Félicien Rops
Né à Namur (Belgique) le 7 juillet 1833, Félicien Rops est passé maître dans l’art de la mise en scène. Abordant l’érotisme et la sexualité, Rops adopte un ton badin pour dessiner le sexe, les femmes, le corps humain. La sexualité est montrée, sans prétention de choquer : elle fait partie de la vie, de la nature…Rops profite, regarde, jouit de la beauté du corps des femmes. Il les déshabille de la plume. L’atmosphère est légère et porte à sourire, C’est le cas pour « Impudence » où une jeune fille examine son pubis devant un miroir. Le singe, symbole de la luxure et de la cupidité, se cache dans le miroir. « Je passe mes jours à me contenir et j’ai de furieuses envies de briser d’un coup de tête cette martingale de conventions avec laquelle les sociétés civilisées tiennent en bride les natures primitives. Partir loin du «monde comme il faut» pour vivre enfin ma vie dans la fièvre et le mouvement. » « Impudence » fait partie de ces nus francs et directs pouvant être comparés à ceux de Toulouse-Lautrec.


Impudence

Rops envisage une autre représentation du sexe. A travers sa correspondance, transparaît l’idée de la création d’une nouvelle mythologie : une mythologie typiquement ropsienne. « Je commence une mythologie ainsi comprise : la mythologie de Rops. Il faut être de son temps, avant tout et y soumettre même les vieux dieux. Ma Vénus s’appelle Mariette Tutu et habite 16, rue des Martyrs! Voilà comme je comprends les divinités et les religions! Il faut se foutre de tout ça et faire ce qui vous plaît. » Alors que les symbolistes revisitent les mythes et se les réapproprient en représentant Orphée, Salomé ou, chez les préraphaélites, certaines légendes médiévales, Rops ne participe guère à ce retour unanime aux mythes. Il n’espère pas trouver dans la nature le sens que le monde moderne et technique est en train de détruire. La «Mythologie de Rops» sera, au contraire, une entreprise de déconstruction, voire de destruction. Dans « Les Hamadryades », la femme fait partie de la nature, Elle se confond à l’arbre, naît de lui et s’unit à lui. Les branches de celui-ci, tels des serpents de la tentation, enlacent son corps qui se donne.


Les Hamadryades

Les dieux antiques, les satyres et bacchantes inspirent Rops « Je suis né comprenant tout ce qui touche puissamment aux vieux cultes païens. J’ai aimé Venus Aphrodite, mère de l’amour, Pan père des races et aussi la grande Sapho, poète des baisers féminins, et qu’ont toujours aimés mes lèvres, en leurs soifs inextinguibles ». Les frères Goncourt écrivent: « Si les planches obscènes de Rops étaient antiques, si elles appartenaient à un musée secret de Naples, il y aurait toute une légion de vieux savants écouillés qui commenteraient leur beauté. » Ce retour aux figures païennes est essentiellement un travail formel chez Rops.

Les images chrétiennes alimentent également l’imaginaire érotique de Rops. Il se joue des saintes, des religieux et tourne leurs vœux de chasteté en dérision. Rops s’intéresse également aux organes en tant que tel et les personnifie pour leur donner une existence propre. C’est ainsi que verges, vulves, fesses vont prendre vie. Tantôt ils sont simplement l’occasion de rire, tantôt ils se transforment en monstres inquiétants.

Une autre forme d’érotisme est celle des relations entre la femme et le diable. Tout le 19°siècle est parcouru par le phénomène «sataniste» qui touche les arts, la littérature, la musique. Toutes les couches sociales semblent frappées par cette peur et cette fascination pour Satan. Au sein de la société essentiellement chrétienne à l’époque, il y a donc les disciples de Dieu et les adeptes du Diable. De plus, les nouvelles théories médicales influencent les mentalités: Charcot, par exemple, énonce de nouvelles théories sur l’hystérie féminine et pratique l’hypnose. Toutes ces recherches scientifiques attirent l’attention des artistes sur les manifestations physiques de la possession et l’emprise de l’âme.


La Foire aux amours
1885

En 1882, Rops crée la série des « Sataniques », où il met en scène le pacte signé entre la femme et Satan. Dans les cinq tableaux que forment les « Sataniques », Rops célèbre les affres de la chair aussi vieilles que le monde, transformant sensualité en délire et exaltant la force et la souffrance. «L’Enfer est sexuel», disent les « Sataniques ». Elles sont donc une mise en images des messes noires et des rites sabbatiques. Cette série peut être lue comme le récit de la domination de plus en plus puissante de Satan sur la femme. Ce qui marque de prime abord, dans l’ensemble de ces planches, c’est l’acceptation de la femme à la victimisation, au sacrifice. C’est elle-même qui, dans un élan pulsionnel, se jette dans les griffes de Satan pour connaître un dernier plaisir orgasmique. Dans cette série, Rops laisse éclater son imaginaire érotique. II transgresse les règles de la pudeur et choisit de choquer, tout en assumant le caractère transgressif de son œuvre.

Artiste sulfureux n’hésitant pas à appeler un chat, un chat, Félicien Rops s’éteindra à Corbeil (Essonnes) le 23 août 1898.

Source :
Obsessions
Oberösterreichischen Landesmuseen – Linz – 2006
Service de la Culture de la Ville de Bruxelles
Musée provincial Félicien Rops – Namur
[Bernadette Bonnier – Véronique Carpiaux]