
Echelles d'évaluation du degré de fermeté, de souplesse et de raideur de l'écriture manuscrite
Essais de validation
Benjamin THIRY ( bthiry@skynet.be )
DEA en psychologie
Année académique 2003 – 2004
Promoteur : Prof. Jacques GREGOIRE
Résumé :
Elaborées en 1954, les échelles de fermeté, de souplesse et de raideur de l'écriture permettent une évaluation chiffrée de ces caractéristiques scripturales. Notre échantillon (n=200) permet une approche psychométrique actualisée de ces échelles et des items qui les constituent. La fiabilité est évaluée par un coefficient de concordance (W de Kendall) entre quatre juges, l'alpha de Cronbach et un modèle de réponse à l'item (Rasch). Les échelles originales sont revues afin de les optimaliser. Des normes sont proposées sous forme de percentiles et de notes T. Nous proposons une exploration de validités externes : les variables "âge", "sexe" ainsi que toutes les variables du NEO PI-R (questionnaire auto-évaluatif) sont mises en rapport avec les trois variables graphologiques.
Le sexe influencerait l'indice de fermeté. L'âge aurait un effet sur la fermeté, la souplesse et la raideur. L'indice de fermeté serait lié aux variables O1, O4 et C4 du NEO PI-R. L'indice de souplesse serait également lié à C4. L'indice de raideur serait quant à lui en lien avec les variables N4, E5 et O5. La taille des effets est cependant faible : .26 en moyenne. Les variables graphologiques testées n'expliqueraient qu'une faible partie de la variance des variables du NEO PI-R.
Université Catholique de Louvain
Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education
Place du Cardinal Mercier, 10
1348 Louvain-la-Neuve
Belgique
Ont participé à cette recherche : Tessa DAGNELY, Anne FONTENELLE et Patrice GIRARD.
Le fichier
Excel suivant reprend les items retenus pour les
échelles de fermeté, de souplesse et de raideur. Il calcule en outre les
indices sous forme brute et standardisée (normes belges de 2004).
Ce fichier .XLT doit idéalement être sauvé sous
forme de "modèle" (template), c'est-à-dire dans le
répertoire adapté de Windows. Il doit être considéré comme expérimental. Toute remarque concernant ce fichier est la
bienvenue.
TABLE DES MATIERES
FERMETE, SOUPLESSE ET RAIDEUR DE L’ECRITURE
1) Pression forte et régulière :
5) Courbes et traits droits exécutés d’une main sûre :
6) Lettres normalement structurées :
7) Lettres de la zone médiane plus hautes que larges :
9) Mots de contour bien structuré et de bonnes proportions :
10) Bonne organisation de la page :
13) Régularité de direction des lettres :
14 ) Constance de l’écriture :
2 - Degré de souplesse (composante P14a) :
1) Petites guirlandes sans profondeur :
7) Direction légèrement irrégulière des lettres :
8) Forme des lettres différente :
3 - Degré de raideur (composante P14b)
2) Prédominance du trait droit sur la courbe :
4) Etroitesse des lettres et des mots :
5) Tracé très précis ou très architectural :
6) Mouvement barré ou saccadé :
8) Direction fixe ou cassée des lettres :
3 - Standardisation des données
4 - Exploration des validités externes
1 - Description de l'échantillon
3 - Corrélations entre les scores totaux et les items constitutifs des échelles :
4 - Fin de la première étape : première optimisation des échelles :
5 - Analyses de consistance interne :
1) Sous-échelle de dextrogyrité : 31
2) Caractéristiques de l'échelle de souplesse :
6 - Approche descriptive des variables
Influence de la variable « sexe » sur la variable F :
Influence de la variable « sexe » sur le score S :
Influence de la variable « sexe » sur le score R :
EXLORATION DES VALIDITES EXTERNES
1 - Liens entre les variables de fermeté, de souplesse et de raideur :
Lorsque la fermeté de l'écriture augmente, la souplesse augmente également
Lorsque la souplesse augmente, la raideur diminue
La fermeté et la raideur de l'écriture évoluent de manière indépendante
2 - Effet du sexe sur les trois variables :
3- Effet de l'âge sur les trois variables :
a) Effet de l'âge sur la variable de fermeté :
b) Effet de l'âge sur la variable de souplesse :
c) Effet de l'âge sur la variable de raideur :
4 – Liens entre les variables de fermeté, souplesse, raideur et les variables du NEO PI-R :
a) La fermeté et les variables du NEO PI-R :
La fermeté et l'ouverture aux rêveries (O1) :
La fermeté et l'ouverture aux actions (O4) :
La fermeté et la recherche de réussite (C4) :
Hypothèses d'interprétation de la fermeté de l'écriture :
b) La souplesse et les variables du NEO PI-R :
La souplesse et la recherche de réussite (C4) :
c) La raideur et les variables du NEO PI-R :
La raideur et la timidité sociale (N4) :
La raideur et la recherche de sensations (E5) :
La raideur et l'ouverture aux idées (O5) :
Hypothèses d'interprétation de la raideur de l'écriture :
L'écriture d'un individu entretient-elle des liens avec la personnalité de celui-ci ? Cette question fait immanquablement penser à la graphologie, tantôt encensée, tantôt décriée par le grand public.
Historiquement, les termes graphologie et graphologiste furent inventés par Michon, né en 1806 en France.
Pour Crépieux-Jamin (1930), « La graphologie est l’étude du caractère par l’écriture ».
L’écriture latine résulte d'un mouvement cursif de gauche à droite reproduisant plus ou moins fidèlement le modèle calligraphique enseigné comme base à l’écriture dès l’âge de scolarité des enfants.
Au sein de la littérature graphologique, on découvre des systèmes de classification visant à établir une liste de signes graphiques qui seront reconnus comme espèces graphiques. A ce niveau-ci, la logique est purement descriptive.
Les traités de graphologie abordent en outre la question des hypothèses interprétatives. En effet, à tel signe (ou ensemble de signes) serait associé un trait de personnalité. Cette logique interprétative fut contemporaine de l’intérêt pour la caractérologie.
Dans ce type d’approche de la graphologie, l’étude de l’écriture permettrait de déduire tel ou tel trait au sein de la personnalité du scripteur.
La graphologie assimile ainsi l'écriture à un outil d’investigation de la personnalité au même titre qu’un test projectif.
Lorsqu’il reprend Frank (1939), Anzieu (1991, p. 682) évoque les techniques réfractives comme méthodes projectives : celles-ci font « subir des distorsions à une activité de communication courante ». Ces distorsions seraient en lien avec certaines caractéristiques psychologiques projetées sur le stimulus copié.
De nos jours, des graphologues sont mandatés pour émettre des avis dans divers domaines : sélection du personnel, psycho-diagnostics, orientation scolaire et professionnelle, etc.
Quelles sont cependant les bases scientifiques qui sous-tendent ces hypothèses de personnalité ?
Cette question a d’ores et déjà fait l’objet de plusieurs réflexions précédentes (Castelnuovo-Tedesco, 1948 ; Fluckiger et al., 1961 ; Lemke & Kirchner, 1971 ; Beyerstein, 1992 et 1996, Tett & Palmer, 1997 ; Michaux-Granier et al., 1999 ; King & Koehler, 2000, etc.). Une méta-analyse réalisée (Dean, 1992) souligne l’existence de corrélations entre des variables de l’écriture et des variables de personnalité, mais celles-ci sont faibles. Une grande prudence est donc de mise.
Une telle réflexion n’est pas l’objet principal de notre présente recherche. En effet, nous souhaitons nous situer en dehors du débat passionnel (pour ou contre) afin d’explorer les éventuels liens susceptibles d’exister entre telle ou telle caractéristique de l’écriture et un trait psychologique.
Nous avons décidé de reprendre un fil logique entamé en 1954 par de Gobineau et Perron. Nous proposons une approche critique de trois indices qu’il ont introduits dans la littérature graphologique : la fermeté, la souplesse et la raideur de l’écriture.
Partant de leurs théorisations et résultats, nous allons revoir la formulation de certaines de leur variables et tester la fiabilité des échelles afin de les modifier le cas échéant. Ces échelles feront également l’objet d’une validation externe de type exploratoire. En effet, certains sujets dont l’écriture est à notre disposition ont également passé le NEO PI-R (Costa & McCrae, 1998), questionnaire de personnalité auto-évaluatif.
Ces trois échelles peuvent-elles être considérées comme suffisamment fiables et valides pour permettre d’autres recherches ultérieures ?
Dans les années cinquante, de Gobineau et Perron (1954) effectuèrent une recherche sur les signes graphiques qui s’avèrent caractéristiques de l’âge d’un enfant. Leur but premier était de constituer des échelles développementales de l’écriture de l’enfant[1].
