les années 1542 et 1577.

Aucune modification n'avait été apportée à l'état de la forteresse lorsqu'elle fut assiégée et prise par le duc d'Albe, en 1572 ; par la suite, on y ajouta un bastion, dit le Bastion vert, à gauche en sortant de la porte de Bertaimont, et des ouvrages extérieurs pour protéger l'enceinte, principalement hors des portes de Nimy, du Rivage, de Bertaimont et d'Havré.

Malgré leur peu d'importance, la ville résista avec succès au maréchal de Luxembourg, en 1678, mais elle fut prise et ruinée par Louis XIV, en 1691.

Les Français augmentèrent alors considérablement les fortifications extérieures ; Vauban y construisit de nombreux ouvrages et en fit une place militaire de premier ordre pour l'époque.

Ces fortifications n'empêchèrent pas la ville d'être prise en 1709 par les alliés, après la bataille de Malplaquet, et par les Français, en 1746.

Ceux-ci démantelèrent les remparts, mais le traité d'Aix-la-Chapelle les obligea à restituer la ville à l'Autriche en 1749.
L'année suivante, les Autrichiens rétablirent les fortifications en utilisant les restes des ouvrages que les Français avaient respectés ; ils les augmentèrent d'un fort considérable, dit le fort de la Haine, qu'ils construisirent dans les prairies près d'Épinlieu, sur le territoire de Ghlin, et détournèrent la Haine pour la faire passer près de la ville.

Mais ces fortifications n'eurent qu'une existence passagère ; elles furent démolies en 1782 et remplacées par des boulevards.
Ceux-ci, à leur tour, furent détruits en 1818, lors de la construction des dernières fortifications par le royaume des Pays-Bas.
Le tracé de la forteresse nouvelle nécessita la démolition de l'enceinte du XIIIe siècle ; le périmètre de la ville fut considérablement rétréci : des rues furent raccourcies et la ville fut entourée d'ouvrages en maçonnerie figurant un polygone flanqué de quatorze bastions.

De nos jours, la ville de Mons cessa d'être une position militaire : ses dernières fortifications tombèrent sous la pioche (1861-1865) et sur leur emplacement furent créés de magnifiques boulevards, d'un développement de plus de 5 kilomètres. Des places, des rues nouvelles, remplaçant les remparts et les fossés pleins d'eau, rendirent à la ville l'air et la lumière dont elle avait été si longtemps privée.


Faubourgs et environs

La disposition des faubourgs de Mons, telle qu'elle est figurée au plan [de Deventer], a peu changé depuis l'époque de Charles-Quint : on y retrouve aujourd'hui, à peu d'exceptions près, les mêmes voies publiques, mais les grands chemins peu carrossables de ce temps se sont transformés en grand'routes.

Le faubourg Saint-Lazare ou de Saint-Ladre, situé au nord, entre la ville et le village de Nimy, que l'on remarque à l'extrémité du plan, avait déjà une certaine importance au XVIe siècle : l'on y voyait, à la sortie de la ville, l'hôpital Saint-Ladre ou des Lépreux, dont l'existence est déjà mentionnée en 1181 ; il était entouré de fossés pleins d'eau. Plus loin, à gauche du chemin de Nimy, se trouvait un petit manoir féodal qui appartenait, au XVe siècle, à Gilles Druelin ou de Ruelin, échevin de Mons de 1471 à 1479. Ces deux constructions disparurent lors du siège de 1572. Un petit bois couvrait une partie de la Montagne de Saint-Lazare ou Montagne des Sept-Frères.
Le faubourg d'Havré, à l'est de la ville, n'offrait aucun monument digne de remarque. L'on y trouvait la « justice » ou le gibet, bâti sur une colline et désigné sur le plan par un assortiment complet de potences.

Au sud-est, sur les bords de la Trouille, en avant du village d'Hyon, le plan indique le moulin Saint-Pierre, qui a subsisté jusqu'au commencement de notre siècle, et, à côté, les restes de l'ancien hôpital du même nom ; l'on y voit aussi le prieuré de Saint-Pierre de Lobbes, construit dans les prés du Jonquois (1181).

Au sud se trouve le faubourg de Bertaimont, bâti le long du chemin de Maubeuge, sur la pente nord du mont Eribus.

Le faubourg actuel du Rivage, au sud-ouest de la ville, n'existait pas du temps de Jacques de Deventer ; il est bâti le long de la route de Jemappes.

Enfin, le faubourg du Parc, à l'ouest, se fait remarquer sur notre plan par un établissement important, situé à son extrémité, près de la limite du territoire de Ghlin. Cet assemblage de constructions, groupées autour d'une chapelle et désignées sous le nom de Spinoy par notre géographe, constituait l'ancienne abbaye d'Épinlieu, Spinlieu ou Spinosus locus, s'étendant sur les bords de la Haine, au milieu d'immenses prairies. Ce monastère fut fondé en 1216 par Béatrix de Lens, qui y plaça des dames de l'ordre de Citeaux. Il fut fortement endommagé par les troupes du duc d'Albe, en 1572, et démoli en 1678. Les dames d'Épinlieu vinrent, à cette époque, s'établir dans leur refuge, situé à l'intérieur de la ville. Leur abbaye devint, dès lors, une ferme qui, de nos jours, fut transformée en maison de campagne.

Près de cet endroit se trouvait un pont sur la Haine et un moulin ; ils disparurent au siècle dernier, après le détournement de la rivière.


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(© Librairie L'Oiseau-Lire, 2004)