Zigomar et ses agents se mirent aussitôt à l’oeuvre. Parmi eux, citons Amand René (dit Adélaïde), Gilmant Edouard (dit Astrid), Ballez Georges (dit Luc), Ballez Maurice, l’abbé Angello Gardella (dit Pierre), Tournay Achille, Ochin Simone (dite Sim), Musy Jeanne-Marie (dite Dolly), Destrée Marcel, Delfosse Clément ; les agents secondaires : Marcelle Tromont, Michèle Bernier, Odette Helle, Jules Dieu, Marcel Parent, Georges Gorez, Charles Descamps, René Classens, Jean-Marie Pavot, Roger Malaquin...

Diverses notes et instructions leur étaient communiquées. 
Nous en avons retenu quelques-unes :

«Trains transportant les V I : en dehors des trains de la série 158.2000, il semble exister une série apparentée 158.2190 qui eux aussi sont formés de wagons bacs transportant des caisses à contenu inconnu. Quiconque a connaissance du passage de ces trains est prié de nous en avertir d’urgence. Tous détails nous intéressent tant au point de vue contenu que parcours, à l’origine et à destination. Pour gouverne, il semble que la voie d’emprunt passe par Bruxelles-Givet.»

«A tous les agents : on nous signale à Montigny-St-Christophe la construction de rampes d’envol pour torpilles volantes plongeant plusieurs mètres sous terre. Pour gouverne, la rampe normale constitue un tunnel bétonné d’environ 50 m. Il se peut qu’il y ait des variantes intéressantes. Auriez-vous l’obligeance de vous assurer pour ce qui est de Montigny-St-Christophe et éventuellement ailleurs. Source : ouvriers».

«Note de service 4411 : certains groupes fournissent des rapports sur le nombre de pains fournis journellement aux effectifs cantonnés dans leur secteur. Comme ceci constitue un excellent moyen d’estimer l’effectif total des unités, il serait nécessaire de généraliser l’emploi de la méthode. Il y aurait donc lieu de faire l’impossible pour nous procurer ces données. On obtient celles-ci aux boulangeries militaires dans lesquelles travaillent bien souvent des civils. Il y aurait aussi lieu de nous donner l’étendue de la région intéressée par une fourniture déterminée de pains ainsi que les rations homme-jour.»

Lesur Adolphe

J. Pottiez était également en liaison avec Adolphe Lesur qui a accompli un travail considérable.
En effet, sur la demande de son camarade Gotte, Lesur n’hésita pas à former un groupement de Résistance au sein même de la Société Escaut-Meuse. Il recruta Jean Decarpentrie de Saint-Saulve, son premier employé du laboratoire des essais. Lesur facilita alors les réunions des membres en mettant son bureau à leur disposition.
En septembre 1943, l’activité à Escaut-Meuse devenant importante, sur l’impulsion de Janssen (celui-ci avait envoyé le premier message à Londres pour obtenir les affectations), Decarpentrie, devenu Jean Danet, demanda à Lesur, malgré ses trois enfants, de faire partie du groupe «Armée Bleue de France». Son adhésion fut immédiate. Il eut pour mission de déterminer les emplacements fortifiés, les dépôts de munitions, les P.C. avec effectifs dans les régions de Sebourg, Wargnies-le-Petit, Jenlain, Curgies, Saultain, Marly, Haspres...
Immédiatement dans l’action, Lesur communiqua les emplacements des batteries de D.C.A. installées dans les fortins, avec plans et croquis détaillés des travaux effectués par les Allemands, les angles de tir et la nature des pièces.
Il donna des renseignements sur les travaux effectués au terrain d’aviation de Prouvy, en signalant les emplacements des dépôts d’essence et de munitions sur la rive droite en direction de Denain. Il traça le plan des communications ferroviaires de la région de Valenciennes. Ce schéma fut l’un des derniers avant l’arrestation de Jean Danet, le 16 novembre 1943 à 4 heures du matin par la Gestapo. Tous les documents en possession de Lesur au bureau des essais et dans celui de Decarpentrie furent détruits par lui-même. 

Des émissions clandestines : Pszczolinski

Parmi les contacts de Zigomar, nous devons citer un capitaine-aumônier d’origine polonaise, Pszczolinski.
Ce capitaine assura l’installation de postes émetteurs de T.S.F. dans les régions de Valenciennes, Anzin, Beuvrages et Vicoigne. Par ces voies, il transmettait un nombre considérable de messages d’une valeur de tout premier ordre pour les Alliés. Les renseignements étaient puisés dans les milieux de la résistance française, polonaise et belge.
Ce chef effectuait aussi des transports périlleux de tracts et d’armes. Traqué à trois reprises, il fut obligé de chercher refuge une première fois dans le Pas-de-Calais, la seconde au Vert-Gazon à Valenciennes, chez Dubuffet.
Parmi ceux qui aidèrent, certains encoururent de gros risques, comme Dubuffet, industriel, qui mit à sa disposition son importante propriété du Vert-Gazon, où était installé un poste émetteur. Ayant une résidence à Quiévrain, Dubuffet lui servit aussi d’agent d’informations et de renseignements. Grâce à ce concours, M. Lacroix (pseudonyme du capitaine Pszczolinski) fut soustrait aux recherches de la Gestapo.