Ils tentèrent ensuite de considérer l’écriture comme un outil d’investigation de la personnalité. Pour eux, une étape importante était de « analyser l’écriture en composantes suffisamment individualisées pour que la cotation en soit possible, en vue d’une élaboration statistique » (p. 63).
Ils identifièrent quatorze composantes de l’écriture classées sur un continuum. En effet, selon eux, il existe un « degré de présence » d’une caractéristique graphique, degré évalué sur base de critères qu’ils ont établis.
La cotation de certains items (en 0 = absence du critère, ½ = présence relative et 1 = présence nette[2]) permet un sommation chiffrant une composante.
Les scores obtenus rendaient possible une démarche de comparaison. Ils choisirent de comparer différents groupes.
Un groupe de sujets « normaux » était composé de :
Ils retinrent également différents groupes de « malades mentaux » :
Les scores obtenus à chaque composante retenue par les auteurs furent ainsi comparée. L’hypothèse sous-jacente était que des variables d’ordre caractérielle entretenaient des relations avec les variables graphométriques. Ils constatèrent effectivement que certains groupes présentaient des profils différents des autres.
Dans le cadre de notre recherche, nous avons porté notre attention sur trois variables définies par de Gobineau et Perron (1954), variables auxquelles les graphologues se réfèrent encore actuellement. Dans certains cas, nous avons apporté certaines précisions afin de rendre les concepts plus clairs. En effet, le texte original nous est parfois apparu comme sujet à interprétation. Ces précisions visaient à augmenter a priori l'accord entre les évaluateurs.
Classiquement, la fermeté du trait est à rapprocher de la tonicité que le scripteur mobilise dans l'acte scriptural. Le geste graphique est constant, homogène, régulier et facilitant la progression vers la droite.
Selon de Gobineau et Perron, le degré de fermeté se cote au moyen de 15 items dont on cherche la présence dans l'écriture : 2 point pour une présence nette, 1 point pour une présence discrète et 0 point pour une absence.
Considérons à présent chaque variable graphique que de Gobineau et Perron ont identifié comme déterminantes dans l’estimation du degré de fermeté d’une écriture.
La présence simultanée de ces deux caractéristiques du trait est importante.
En ce qui concerne la forte pression, elle s’évalue d’abord par le biais du foulage du papier, c'est-à-dire par l’empreinte laissée par l’outil d’écriture sur la feuille de papier. Une pression forte exercée sur l’outil apporte un certain relief que l’on constate moins dans le cas des écritures légères.
Peugeot, Lombart et de Noblens (1986) évoquent cette propriété du trait dans l’espèce dite appuyée :
« Une écriture est appuyée quand le scripteur accentue la pression sur le geste d’adduction, geste en flexion de haut en bas qui se prête à l’affirmation de soi. Son trait laisse une empreinte perceptible sur l’envers de la feuille, surtout avec un stylo à bille, signalant par là que le geste graphique s’inscrit fortement dans cette troisième dimension de l’écriture qu’est la profondeur. » (p. 13)
Notons que si l’observation d’une écriture nous permet de constater que la pression s’avère normale (ni forte ni faible), cela ne constitue pas une indication de cotation à ce premier item de la fermeté. En effet, le trait doit se caractériser par une certaine densité à rapprocher d’une activité graphomotrice importante.
En ce qui concerne la notion de régularité, celle-ci renvoie à une constance dans l’énergie investie tout au long de l’acte scriptural. Elle s’oppose donc aux espèces classiquement reconnues comme spasmodiques (les « angles dans l’espace » de W. Hegar, 1938) ou au relief particulièrement accentué.
Cette régularité va cependant de pair avec les variations de pression intrinsèques à l’écriture, c'est-à-dire respectant les nuances de l’écriture et manifestant des différentiations entre les pleins et les déliés.
La cote maximale à cet item nécessite une nette représentation de ces deux caractéristiques de l’écriture. La présence d’une de ces caractéristiques peut mener le graphologue à coter 0 même s’il constate que l’autre est présente (par exemple lorsque la pression est légère mais néanmoins régulière).
La dénomination initiale de cet item chez les auteurs était la suivante : « trait précis, net, perforant ».
A la lecture de la description de cet item, nous avons cependant constaté que la référence au trait net était prévalente.
Cette caractéristique graphique renvoie à une étude minutieuse du trait (notamment grâce à un loupe appropriée). Celui-ci présente deux parois lisses en guise de limite. Le trait est foncé, bien encré avec des nuances entre les pleins et les déliés. Il s’oppose aux traits pâteux, baveux et poreux qui offrent des contours très mal définis, comme s’ils avaient été produits sur du papier buvard.
Nous coterons 2 pour un trait clairement net.
Nous coterons 1 pour un trait plutôt net.
Nous coterons 0 pour un trait pâteux dont les bords sont mal définis.
On ne retrouve dans le texte aucun signe de correction sur les lettres, de retours sur le tracé ou de ratures. Evidemment, nous ne tenons pas compte d’éventuelles corrections de style susceptibles d’être apportées au texte lors de sa relecture.
Le rythme de l’écriture n’est pas freiné par des retours en arrière occasionnels signes de processus attentionnels agissant a posteriori.
L’appréciation de cet item est globale et porte donc sur la présence remarquable de ce type de retouches au sein du texte (note 0).
Un texte exempt de ce type de correction est coté 2.
Deux propriétés sont caractéristiques de ce trait :
· D’une part, il est régulièrement fourni d’encre, ni pâle ni transparent, présentant une bonne densité. Lefebure et Van Den Broek d’Obrenan (1991, p. 39) évoquent la densité en ces termes : «Trait rempli, compact, en général appuyé, qui donne une impression de poids et de solidité ; peut présenter des allégements dans les mouvements remontants ; peut être luisant (‘trait anthracite’ de Le Noble) ».
· D’autre part, le trait comprend des pleins et des déliés distincts par l’épaisseur et la coloration. La pression s’adapte donc aux mouvements inscripteurs (Callewaert, 1954) à l’œuvre dans la réalisation des lettres.
La dénomination première de cet item par de Gobineau et Perron (1954) était la suivante : « Absence d’anomalie de tracé ».
Nous avons sciemment décidé de « retourner » cette dénomination à des fins de meilleure compréhension. En effet, nous avons jugé opportun de formuler cette caractéristique graphique de manière positive et non en faisant intervenir la notion d’absence. La cotation en 0, 1 et 2 est facilitée par cette formulation plus cohérente d’un point de vue de logique de pensée.
La définition de l’item reste, quant à elle, tout à fait similaire à celle qui avait été avancée par les auteurs.
Tant les traits droits que les courbes sont effectués avec fermeté, sans hésitations. Il y a absence d’arquages, de torsions, de tremblements, de télescopages, de bavures et de pochages.
La présence de tels éléments graphiques sont des signes d’un trait hésitant voire crispé qui induisent une cotation en 0.
Si aucun de ces signes n’est présent dans l’écriture, l’item peut être coté en 2.
Le terme « bien » que nous trouvons chez les auteurs prête à interprétation. Nous référant à ce qu’ils nous disent de la structure du tracé, nous avons choisi de considérer que la notion de structuration « normale » renvoie à cet indice de la fermeté.
Lorsqu’elles sont normalement structurées, les lettres constituant les mots sont reconnaissables sans difficulté même si elles sont extraites de ceux-ci. Elles sont identifiables mais sans exagérations susceptibles d’entraver la progression du graphisme.
Ceci permet une cotation en 2.
Si les lettres manquent de structure (formes imprécises, trop grande ouverture par inachèvement, mauvaise différentiation) ou sont trop structurées (extrême finition des lettres, grande différentiation, fermeture exagérée, étayages, extrême précision), la cotation tend vers 0.
Si de Gobineau et Perron (1954) ne spécifiaient pas que cette caractéristique de l’écriture concernait principalement les lettres de la zone médiane[4], il nous semble opportun de le signaler ici. En effet, il semble évident que l’étude des hampes et des jambages fausseraient l’évaluation de cet indice.
Il est donc préférable de centrer notre attention sur les lettres appartenant au corps de l’écriture.
L’étalement primaire (étalement horizontal des lettres) et la proportion des dimensions verticales et horizontales des lettres tendant vers la droite impliquent une cotation de 0.
L’étirement des lettres vers le haut et donc l’étrécissement de celles-ci permet une cotation de 1 ou de 2 en fonction de l’aspect significatif de cette propriété graphique.
Cette dimension est celle de la hauteur de la zone médiane. de Gobineau et Perron (1954) nous fournissent les repères métriques suivants :
|
Taille moyenne de la Zone Médiane |
Cotation |
|
ZM < |
0 |
|
|
1 |
|
|
2 |
|
|
1 |
|
ZM > |
0 |
Pour être notée comme un indice de fermeté, l’écriture ne doit être ni trop grande ni trop petite.
