L. Détails d'une queue de billard.

Eléments, construction et décoration d'une queue de billard.

1. Flèche de queue de billard

a. Bois
b. Vis
c. Viroles

2. Fût de queue de billard

a. Bois
b. Construction
c. Talons
d. Pare-chocs
e. Sculptures
f. Incrustations
g. Bagues
h. Estampilles
i. Grips

3. Queue de billard

a. Evolution de la construction
b. Valeur

1. Flèche de queue de billard.

a. Bois


1. Erable 2. Erable tigré 3.Erable moucheté 4. Charme 5. Alisier 6.Ramin 7. Frêne 8. Amarante et alisier 9. Wengé. Le noyer et le frêne blancs d'Amérique furent aussi utilisés dans le passé.

b. Vis

Voici quelques vis. Sont donnés: le diamètre maximum D de leur flèche, l'année approximative de fabrication A, le poinçon du fabricant (ou son nom présumé) ou un lieu de fabrication, et le matériau.


Screws

1. D = 20,0 mm, A = 1920, BRUNSWICK FRANCE, bois.
2. D = 20,0 mm, A = 1920, (Brunswick France), aluminium (bois aussi).
3. D = 20,4 mm, A = 1925, L. VANLAERE, bois.
4. D = 20,5 mm, A = 1930, St. MICHEL = Van Laere, bois.
5. D = 20,6 mm, A = 1930, HIOLLE, bois.
6 .D = 21,2 mm, A = 1970, laiton.
7. D = 21,6 mm, A = 1980, HIOLLE, bois.
8. D = 21,8 mm, A = 1980, (Brunswick USA), laiton.
9. D = 22,5 mm, A = 1990, MADE BY VAN LAERE, bois.

Une analyse des valeurs de D et A et de beaucoup d'autres encore, montre que D a cru au cours du temps. Il est d'environ 20 mm dans les années 20, de 21 mm dans les sixties et finalement de 22 mm depuis 1990. Notez les différentes formes et les matériaux de construction utilisés: bois, aluminium et laiton.

Les vis en bois


sont généralement encastrées dans la flèche et collées.
Celles en métal


sont souvent vissées entre flèche (à gauche) et fût (à droite) comme ci-dessus.
Les modèles suivants, également en métal, sont anciens et très rares.

.

A partir des années 60 apparaissent des joints inverses où la vis est fixée au fût et non à la flèche.
En voici quelques-uns:

....

De gauche à droite, ils appartiennent à des queues Sampaio, Meucci et Tremerie.

c. Viroles

Ces embouts empêchent les flèches de se fendre. Des spécimens en ivoire (1 et 6), en plastiques résistants (2 et 3), en aluminium (4) et en une combinaison aluminium-cuir (5), sont montrés ci-dessous.


VirolesDouble procédé

La virole 6 est garnie d'un 'double procédé', c.-à-d. une rondelle de cuir dur surmontée d'une autre de cuir plus souple, et est fort large (15 mm). Elle devrait dater des années 1800.

Les viroles sont partiellement creuses et se fixent sur le tenon final de la flèche. Cependant, lorsqu'elles sont en métal comme la n* 5, elles sont parfois elles-mêmes munies d'un tenon

qui se loge dans une cavité forée au sommet de la fléche.

Ci-dessous, une virole rare en forme de cloche, c.-à-d.que son diamètre augmente dans la direction du procédé.

Cloche


2. Fût de queue de billard.

a. Bois

La liste ci-dessous n'est pas exhaustive. Voir aussi le Paragraphe 1 a Bois. La densité moyenne du bois est donnée entre parenthèses.

Acajou (0,6) Greenheart (1,1)
Alisier (0,7) Mansonia (0,7)
Amarante (1,0) Merbau (0,8)
Amourette (1,1) Mutenyé (0,8)
Bocote (0,8) Padouk (0,8)
Bois de rose (0,8) Palissandre (0,9)
Bubinga (0,9) Panga panga (0,9)
Citronnier (0,9) Ramin (0,7)
Cocobolo (1,1) Satiné rouge (1,1)
Ebène (1,2) Thuya (loupe) (1,15)
Ebène de Macassar (1,2) Tulipier (0,5)
Erable (0,7) Wacapou (0,9)
Frêne (0,7) Wengé (0,9)
Gaiac (1,25) Zébrano (0,8)

Voici quelques photographies:

Bocote.. Bubinga.
Bocote.......................................................................Bubinga (clair) et Wengé (foncé)
.................