La liaison se faisait en outre avec Lor, de Quiévrain, décoré de la croix de guerre anglaise et qui faisait partie de l’Intelligence Service en 1918. Quiévrain, grand centre de résistance et de patriotisme fit subir aux Allemands 36 sabotages dans la gare et plus de 100 dans les environs. Des centaines de prisonniers civils et militaires de nationalité française, belge, polonaise, russe, ainsi que de nombreux parachutistes furent remis en France par les soins des patriotes de Quiévrain, avec l’aide des douaniers belges et français et celui de Stanislas Krol, de Crespin (agent de liaison entre la Belgique, la Hollande et la France), qui s’intéressait spécialement au sort des évadés polonais.


Le plan du dépôt de munitions
de Raismes Saint-Amand

Le concierge du Vert-Gazon, Franciszek Cholew, contribua lui aussi au service de renseignements en visitant les champs d’aviation, les gares, etc. Le capitaine Pszczolinski fut aussi aidé par bon nombre de personnes de la région, notamment Emile Pinoy, rue Ernest Renan, à Saint-Denis, chef de la Résistance dans la région parisienne ; par Maître Copin, avocat, vice président de la municipalité de Valenciennes, qui put donner des conseils et des renseignements de la plus haute importance ; par le commandant Plaisant, de la gendarmerie du Nord, à Lille, à qui Dubuffet signalait les personnes suspectes qui franchissaient la frontière de septembre 1939 à mai 1940, après s’être battu avec ses vaillants gendarmes à Boulogne pendant trois jours et à qui l’ennemi rendit les honneurs de la guerre, après seize mois de captivité en Allemagne. Plaisant revint et fut pour Dubuffet un précieux informateur sur les mouvements de troupes, le personnel et les agents de la Gestapo.
Le capitaine-aumônier polonais avait aussi chez lui une imprimerie clandestine qui sortit jusqu’à 10.000 tracts de propagande alliée sur une journée...
Parmi ses collaborateurs directs, signalons le lieutenant Leszek-Czaplenwski, parachuté en juin 1942, chef de la résistance polonaise des régions de Valenciennes-Douai ; le sergent-chef Grzegorzewsk-Wichura, aide de camp du chef de la résistance polonaise ; le lieutenant Krala-Lampart, parachuté en mai 1943, instructeur d’armes et explosifs ; le lieutenant Raszka-Kruk, parachuté en mai 1943, instructeur de sabotage et géomètre-dessinateur; le sous-lieutenant Dab-Malustri, parachuté en février 1943, officier émetteur ; l’aspirant Wojtczak Polikerp, prisonnier de guerre, évadé en mai 1942. Ce fut par les soins de ce dernier, avec l’aide de son frère César, que les postes émetteurs de Valenciennes, Anzin, Beuvrages et Vicoigne étaient transportés et installés. Une station fonctionnait chez eux.
Champ d’aviation d’Epinoy

L’activité du réseau de J. Pottiez fut intense. Il dactylographiait les renseignements recueillis, la nuit, chez son père, 25, rue de Brasménil à Callenelle. Malgré ses 80 ans, celui-ci s’asseyait sur le seuil de la porte et surveillait les alentours pour prévenir de l’arrivée d’Allemands ou de rexistes. Le lendemain, Zigomar portait les documents à vélo. Il  amena souvent chez son père des aviateurs américains. Ils y étaient hébergés deux jours, puis ils étaient transférés en France. Citons parmi eux: le lieutenant Joseph Usrey, le lieutenant Goldstein, le capitaine Selmer Hegvold...
Un jour, le Dr. Delcoigne lui ouvrit un abcès et lui donna l’ordre d’aller chercher des documents sur le champ d’aviation d’Epinoy (Pas-de-Calais). II passa par Hergnies et en cours de route, il vit deux individus au loin. Il se dit aussitôt : «Ça y est. Je suis brûlé... Faire demi-tour, c’est se vendre...» Aucun incident. Il arriva alors à Escaudoeuvres et... de nouveau, même rencontre ! Il s’imagina alors qu’il allait être pris. Finalement, tout se passa bien.
Une semaine après la Libération, il se rendit au P.C. de Tournai et rencontra deux abbés. L’un d’eux l’interpella : «Bonjour, Zigomar. Félicitations». Il rétorqua alors, surpris, qu’il ne les connaissait pas. Ils lui répondirent : «Vous étiez chargé d’une mission très importante tel jour, telle date, telle heure. C’est nous qui vous avons couvert sur votre passage. Vous avez hésité cinq secondes. Si nous avions été de la Gestapo, vous étiez piqué. Vous avez hésité. Il ne faut jamais hésiter...» J. Pottiez ne sut jamais qui ils étaient, mais il comprit que les individus rencontrés lors de sa mission à Epinoy... c’étaient eux !
Des résistants de la région de Cambrai avaient établi leur P.C. à la ferme des Rosiers (famille Amand-Wiart) à Raillancourt, près du champ d’aviation d’Epinoy. J. Pottiez s’y rendit souvent pour obtenir des renseignements sur cet aérodrome.