Cette appréciation globale de l’écriture attire l’attention du graphologue sur les notions suivantes :
On retrouve ainsi une certaine harmonie dans les dimensions de l’écriture ainsi que dans le rapport entre le blanc et le noir c'est-à-dire entre le texte écrit et le blanc qui l’environne.
La cotation en 2 de cet item nécessite la présence simultanée de ces caractéristiques graphiques.
La « bonne » organisation de la page tient compte des éléments graphiques suivants :
La présence significative de ces variables graphiques permet la cotation en 0, 1 ou 2 à cet item.
Ce type de mouvement est défini par de Gobineau et Perron (1954, p. 184) en ces termes :
« Projection dynamique de l’écriture dans le sens de la progression (vers la droite) ; impression de vivacité du tracé et de vitesse ; en général, forte inclinaison et irrégularité de direction, forme ‘aérodynamique’ des mots, degré de liaison élevé, signes libres et finales lancées, jambages longs, bonne différentiation des trois zones, étalement des mots. Le plus souvent, le trait est net, foncé, la pression est forte, la vitesse chronométrée est élevée (mais ce n’est pas obligatoire) »
Ce type de mouvement relève d’une énergie certaine investie dans le geste graphique tout en en gardant un contrôle suffisant. Le scripteur n’est pas dépassé par son propre mouvement cursif.
L’écriture dynamique est cotée 2.
Lorsque l’écriture est mue par une énergie qui se rapproche de ce type de mouvement, l’item peut être coté 1 (et 0 dans les autres cas).
Cette régularité s’estime par l’étude des variations dans la hauteur de la zone médiane. Ces variations ne peuvent dépasser le quart de la hauteur des mots. De légères fluctuations dans la hauteur des lettres sont acceptées mais l’écrasement soudain ou l’élévation brutale de certaines lettres rendent nulle la valeur de cet item.
Pour cet item, nous avons décidé de préciser que la direction était celle des lettres car de Gobineau et Perron (1954) ne portent leur intérêt que sur celles-ci dans la définition qu’ils donnent de cet item.
Les lettres de l’écritures sont globalement parallèles les unes par rapports aux autres.
Les écritures à changement de train sont exclues des écritures régulières de direction des lettres.
de Gobineau et Perron (1954) avaient dénommé cet item : « Régularité de continuité ». Cette terminologie nous a semblé sujette à des interprétations variables. Nous avons donc opté pour une formulation plus explicite et univoque recouvrant la définition de l’item que nous donnent les auteurs.
En effet, la constance de l’écriture renvoie au fait que les caractéristiques du graphisme restent les mêmes tout au long de la page.
Qu’une écriture présente des signes d’irrégularité, à quelque niveau que ce soit, elle peut être constante si ces irrégularités se maintiennent tout au long de la page.
La constance de l’écriture donne à la page un aspect homogène alors que l’absence de constance donne une impression d’incoordination.
Les lettres sont groupées par série de 3, 4 ou 5.
Pour coter 2 à cet item, les liaisons entre ces lettres doivent faciliter le rythme de l’écriture, et s’avérer suffisamment souples (par des combinaisons, par exemple).
Les écritures (hyper-)liées et juxtaposées sont cotées 0. Celles contenant une mixité dans la continuité mais comportant aussi des lettres groupées peuvent être cotées 1.
Voici la liste récapitulative des composantes renvoyant à la fermeté :
|
Item |
Var. |
Signe graphique |
Note |
|
1 |
P13 |
Pression forte et régulière |
|
|
2 |
A31 |
Trait net |
|
|
3 |
|
Trait sans retouche |
|
|
4 |
|
Trait foncé en relief |
|
|
5 |
|
Courbes et traits droits exécutés d’une main sûre |
|
|
6 |
P1a |
Lettres normalement structurées |
|
|
7 |
|
Lettres de la zone médiane plus hautes que larges |
|
|
8 |
P5a |
Dimension moyenne |
|
|
9 |
|
Mots de contour bien structurés et de bonnes proportions |
|
|
10 |
P2 |
Bonne organisation de la page |
|
|
11 |
P10 |
Mouvement dynamique |
|
|
12 |
P11a |
Régularité de dimension |
|
|
13 |
P11b |
Régularité de direction des lettres |
|
|
14 |
A19 |
Constance de l’écriture |
|
|
15 |
P12(3) |
Degré de liaison moyen |
|
|
|
|
Total = |
|
La somme des notes attribuées pour chaque composante permet l'inscription de l'écriture analysée dans un barème défini comme suit :
|
II |
III |
IV |
V |
|
|
< 5 |
5 à 11 |
12 à 17 |
18 et 21 |
> 21 |
Sur base de leurs recherches, de Gobineau et Perron (1954) avancent l'hypothèse que la fermeté générale de l'écriture est à rapprocher d'une fermeté sur le plan caractériel, proche de ce qu'on évoque communément la "personnalité", ainsi que d'une attitude tonique dans les relations sociales.
Cette fermeté de caractère et cette tonicité s'allient à des activités et à des processus mentaux divers.
Degrés I et II :
Si les auteurs parlent d'une certaine "faiblesse de caractère", il faut – comme à l'accoutumée – garder une attention constante au milieu graphique connexe. Ainsi peut-on constater que si l'écriture :
- est grande, penchée, liée, coulante et peu organisée, on signale des plaintes dépressives exprimées ;
- est grande, irrégulière, discordante et peu organisée, on retrouve une faiblesse de contrôle, une excitabilité, des difficultés de concentrations et une désorganisation caractérielle ;
- est petite, sobre, flottante et légère, on pointe une réduction de l'énergie psychique se manifestant notamment par de la vulnérabilité et de la timidité.
Degré III :
Regroupe la majorité des sujet normaux. On ne peut émettre de particularités psychologiques inhérentes à cette catégorie. Une attention doit cependant être portée à d'éventuelles discordances entre les différents items. Les notes sont-elles homogènes ou non ?
Degrés IV et V :
Ces degrés correspondent à la prégnance du tonus mental. Dans un contexte graphique souple (cf. ci-dessous), la fermeté serait à rapprocher de bonnes capacités d'adaptation et d'efficience. Si le contexte apparaît comme étant plus raide, les interprétations pourraient se diriger vers l'idée que certaines tendances caractérielles telles que l'impulsivité, la revendication ou l'avidité sociale, etc. sont sujettes à un contrôle important visant à les masquer.
La fermeté semble nous inviter à penser qu'une énergie psychique importante est investie sur le devant de la scène selon des modalités définies par d'autres caractéristiques graphiques.
La souplesse d'une écriture renvoie à l'aisance graphique, c'est-à-dire à certaines propriétés de l'écriture qui facilitent sa progression vers la droite, qui font glisser l'outil graphique sur la feuille de manière régulière et fluide.
Selon de Gobineau et Perron, le degré de souplesse se cote au moyen de 10 items (dont un est calculé grâce à 6 autres items) dont on cherche la présence dans l'écriture : 2 points pour une présence nette, 1 point pour une présence discrète et 0 point pour une absence.
Les signes graphiques caractéristiques de la souplesse d'une écriture sont repris ci-dessous.
La guirlande est caractérisée par un tracé courbe et ouvert, plus ou moins généralisé à toute l’écriture. Elle se repère principalement au niveau des m et des n ainsi que dans les liaisons entre les lettres.
Les guirlandes doivent être sans profondeur afin d’être notées comme indice de souplesse. Une guirlande normale et à plus forte raison profonde sera cotée 0.
La guirlande basse sera cotée 2.
Le tracé qui relie les lettres entre elles font l’objet de combinaisons personnelles favorisant ainsi une certaine aisance du geste graphique ainsi que la vitesse de l’écriture.
« Une écriture est combinée lorsque ses formes plus ou moins liées et simplifiées s’agencent bien. » (Crépieux-Jamin, 1930)
Si des combinaisons suffisamment simplifiées apparaissent de manière manifeste dans l’écriture, l’item peut être coté 2.
Une présence plus discrète implique la cotation 1.
Dans les autres cas, nous notons 0.
La dextrogyrité est la transformation de certaines formes de l’écriture de telle sorte que le mouvement cursif soit facilité dans sa progression vers la droite.
La formation des lettres privilégie l’avancement de l’écriture en diminuant les retours vers la gauche, les gestes sinistrogyres.
L’écriture calligraphique se caractérise notamment par une présence alternée de ces gestes de « retour en arrière » qui, dans l’écriture dextrogyre, sont réduits.
Cette tendance du tracé vers la droite est sous-tendue par six items (cotés 0, 1 ou 2 points).
de Gobineau et Perron (1954) notent que les deux derniers items ne doivent être notés que si un des quatre premiers a été décelé. En effet, isolés ils ne sont pas spécifiques à la dextrogyrité.