Trafic ferroviaire

«Semaine du 13 au 20 juillet 1944 : de tous les bombardements effectués dans la région de Valenciennes, Saint-Ghislain, Quiévrain, Blanc Misseron, Douai, Cambrai, tout le trafic est rétabli, cela se passe de commentaires. Il est grand temps de remettre cela.»

«14 août 1944 : ligne Mons-Valenciennes : bombes tombées entre 9e et 10e voie creusant un entonnoir et renversant deux wagons vides. Cette bombe est tombée côté Nord de la station (vers Saint-Ghislain) et à proximité du train de munitions n° 1430112 - 30 wagons Ascherliben à Ziel et stationnant à la voie n° 5. Parti vers Valenciennes à 8 h. 15. Résultats : faisceau marchandises inutilisables, mais les voies 5 et 6 ainsi que 4 voies voyageurs sont encore accessibles. 4 bombes sans résultat, tombées en dehors de la station.»

«Résultats bombardement du 23 août 1944 à 16 h. 30. Mortagne. Nord France. 3 bombes sont tombées à proximité de la gare de Mortagne, dégâts peu importants, aucune bombe n’étant tombée sur la ligne de chemin de fer. Une bombe est tombée à proximité du pont de l’Escaut (25 m. environ). Un baraquement détruit, pas de victimes. Mitraillage de péniches stabilisées à Mortagne. Une péniche coulée. Une péniche incendiée. 80 péniches touchées plus ou moins gravement, mais pouvant continuer leur trajet. Quelques-unes de ces péniches contiennent des matières premières (aciers spéciaux) à destination d’Anvers et destinées aux Allemands.»

«26 août 1944 à 15 h. 30. Mitraillage d’un train de munitions qui se trouvait garé sur la voie de chemin de fer reliant Thiers-la-Grande à Sabatier, situé dans les ab. 409,5 à 412, et ord. 199,5 à 202, carte E.M. au 50/000 Douai n° 8. Ce train a complètement sauté.»

«Samedi 26 août, entre 15 et 15 h. 30 : mitraillage de locomotives K.D.L. II destinées aux autorités allemandes et devant être expédiées en Allemagne. Une locomotive hors d’usage, légère avarie aux trois autres.»

«Mardi 29 août, 8 h. 20 : bombardement et mitraillage de Valenciennes. Quelques locomotives touchées en gare de Valenciennes ; bombes tombées en plein sur les gazomètres qui sont hors d’usage.»

«29 août : mitraillage d’un convoi en stationnement à Saultain-lez-Valenciennes. Deux camions touchés hors d’usage, quelques blessés allemands, 3 victimes civiles, quelques blessés. Bombardement et mitraillage de la gare de Fresnes-sur-Escaut. Deux bombes sur les ateliers Desrameaux, situés à 100 mètres de la gare de Fresnes, dégâts importants. Trois bombes sont tombées de l’autre côté de la ligne de chemin de fer d’Anzin à Péruwelz, aucun dégât, aucune victime.»


Les points noirs localisent les bombes alliées tombées
sur Anzin et notamment sur l'usine
Escaut et Meuse

Les usines

«Société Franco-Belge de Matériel de Chemin de fer à Raismes. Ci-joint, carnet de commandes de la dite société. Tous les postes marqués d’une croix verte sont destinés à des commandes uniquement allemandes. Les commandes affectées aux usines Cail à Denain et Fives-Lille à Lille sont également destinées aux Allemands, puisque ces trois usines travaillent en collaboration sur les locos allemandes. J’attire votre attention sur l’activité et la cadence employées dans ces trois usines pour la réparation des locomotives usagées ou détériorées au cours des divers bombardements. Je signale à votre attention que 500 locomotives de la S.N.C.F. ont été réparties dans les diverses usines de construction de chemin de fer en vue de leur réparation urgente.»
J. Pottiez avait introduit à la Franco-Belge un de ses agents parlant très bien l’allemand, Dick. Celui-ci fut parfois considéré comme un collaborateur ! Il fut fusillé par la suite.
«Rapport et photos concernant le Lavoir Rousseau des Mines d’Anzin à Thiers Nord France. Voir carte Etat-Major au 1/5O.OOO° abscisse 302.25, ordonnée 409.80. Ce lavoir se trouve à droite en bordure du chemin de fer de Somain à Péruwelz. Ce lavoir est conçu pour un débit horaire de 400 tonnes. Avec le ralenti actuel et la non-provenance des charbons étrangers, le lavoir ne traite que 250 à 300 tonnes pendant 3 à 4 jours par semaine. Il alimente presque toutes les usines importantes du Nord et du Pas-de-Calais, mais la majorité de ces charbons sont dirigés vers l’Allemagne.»