Si le total des notes à ces indices est inférieur ou égal à 4, nous notons 0 à l’item de dextrogyrité.
Si le total des notes à ces indices est de 5, 6 ou 7, nous notons 1.
Pour un total supérieur ou égal à 8, nous notons 2.
Le trait vif apparaît comme incisif, donnant l’impression d’avoir été tracé vivement, sans lourdeur. L’écriture ne doit pas nécessairement être rapide mais le geste graphique, aisé, est habile et effectué avec vigueur.
Les signes libres s’affinent à leur extrémité.
Dans le cas du trait polymorphe, l’observation attentive du trait nous permet de constater des nuances dans son épaisseur. Cette épaisseur qui passe facilement du plein au délié est le résultat d’une adaptation aisée du mouvement inscripteur au fil de l’écriture.
Cette observation s’avère plus complexe lorsque l’outil d’écriture est un bic.
Le mouvement graphique produit un tracé à tendance curviligne dont les courbes sont simplifiées et favorisent le « glissement » de celui-ci.
Ce type de courbe s’oppose tant aux angles qu’aux arcades ainsi qu’aux guirlandes profondes.
Les espèces ornées et compliquées seront systématiquement cotées 0.
Les lettres constituant les mots (au niveau de la zone médiane) présentent certaines irrégularités dans leur direction. Ces fluctuations localisées à ce niveau concourent à la vivacité du graphisme.
La dénomination originale : « direction multiple des lettres » à été modifiée pour rendre l’item plus explicite, notamment en insistant sur l’importance de porter son attention sur la direction des lettres.
Des lettres à changements de train ainsi que toute présence significative de changements brutaux dans la direction des lettres sont cotées 0 au même titre qu’une rigidité dans la direction des lettres.
Les lettres présentent des variations dans leur forme en fonction de leur emplacement dans le mot. En effet, elles s’adaptent à la lettre qui les précède et celle qui les suit.
Une liaison juxtaposée dite « statique » nous présente les lettres comme posées les unes à côté des autres sans qu’elles ne semblent entrer en relation. Ce type de (non) liaison implique une cotation de 0 à cet item.
Les lettres ne sont pas trop structurées, ni trop lourdes, ni trop grandes. Les lettres donnent une impression de finesse, de légèreté, à la fois par la délicatesse du trait et par l’élancement des formes.
Une écriture, même si la tension est relâchée, présentant ces caractéristiques sera cotée 2 si elles sont nettement présentes.
Si l’on retourne la feuille, la base de la ligne donne l’impression d’une sorte de moutonnement continu mais légèrement irrégulier. La courbe à la base est due en partie à la présence de guirlandes, en partie à la labilité. On n’accepte ici que la courbe à la base légèrement irrégulière, à l’exclusion de la courbe à la base automatique, stéréotypée (base de la ligne parfaitement droite).
Voici la liste des composantes renvoyant à la souplesse :
|
Item |
Var. |
Signe graphique |
Note |
|
1 |
|
Petites guirlandes sans profondeur |
|
|
2 |
A8 |
Liaisons combinées |
|
|
3 |
A25 |
Dextrogyrité |
|
|
4 |
A5 |
Trait vif |
|
|
5 |
|
Trait polymorphe |
|
|
6 |
|
Courbes légères |
|
|
7 |
|
Direction légèrement irrégulière des lettres |
|
|
8 |
|
Forme de lettres différente |
|
|
9 |
|
Formes fines des lettres |
|
|
10 |
|
Courbes à la base |
|
|
|
|
Total = |
|
La somme des notes attribuées pour chaque composante permet l'inscription de l'écriture en question dans un barème défini comme suit :
|
II |
III |
IV |
V |
|
|
< 3 |
3 à 7 |
8 à 11 |
12 à 15 |
> 15 |
de Gobineau et Perron constatent d'emblée que le degré de souplesse obtenu dépend du niveau culturel et d'éducation. En effet, leurs sujets n'ayant pas de diplôme équivalent à celui du primaire présentent des écritures peu souples. Aucune indication caractérielle ne pourrait être donc faite sur cette population car la plupart des sujets se situent dans le degré I ou II.
Remarquons également que peu de sujets – mis à part le groupe des "intellectuels" des auteurs – ne dépassent vraiment le degré III. Les degrés IV et V sont très rares.
Le degré de souplesse renvoie d'abord à une indication de niveau.
Cependant, l'interprétation qui peut être faite au-delà de cette indication semble aller dans le sens d'une capacité à l'adaptation générale et générale (si elle n'est pas trop grande) surtout si l'écriture présente des signes de fermeté.
L'interprétation de la souplesse (tout autant que de la raideur) ne peut se faire qu'en tenant compte du degré de fermeté.
L'écriture souple et relâchée renverrait ainsi – quant à elle – à un refus de l'effort, à un indice de recours à la facilité. En effet, au niveau graphique, le scripteur se laisse aller à cette souplesse et n'exerce pas suffisamment de contrôle sur son propre geste scriptural.
Lorsque le contrôle du geste graphique augmente, l'écriture peut apparaître plus raide, c'est-à-dire qu'elle offre une certaine résistance à la progression vers la droite et rend la réalisation des courbes moins aisée. Graphologiquement parlant, on ressent un effort qui peut être tendu dans la réalisation des formes des lettres et qui entrave – à des degrés divers – la conduite de l'écriture.
Selon de Gobineau et Perron, le degré de fermeté se cote au moyen de 10 items dont on cherche la présence dans l'écriture : 2 point pour une présence nette, 1 point pour une présence discrète et 0 point pour une absence.
L’indice de raideur s’estime au moyen des propriétés graphiques définies ci-dessous.
Une écriture anguleuse est une écriture au sein de laquelle une série de gestes graphiques enseignés sur le mode de la courbe est transformée afin de présenter un profil plus linéaire. L’angle est un changement subit dans la direction du tracé.
La réalisation graphomotrice d’un angle demande une énergie plus grande car le rythme de l’écriture est interrompu dans son élan afin de changer de direction de manière soudaine.
La transformation des lettres et liaisons normalement curvilignes en traits droits (sans qu’il y ait obligatoirement d’angles) renforce l’aspect raide d’une écriture.
La présence de ces traits droits, des « bâtons » dans l’écriture doit l’être au sein de la zone médiane ainsi que dans les zones extérieures (hampes et jambages).
Si l’écriture présente de manière nette ces traits droits, la cotation 2 s’impose.
Si la prédominance est moins prononcée, il faut coter 1.
Une présence discrète ou une absence de traits droits impliquent de coter 0 à cet item.
Les étayages sont des retours sur un trait déjà effectué de sorte que la lettre ou une partie de la lettre se trouve « doublée ». On remarque une superposition d’un même trait. Ce type de manifestations graphiques est particulièrement fréquent aux bâtons des m, n et des u.
Quelques étayages entraînent une cotation positive (1) de l’item. Une grande fréquence de ceux-ci permet de le coter 2.
S’ils sont rares ou absents, 0.
Les lettres constituant les mots apparaissent comme plus étroites que larges. La norme graphologique nous amène à considérer qu’une lettre telle que le a ou le o peut s’inscrire dans un carré, c'est-à-dire qu’elle est aussi large que haute. Dans le cadre de cet item, elles semblent étirées vers le haut et le bas, privilégiant ces directions au détriment du geste cursif vers la droite.
Trois composantes de l’écriture doivent être observées :
Une attention est donc portée sur la largeur des lettres ainsi qu’à l’espace entre celles-ci.
Notons que ces deux types d’étalement sont souvent concordants : si les lettres sont étroites, l’espace inter-lettre a tendance à être petit. Ceci dit, cette constatation n’est pas systématique et invite à la prudence dans la cotation de cet item.
Nous avons volontairement modifié l’intitulé de l’item original en remplaçant le terme « net » (susceptible d’induire une confusion entre tracé et trait) par celui de « précis ».
Les lettres apparaissent comme particulièrement structurées. Elles sont nettement reconnaissables même en dehors des mots, d’une grande finition, bien différenciées les unes des autres.
On peut retrouver des exagérations dans la fermeture des lettres et des étayages. La ponctuation est placée avec beaucoup de netteté et de précision.
L’extrême consiste en un aspect « charpenté » des lettres, comme si elles étaient dessinées avec soin et minutie.
Si le graphologue constate que cette précision du tracé entrave la progression de l’écriture, il peut coter 1 ou 2 en fonction du degré de construction des lettres.
Si les lettres apparaissent comme identifiables mais sans finition exagérée, l’item sera coté 0 au même titre que toute autre écriture moins construite.
Le mouvement barré dans l’écriture se repère par des arrêts brusques dans le déroulement du graphisme, soit par blocage produisant un blanc, soit par descente brutale d’un bâton non suivie de remontée.
L’écriture (même si elle est énergétique) apparaît comme entravée dans sa progression. Une certaine tension peut caractériser l’écriture à mouvement barré.
On retrouve ainsi des lettres brusquement suspendues, des traits descendants appuyés sans remontée du délié, de larges coupures à l’intérieur des mots, des espaces trop grands entre les mots, des étrécissements brusques, des renversements des finales, des atrophies des signes libres ainsi que tous les modes possibles d’arrêt, de blocage du mouvement.
« L’écriture saccadée est celle dont les lettres sont reliées entre elles par un geste tendu, mal maîtrisé, heurté. Le trait, conduit de façon brusque, procède par à-coups » (Peugeot, Lombart et de Noblens, 1986, p. 174)
Si un de ces deux types de mouvement se retrouve dans l’écriture de manière manifeste, la cotation 2 s’impose.
Une présence occasionnelle, 1. Si les barrages sont rares ou absents, le graphologue cotera 0.
Si cette caractéristique graphique n’est pas sans lien avec la précédente, elle n’est toutefois pas identique.
Selon Peugeot, Lombart et de Noblens (1986, p. 177) :
« L’écriture suspendue est celle qui, soit à l’intérieur du mot soit en fin de mot, laisse en suspend une partie de la lettre, celle-ci ne rejoignant pas la ligne de base ou restant inachevée. Le geste, qu’il soit vertical ou horizontal s’arrête dans sa progression, créant en quelque sorte un trou dans la lettre »
Le tracé étant brusquement interrompu apparaît comme discontinu.
Cet item est coté positivement dans deux cas :
· Les lettres présentent une direction fixe, c'est-à-dire qu’elle sont presque parallèles les unes par rapport aux autres ;
· Les lettres changent brusquement d’inclinaison sous forme de saccades (comme par exemple dans le cas d’une écriture à changements de train).
Si l’on retourne la page, la base des mots présente une série d’angles.
Les lignes et les marges sont rectilignes donnant à la page un aspect mécanique. On ne retrouve pas de légères fluctuations telle qu’elles apparaissent dans la plupart des écritures. La présentation globale du texte semble rigidifiée.
Voici les composantes qui renvoient à la raideur dans l'écriture :
|
Item |
Var. |
Signe graphique |
Note |
|
1 |
|
Prédominance de l'angle |
|
|
2 |
P3(1,2) |
Prédominance du trait droit sur la courbe |
|
|
3 |
|
Etayages |
|
|
4 |
P3(4,5) |
Etroitesse des lettres et des mots |
|
|
5 |
P1a(4,5) |
Tracé très net ou très architectural |
|
|
6 |
P10 |
Mouvement barré ou saccadé |
|
|
7 |
|
Lettres suspendues |
|
|
8 |
P11b(1,2) |
Direction fixe ou cassée des lettres |
|
|
9 |
|
Angle à la base |
|
|
10 |
|
Organisation rigide |
|
|
|
|
Total = |
|
La somme des notes attribuées pour chaque composante permet l'inscription de l'écriture en question dans un barème défini comme suit :
|
II |
III |
IV |
V |
|
|
< 3 |
3 à 7 |
8 à 11 |
12 à 15 |
> 15 |
Pour de Gobineau et Perron, la raideur est un indice essentiellement caractériel, c'est-à-dire en lien avec l'expression de certains traits de personnalité.
La signification générale est celle de la contrainte, de l'effort, d'un défaut d'adaptation et de tension liée à de l'inhibition.
Selon eux, il apparaît que la raideur ne s'oppose pas nécessairement à la souplesse mais bien à la fermeté. En effet, les signes de raideurs semblent exprimer une fermeté mal gérée voire extrême.
D'un point de vue général, de la raideur peut être constatée lorsque le scripteur s'applique (par exemple, pour une lettre délibérément soignée ou dans le cas d'un enfant qui n'a pas encore parfaitement intégré le geste scriptural).
Voici les objectifs que nous nous fixons dans cette présente recherche :
Compte tenu de notre démarche de recherche, la constitution d’un échantillon suffisamment grand nous a semblé importante.
Notre échantillon total est composite. En effet, l'origine des protocoles peut être définie ainsi :
|
1. Documents manuscrits de sujets "tout venant" (n = 65)
|
|
3.
Documents manuscrits issus de demandes d'analyses graphologiques (n = 135) |
|
4.
Documents manuscrits de sujets incarcérés (n = 10) |
|
2. Dont 20 tirés au hasard
|
|
|
Sous-échantillon 1 :
Il a été choisi de présenter le projet de l’étude à toute personne susceptible d’être intéressée et de proposer un rendez-vous collectif en vue de soumettre le protocole de passation. Ce protocole se composait d'une image représentant des personnages, d'une feuille blanche de format A4 sur laquelle les sujets devaient écrire une histoire à partir de l'image ainsi que le questionnaire du NEO PI-R sous sa forme auto-évaluative.
Une feuille d'invitation a donc été largement distribuée par courriers électroniques afin de toucher toute personne volontaire.
Des rendez-vous collectifs ont donc été prévus dans une commune de Bruxelles. Tous les sujets étaient donc volontaires et l’anonymat pouvait leur être garanti s’ils le désiraient.
Cette question de l’anonymat nous semblait importante afin d’encourager une certaine « liberté de réponse » visant à diminuer les effets de désirabilité sociale éventuels au cours de la passation.
Pour ces 65 sujets, nous disposons donc de l'écriture et des réponses au NEO PI-R.
Sous-échantillon 2 :
Le but de ce sous échantillon est de tester la fiabilité inter-juges des variables qui nous intéressent. Selon nous, vingt écritures suffisaient pour l'évaluation. Elles ont été soumises à quatre graphologues chargés de les évaluer à l'aide des trois échelles de fermeté, de souplesse et de raideur. Une cinquième personne fut chargée de rassembler les 4 x 20 protocoles, de les encoder et d'analyser les coefficients de concordance.
Les graphologues ne disposaient ni du sexe, ni de l'âge ni d'aucune information d'ordre biographiques concernant les sujets.
Sous-échantillon 3 :
Il s'agit de la plus grande partie de notre échantillon. Celui-ci est constitué d'écriture diverses qui furent envoyées à des graphologues en vue d'analyses. Il s'agit autant de lettres que de textes libres. Cet échantillon de convenance avait deux avantages majeurs à nos yeux : facilité d'accès et hétérogénéité des sources. Cette hétérogénéité est susceptible de neutraliser les biais d'un échantillonnage systématique. Ce sous-échantillon nous a paru pertinent dans l'établissement de normes.
Sous-échantillon 4 :
Il s'agit ici d'un sous-échantillon particulier qui était à notre disposition. Il s'agit de sujets exclusivement masculins, en détention lors de la récolte des données. Nous disposions de leurs réponses au NEO PI-R ainsi que d'un récit manuscrit suscité par la même image que celle présente au sous-échantillon 1.
Ces dix sujets seront retenus dans les analyses de fiabilités internes et de validités externes mais écartés de la phase de standardisation des variables.
Remarques :
Nous avons conscience que notre échantillon global (n=210) ne s'avère pas représentatif de la population. Notre but est d'observer les covariations de nos variables. De ce point de vue, l'hétérogénéité de notre échantillon serait plutôt un avantage qu'un inconvénient.
En ce qui concerne notre effort de standardisation, nous espérons obtenir une première estimation de valeurs normatives éventuelles. Celles-ci pourront être corrigées par la suite, le cas échéant.
La fiabilité des échelles a été estimée en deux temps :
Premier temps :
Quatre graphologues ont cotés les vingt écritures du sous-échantillon 2.
Chaque item a été coté 0 s'il ne se retrouvait pas dans l'écriture, 1 s'il était relativement présent en 2 s'il l'était nettement.
La sommation de ces cotes produisait une note chiffrée estimant les degrés de fermeté, de souplesse et de raideur de l'écriture[5].
Le coefficient de concordance W de Kendall fut calculé pour chaque échelle et chaque item.
Furent également calculées les corrélations de chaque item avec le score total de l'épreuve.
Lors de cette première étape, nous avons convenu d'éliminer ou de modifier les items dont l'évaluation était problématique et/ou qui corrélaient négativement avec le score total de l'échelle.
Ne furent retenus dans les étapes ultérieures de la recherche que ceux qui satisfaisaient au deux conditions susmentionnées.
Seconde étape :
Les échelles épurées des items problématiques furent appliquées aux 210 écritures.
La consistance interne des trois échelles est évaluée à l'aide d'une approche des composantes principales (afin de tester la notion d'unidimensionnalité), du coefficient α de Cronbach (1951), du modèle de Rasch[6] (Rasch, 1960) et d'une analyse des covariances des différents items.
Les scores obtenus à chaque item ainsi qu'aux trois échelles font l'objet d'une observation. Les statistiques descriptives permettent de constater les tendances générales des scores et de discuter les propriétés psychométriques des échelles. Celles-ci déterminent le type de normes que nous pourrions proposer.
Ce point de notre recherche justifierait une étude à elle seule. Cette exploration sera par conséquent superficielle et pourrait être approfondie de manière plus minutieuse par la suite.
Une corrélation sera calculée entre chaque variable graphologique et chaque variable du NEO PI-R. 75 sujets sont concernés par cette démarche.
Les corrélations significatives seront pointées ainsi que la taille de l'effet.
Les traitements statistiques ont été effectués à l'aide des logiciels SPSS version 12.0 et RASCAL 3.5 (Assessment System Corporation, 1992).
Rappelons que notre échantillon diffère parfois en fonction de la question que nous nous posons.
Voici les résultats concernant nos 210 sujets.
|
Concernant le sexe : |
· 41% de femmes · 59% d'hommes |
Cette plus grande proportion d'hommes est susceptible de poser un problème dans l'établissement des normes. Nous devrons nous demander si la variable "sexe" est susceptible d'avoir un effet sur les variables graphologiques que nous étudions.
Concernant l'âge :
|
|
Notons d'emblée que l'âge de 19 de nos sujets nous est inconnu. Les statistiques sont donc calculées sur 191 sujets. Nous trouvons une forte représentativité de personnes âgées de vingt à trente ans. L'âge le plus représenté (mode) est 30 ans et la moyenne est estimée à 38 ans. Notons que l’âge moyen des hommes[7] et des femmes[8] n’est pas significativement différent[9]. |
La première question que nous nous sommes posée était celle-ci : après avoir précisé les définitions de chaque item, étions-nous encore d'accord lors de la cotation des écritures ?
Vingt mêmes écritures furent cotées par quatre personnes différentes de manière indépendante.
Pour estimer le degré d'accord entre les quatre évaluateurs, nous avons eu recours au W de Kendall. Voici sa valeur ainsi que la signification statistique obtenues pour chaque item des échelles de fermeté (F), de souplesse (S) et de raideur (R) :
Valeurs de W pour F et ses items :
|
Item |
Signe graphique |
W |
|
|
1 |
Pression forte et régulière |
,505 |
p < ,005 |
|
2 |
Trait net |
,399 |
p < ,047 |
|
3 |
Trait sans retouche |
,567 |
p < ,001 |
|
4 |
Trait foncé en relief |
,642 |
p < ,001 |
|
5 |
Courbes et traits droits exécutés d’une main sûre |
,701 |
p < ,001 |
|
6 |
Lettres normalement structurées |
,581 |
p < ,001 |
|
7 |
Lettres de la zone médiane plus hautes que larges |
,728 |
p < ,001 |
|
8 |
Dimension moyenne |
,519 |
p < ,003 |
|
9 |
Mots de contour bien structurés et de bonnes proportions |
,595 |
p < ,001 |
|
10 |
Bonne organisation de la page |
,727 |
p < ,001 |
|
11 |
Mouvement dynamique |
,564 |
p < ,001 |
|
12 |
Régularité de dimension |
,606 |
p < ,001 |
|
13 |
Régularité de direction des lettres |
,692 |
p < ,001 |
|
14 |
Constance de l’écriture |
,602 |
p < ,001 |
|
15 |
Degré de liaison moyen |
,539 |
p < ,002 |
|
|
Total = |
,878 |
p < ,001 |
Tous les items de F semblent avoir fait l'objet d'un accord suffisant entre les quatre juges.
Par conséquent, le score total obtenu pour F est significativement similaire d'un juge à l'autre. En fait, les écritures sont rangées plus ou moins dans le même ordre pour tous les juges.
Notons toutefois que l'item 2 fait l'objet d'un accord mois évident que les autres.
Ne l'éliminons pas d'emblée mais gardons-le à l'œil.
Valeurs de W pour S et ses items :
|
Item |
Signe graphique |
W |
|
|
1 |
Petites guirlandes sans profondeur |
,784 |
p < ,001 |
|
2 |
Liaisons combinées |
,769 |
p < ,001 |
|
3 |
Dextrogyrité |
,639 |
p < ,001 |
|
4 |
Trait vif |
,627 |
p < ,001 |
|
5 |
Trait polymorphe |
,421 |
p < ,030 |
|
6 |
Courbes légères |
,355 |
p < ,104 |
|
7 |
Direction légèrement irrégulière des lettres |
,397 |
p < ,049 |
|
8 |
Forme de lettres différente |
,595 |
p < ,001 |
|
9 |
Formes fines des lettres |
,594 |
p < ,001 |
|
10 |
Courbes à la base |
,592 |
p < ,001 |
|
|
Total = |
,722 |
p < ,001 |
A l'exception d'un item, l'estimation des variables a fait l'objet d'un accord au seuil .05. Cependant, ce seuil nous paraît trop peu exigent. Les valeurs obtenues nous permettent de reconnaître les items 5, 6 et 7 comme relativement problématiques. Ils devront être soit précisés, soit supprimés.
Valeurs de W pour R et ses items :
|
Item |
Signe graphique |
W |
|
|
1 |
Prédominance de l'angle |
,390 |
p < ,055 |
|
2 |
Prédominance du trait droit sur la courbe |
,538 |
p < ,002 |
|
3 |
Etayages |
,502 |
p < ,005 |
|
4 |
Etroitesse des lettres et des mots |
,707 |
p < ,001 |
|
5 |
Tracé très net ou très architectural |
,586 |
p < ,001 |
|
6 |
Mouvement barré ou saccadé |
,411 |
p < ,037 |
|
7 |
Lettres suspendues |
,498 |
p < ,006 |
|
8 |
Direction fixe ou cassée des lettres |
,450 |
p < ,017 |
|
9 |
Angle à la base |
,484 |
p < ,008 |
|
10 |
Organisation rigide |
,460 |
p < ,014 |
|
|
Total = |
,562 |
p < ,001 |
A nouveau, la plupart des items font l'objet d'un accord satisfaisant. Toutefois, quatre d'entre eux peuvent être reconnus comme problématiques : le 6, le 8, le 10 et surtout le premier. En fonction de données supplémentaires, nous envisagerons soit leur révision, soit leur suppression.
L'étude des corrélations entre chaque item et le score total de l'épreuve s'est effectuée sur base des vingt écritures analysées. Nous avons recouru au coefficient par rangs de Spearman.
L'effectif réduit ne nous permet qu'une évaluation grossière des corrélations, mais nous souhaitons éliminer des échelles les items ne corrélant pas suffisamment avec le score total. Notre but était d'épurer les échelles de variables visiblement indépendantes du facteur sous-jacent.
En ce qui concernant l'échelle de Fermeté :
|
|
F1 |
F2 |
F3 |
F4 |
F5 |
F6 |
F7 |
F8 |
F9 |
F10 |
F11 |
F12 |
F13 |
F14 |
F15 |
|
F |
,52 |
,16 |
,48 |
,64 |
,73 |
,50 |
,31 |
,07 |
,56 |
,50 |
,46 |
,60 |
,68 |
,62 |
,40 |
A première vue, deux variables s'avèrent peu corrélées avec le score total : il s'agit de l'item F2 et de l'item F8.
Notons que l'item F2 faisait l'objet d'un accord plus faible que les autres au niveau de la cotation. Concernant F8, nous pourrions parler d'indépendance avec le score F.
En ce qui concernant l'échelle de Souplesse :
|
|
S1 |
S2 |
S3 |
S4 |
S5 |
S6 |
S7 |
S8 |
S9 |
S10 |
|
S |
,70 |
,82 |
,75 |
,71 |
,63 |
,66 |
,48 |
,73 |
,74 |
,36 |
A première vue, les corrélations obtenues ne nous permettent pas d'éliminer un item qui apparaîtrait comme éminemment problématique. Chaque item est corrélé (positivement) avec le score total de l'échelle.
En ce qui concernant l'échelle de Raideur :
|
|
R1 |
R2 |
R3 |
R4 |
R5 |
R6 |
R7 |
R8 |
R9 |
R10 |
|
R |
,68 |
,76 |
,48 |
,45 |
,45 |
,62 |
,21 |
,40 |
,63 |
,34 |
L'item R7 nous apparaît particulièrement faible et pourrait être enlevé de l'échelle. R10 avait été considéré comme "limite" en ce qui concernant l'accord inter-juges. Il est faiblement lié au score total de l'échelle.
Les deux approches statistiques que nous venons d'effectuer sur nos trois échelles peuvent apparaître comme quelque peu sommaires et superficielles, mais elles visaient à épurer lesdites échelles des items trop peu adaptés. Les études plus approfondies auront lieu dans la deuxième étape, impliquant un plus grand nombre de sujets.
Quelles modifications avons-nous apportées aux échelles ?
Nous nous sommes d'abord attelés au plus mauvais score de tous ceux que nous avions obtenus : le peu de consensus sur la notion d'angularité de l'écriture. Nous avons été surpris de ce constat et avons tenu à trouver une solution.
Nous avons tenté de définir plusieurs "indices d'angularité". Les résultats furent peu convaincants pour la plupart d'entre eux.
Nous sommes toutefois parvenus à créer une variable approchant le concept d'angularité et qui faisait l'objet d'un accord entre différents évaluateurs.
Nous avons créé la variable suivante, en remplacement de la variable R1.
Une écriture anguleuse est une écriture au sein de laquelle une série de gestes graphiques enseignés sur le mode de la courbe est transformée afin de présenter un profil plus linéaire. L’angle est un changement subit dans la direction du tracé.
La réalisation graphomotrice d’un angle demande une énergie plus grande car le rythme de l’écriture est interrompu dans son élan afin de changer de direction de manière soudaine.
de Gobineau et Perron (1954) avaient choisi d’estimer une variable globale de l’angularité qu’ils avaient intitulée « prédominance de l’angle ». Notre approche de cette variable nous a toutefois confronté à une difficulté méthodologique : l’accord inter-juges n’était pas satisfaisant. La recherche d’un indice renvoyant à cette caractéristique de l’écriture et permettant aux juges d’être d’accord sur sa valeur ont mené à l’observation de la lettre « m », déjà évoquée par de Gobineau et Perron (1954). Cette lettre est susceptible de révéler de manière plus au moins claire la prédominance de l’angle dans une écriture.
Nous avons décidé de créer un indice rapide à calculer et permettant une estimation chiffrée de l’angularité : la fréquence de « m en angle ».
Le « m » en angle est un « m » dont les sommets arrondis de l’écriture dite scolaire ont été effectués par un changement subit de direction. Les arcades de l’écriture scolaire présentent ainsi une apparence anguleuse.
Sont également considérés comme anguleux les « m » en guirlande dont la base présente aussi des changements subits de direction qui suppriment l’arrondi.
Notons qu’un changement de direction obtenu par superposition du trait sur lui-même n’est pas un angle.
L’indice est calculé de la sorte :
[nombre de « m » anguleux] / [10 premiers « m » du texte]
L’indice varie de 0 à 1.
Le choix de 10 nous a paru suffisant. En effet, ayant calculé la valeur de l'indice pour tous les « m » d'une feuille A4, celle-ci est très proche de celle pour les 10[10].
Pratiquement parlant, l’estimation de l’indice revient à compter le nombre de « m » reconnus comme étant anguleux parmi les dix premiers « m » du texte.
|
Remarques : |
· Les « m » majuscules ne doivent pas être retenus dans le calcul de l’indice. · Si le texte ne contient pas suffisamment de « m », il s’agit alors de diviser le nombre total de « m anguleux » par le nombre total de « m »[11]. · Deux sommets[12] ou bases[13] anguleux suffisent pour considérer un « m » comme anguleux. · Dans certains cas, la distinction entre un angle émoussé et une courbe est difficile à établir. Le critère différentiel reste le changement subit de direction. |
|
Valeurs de l’indice « m » anguleux |
Cotation |
Pourcentages[14] |
|
m ≤ 0.4 |
0 |
80% |
|
0.4 < m ≤ 0.6 |
1 |
10% |
|
m > .06 |
2 |
10% |
Cet indice fut évalué par trois juges pour les vingt écritures. Le coefficient de concordance W de Kendall fut égal à ,70847 (p=.003).
La corrélation entre la valeur de l'indice et le score R fut égale à .5 (significative à .5)
Ces valeurs nous sont apparues comme acceptables.
Voici une synthèse des modifications que nous avons apportées à la première version des échelles.
|
F |
S |
R |
|
· Suppression des items F2 et F8, tous deux étant peu corrélés avec le score total de l'échelle |
· Suppression de l'item S6 qui faisait l'objet de mauvais accord inter-juges. · Amélioration de la définition des items S5 et S7. Des exemples illustrés sont susceptibles d'avoir amélioré sensiblement l'accord entre les juges. |
· Redéfinition de l'item R1 · Suppression de l'item R7, peu corrélé avec le score total de l'échelle. · Suppression de l'item R10, faiblement corrélé avec R et présentant un accord inter-juges peu satisfaisant à nos yeux |
Ces modifications ont induit la création de trois nouvelles grilles d'évaluation. Les numéros des items ne correspondent plus nécessairement aux numéros de la version précédente[15].
Voici la présentation de la deuxième version des échelles de fermeté, de souplesse et de raideur.
Degré de fermeté :
|
Item |
Signe graphique |
Note |
|
F1 |
Pression forte et régulière |
|
|
F2 |
Trait sans retouche |
|
|
F3 |
Trait foncé en relief |
|
|
F4 |
Courbes et traits droits exécutés d’une main sûre |
|
|
F5 |
Lettres normalement structurées |
|
|
F6 |
Lettres de la zone médiane plus hautes que larges |
|
|
F7 |
Mots de contour bien structurés et de bonnes proportions |
|
|
F8 |
Bonne organisation de la page |
|
|
F9 |
Mouvement dynamique |
|
|
F10 |
Régularité de dimension |
|
|
F11 |
Régularité de direction des lettres |
|
|
F12 |
Constance de l’écriture |
|
|
F13 |
Degré de liaison moyen |
|
|
|
Total = |
|
Degré de Souplesse :
|
Item |
Signe graphique |
Note |
|
S1 |
Petites guirlandes sans profondeur |
|
|
S2 |
Liaisons combinées |
|
|
S3 |
Dextrogyrité |
|
|
S4 |
Trait vif |
|
|
S5 |
Trait polymorphe |
|
|
S6 |
Direction légèrement irrégulière des lettres |
|
|
S7 |
Forme de lettres différente |
|
|
S8 |
Formes fines des lettres |
|
|
S9 |
Courbes à la base |
|
|
|
Total = |
|
Degré de Raideur :
|
Item |
Signe graphique |
Note |
|
1 |
"m" en angle |
|
|
2 |
Prédominance du trait droit sur la courbe |
|
|
3 |
Etayages |
|
|
4 |
Etroitesse des lettres et des mots |
|
|
5 |
Tracé très net ou très architectural |
|
|
6 |
Mouvement barré ou saccadé |
|
|
7 |
Direction fixe ou cassée des lettres |
|
|
8 |
Angle à la base |
|
|
|
Total = |
|
La cohérence interne de chaque échelle a été calculée à partir de l'effectif total (n=210).
|
Alpha de Cronbach |
|
,758 |
Cette valeur de l'α de Cronbach peut être qualifiée de satisfaisante. Cependant, elle ne permet pas d'affirmer l'unidimensionnalité (Cortina, 1993) de l'échelle qui doit être testée à l'aide d'une analyse factorielle. Une telle analyse nous permet de constater que trois composantes expliqueraient près de la moitié de la variance totale (respectivement, 37% pour le premier facteur[16], 13% pour le deuxième[17] et 9% pour le troisième).
Au vu de ces résultats, il nous est possible de supposer qu'il existe une seule composante principale qui renvoie à une certaine unidimensionnalité de cette échelle.
Voici les caractéristiques de chaque item :
|
Item |
Difficulté |
Ecart type |
Corrélation avec F |
Nous constatons que les items ont des difficultés[18] variables. La caractéristique graphique la plus souvent repérée parmi nos 210 écritures est le "trait sans retouches" (F2) et la moins représentée, le "mouvement dynamique" (F9). Chaque item semble varier de manière plus ou moins similaire. La corrélation entre l'item et le score F a été calculée avec le coefficient Rhô de Spearman. Toutes les corrélations sont significatives à .01. L'item F9 "freine" quelque peu l'échelle mais pourrait être retenu pour discriminer les écritures très fermes. |
|
F1 |
,36 |
,799 |
,413 |
|
|
F2 |
,72 |
,781 |
,557 |
|
|
F3 |
,41 |
,776 |
,531 |
|
|
F4 |
,63 |
,788 |
,713 |
|
|
F5 |
,60 |
,761 |
,427 |
|
|
F6 |
,38 |
,847 |
,385 |
|
|
F7 |
,50 |
,761 |
,486 |
|
|
F8 |
,50 |
,735 |
,524 |
|
|
F9 |
,17 |
,596 |
,319 |
|
|
F10 |
,44 |
,791 |
,518 |
|
|
F11 |
,54 |
,795 |
,617 |
|
|
F12 |
,79 |
,609 |
,471 |
|
|
F13 |
,56 |
,808 |
,478 |
L'hypothèse d'unidimensionnalité nous permet en outre d'approcher nos données à l'aide d'un modèle de réponse à l'item (Rasch, 1960). Celui-ci nous permet d'estimer l'information que nous procure notre échelle pour chaque niveau de fermeté supposée (θ).
RASCAL 3.5 (Assessment System Corporation, 1992) estime les paramètres pour chaque item[19] : Scaled
Item Difficulty
Std. Error Chi
Sq. df Diff
---- ----------
----------
------- ---- ------
F1
0.662
0.186
17.961 11
106
F2
-1.490
0.164
7.512 11
86
F3
0.597
0.184
8.722 11
105
F4
-0.740
0.160
14.431 11
93
F5
-0.429
0.162
9.984 11
96
F6
0.326
0.176
9.802
11 103
F7
0.240
0.174
20.310 11
102
F8
0.297
0.175
14.057 11
103
F9
2.131
0.276
12.266 11
119
F10
0.384
0.177
10.017
11 103
F11
-0.157
0.166
9.350 11
99
F12 -1.490 0.164 10.226 11 86
F13 -0.331 0.163 27.512 11 97
Les items les plus souvent repérés sont F2 et F12. Il s'agit des items les plus "faciles". L'item le plus "difficile" est F9, c'est-à-dire qu'il est moins fréquemment repéré au sein des écritures.
Le χ² estime le degré d'ajustement au modèle. Compte tenu du nombre de sujets, ces valeurs sont relativement bonnes.
Un schéma permet de représenter la qualité différentielle de l'échelle pour différents niveaux du concept approché.
ITEM BY
PERSON DISTRIBUTION MAP
Numbers of
ITEMS
PERSONS
Items / People
+ -4.0
+
0 / 0
|
-3.8 |
0 / 0
| -3.6
|
0 / 0
| -3.4
|
0 / 0
| -3.2
|
0
/ 0
+ -3.0
+
0 / 0
| -2.8
|##########
0 / 21
| -2.6
|
0 / 0
|
-2.4 |
0 / 0
| -2.2
|
0 / 0
+ -2.0
+############
0 / 24
| -1.8 |
0
/ 0
| -1.6
|
0 / 0
###############| -1.4
|################
2 / 32
| -1.2
|
0 / 0
+ -1.0
+#################
0 / 35
########| -0.8
>|
1 / 0
| -0.6
|#########
0 / 19
###############| -0.4
|
2 / 0
########| -0.2
|##########
1 / 20
+< 0.0
+
0 / 0
###############| 0.2
|########
2 / 16
###############| 0.4
|
2 / 0
###############| 0.6
|#######
2 / 14
| 0.8
|
0 / 0
+ 1.0
+#####
0 / 10
| 1.2
|
0 / 0
| 1.4
|###
0 / 6
| 1.6
|
0 / 0
| 1.8
|
0 / 0
+ 2.0
+#
0 / 2
########| 2.2
|
1 / 0
| 2.4
|
0 / 0
| 2.6
|
0 / 0
| 2.8
|
0 / 0
+ 3.0
+
0
/ 1
| 3.2
|
0 / 0
| 3.4
|
0 / 0
| 3.6
|
0 / 0
| 3.8
|
0 / 0
+ 4.0
+
0 / 0
+----+----+----+----+--------+----+----+----+----+
20 15
10
5
5 10 15 20
Percent
of
Percent of
Items Examinees
Ce schéma nous permet de constater que beaucoup de nos items discriminent relativement bien les niveaux moyens du θ sous-jacent. La réduction de notre échelle en cotation 0 ou 2 induit cependant une perte de sensibilité aux niveaux bas et élevés. Il serait intéressant d'inclure des items de difficulté -2 et +1. Dans notre cas de figure, il est malheureusement difficile de créer de tels items. Ceci pourrait faire l'objet d'une recherche à part entière.
En ce qui concerne la courbe d'information de notre échelle, elle se présente ainsi :
3.0 +
|
| *****
| *** ***
I | ** *
n | * **
f | ** *
o | * *
r | * **
m | * *
a 2.0 + ** *
t | * *
i | * *
o | * *
n
|
*
*
|
*
**
|
*
*
|
*
*
|
**
*
|
*
**
1.0
+
*
*
|
**
**
| **
**
|
|
|
|
|
|
|
|-+---------+---------+---------+---------+---------+---------+-
-3.0 -2.0
-1.0
0.0 1.0
2.0 3.0
Ability
Test
characteristics:
Estimated
Expected Average
Reliability Information Information
0.698 2.413 1.861
Nous constatons que notre échelle (aux items à deux niveaux) offre un niveau d'information moindre pour des écritures très fermes ou qui le sont très peu. Cela concerne toutefois une proportion plus faible de cas. Nous pouvons supposer que la cotation à trois niveaux (0, 1 ou 2) apporte une sensibilité plus fine.
L'échelle de fermeté, compte tenu de sa nature (les items renvoient à un même concept sous-jacent mais s'avèrent fort différents les uns des autres), peut être considérée comme relativement fiable d'un point de vue interne.
Avant d'approcher les caractéristiques de cette échelle, il nous faut faire un léger détour par une sous-échelle qui permet d'estimer la cotation de S3.
Six items permettent d'estimer la "dextrogyrité" d'une écriture. Cette sous-échelle est-elle unidimensionnelle et fiable d'un point de vue interne ?
Une analyse des composantes principales effectuée nous permet de constater qu'une seule composante explique 55% de la variance totale du score à ces six items et que ceux-ci saturent la composante à raison de .64 (pour la saturation la plus basse) à .86 (pour la plus élevée). L'α de Cronbach pour la sous-échelle "dextrogyrité" est égal à .84, ce qui nous semble satisfaisant.
A nouveau, nous effectuons une analyse factorielle afin de tester l'unidimensionnalité de cette échelle. Voici la matrice des composantes que nous obtenons :
|
|
Composante |
||
|
135% |
2 13% |
3 12% |
|
|
S1 |
,608 |
,459 |
-,119 |
|
S2 |
,609 |
-,396 |
,183 |
|
S3 |
,771 |
,339 |
,018 |
|
S4 |
,711 |
-,242 |
-,310 |
|
S5 |
,477 |
-,502 |
-,020 |
|
S6 |
,421 |
-,089 |
,308 |
|
S7 |
,620 |
-,316 |
,246 |
|
S8 |
,702 |
,385 |
-,380 |
|
S9 |
,204 |
,363 |
,791 |
Méthode d'extraction : Analyse en composantes principales.
a 3 composantes extraites.
Comme nous pouvons le voir, un facteur principal peut être dégagé, facteur qui explique 35% de la variance totale de l'échelle. Cependant, deux autres facteurs expliquent plus de 10% de cette variance.
L'item S9 semble appartenir à un autre facteur, à un autre groupe conceptuel que les autres items. Il pourrait dès lors apparaître pertinent de le supprimer de l'échelle de souplesse.
La valeur de l'α s'avère d'ailleurs sensible à la présence ou à l'absence de cet item :
|
α de l'échelle souplesse avec S9 |
α de l'échelle souplesse sans S9 |
|
.74 |
.77 |
Si nous éliminons l'item S9, l'alpha de Cronbach nous paraît satisfaisant.
Le facteur 2 nous intrigue. A quoi renvoie-t-il ? Certains items corrèlent négativement avec lui. Les caractéristiques graphiques incriminées ne nous permettent pas de saisir l'éventuel concept sous-jacent, du moins à première vue. Ce point pourrait être creusé ultérieurement.
Gardons ce deuxième facteur à l'œil, mais rappelons-nous qu'il n'explique guère qu'un peu plus de 10% de la variance.
Prenons le parti de supposer une unidimensionnalité de notre échelle (exemptée de S9).
Cette unidimensionnalité nous permet de prendre en considération la valeur α obtenue et d'approcher nos données avec la méthode de Rasch[20] que nous avons appliquée précédemment à l'échelle de fermeté.
Analysons à présent les paramètres de chaque item (de S1 à S8).
|
Item |
Difficulté |
Ecart type |
Corrélation avec S[21] |
Difficulté (RASCAL) |
χ² |
|
S1 |
,13 |
,577 |
,50 |
1.320 |
9.275 |
|
S2 |
,28 |
,781 |
,60 |
-0.006 |
7.356 |
|
S3 |
,26 |
,784 |
,69 |
-0.038 |
9.870 |
|
S4 |
,40 |
,805 |
,71 |
-0.482 |
7.690 |
|
S5 |
,39 |
,766 |
,54 |
-0.213 |
13.545 |
|
S6 |
,50 |
,783 |
,49 |