Ebene de Macassar...Mutenyé
Ebène de Macassar.................................................................. Mutenyé

Bois de rose...Panga panga...
Palissandre...............................................................Panga panga .

Loupe de Thuya...
Thuya (loupe).............................................................. .....Amarante

Les veines du bocote méritent l'agrandissement ci-dessous:

Bocote

Le poirier, le sycomore et le buis sont également utilisés en marqueterie.

b. Construction

Différents bois sont souvent utilisés pour fabriquer un fût d'une seule pièce. Ceux-ci sont assemblés avec un tenon ou une cheville (ci-dessous à gauche), vissés l'un dans l'autre comme dans une queue St-Michel (ci-dessous au centre) ou entés (assemblés bout à bout par entailles) comme dans une Hiolle à 4 pointes (ci-dessous à droite) et finalement collés ensemle.

Tenon...........St. Michel...........Hiolle 4 pointes

Voici l'intérieur d'une enture à fourche (semblable à celle de la queue 16 de la Section B) avec 3 filets (aussi appelés placages) colorés, sciée en deux à travers les sommets des 2 pointes arrondies opposées,

Cette coupe devrait aider à comprendre la construction d'une telle enture à 2 pointes.

Lorsque les fûts sont démontables, leurs éléments sont pourvus de vis en bois ou en métal dont voici quelques spécimens.

Vis

Remarquons finalement que certaines constructions spéciales permettent des modifications aisées

- du poids (et du centre de gravité),
voir par exemple La VICTORIEUSE, L'UNIVERSELLE, La MONARCH et La REFORM (Section A) et La ROYALE (Section J),

- du centre de gravité (*) (voir la Brauers ci-dessous dans laquelle un tuyau métallique fileté peut être déplacé),

Brauers

Brauers


- de la longueur (*) (voir mon prototype télescopique personnel ci-dessous)

Queue télescopique

Queue télescopique


- et de la forme (voir cannes (Section J)).

(*) sans changement de poids.

c. Talons

Talons

1. Amarante, matériau synthétique blanc, caoutchouc noir (Brunswick)




2. Bois teinté en noir, bois de rose, nacre, caoutchouc rouge foncé (Sampaio)




3. Ebène de Macassar, nacre, pare-chocs en cuir (Hénin Aîné)




4. Bocote, ivoire, caoutchouc rouge (St.Michel, Van Laere)




5. Bois teintés, matériau synthétique blanc et jaune, fil noir enroulé, caoutchouc noir (Brunswick)





d. Pare-chocs

Les extrémités des talons sont généralement en ivoire ou en bois et plastique durs. Elles sont souvent protégées contre les chocs par du cuir ou du caoutchouc (voir photo ci-dessus). La photo ci-contre montre encore deux autres exemples (Brunswick à gauche et Hiolle à droite).

Les chocs peuvent parfois modifier l'aspect d'un talon, comme simulé ci-dessous dans le cas d'une Hiolle ancienne qui perd sa protection.

Les pare-chocs ne portent pas d'inscriptions. Trois exceptions observées: 'Hénin Aîné Paris', 'Queue Brunswick' et 'Queue St. Martin'.

Notons qu'un talon en ivoire

.......

n'est parfois qu'à moitié recouvert de cuir. Ceci permettait de choisir le type de matériau, lorsque dans certains cas l'on jouait encore avec le talon en le faisant glisser sur le tapis sur l'un de ses triangles.

e. Sculptures

Voici des exemples dont certains forment de bons 'grips'.

Carvings















 


Les motifs 1 à 5 appartiennent à Hiolle, 6 à 9 à Van Laere et 10 à Laprévote. La gravure 4 a été utilisée sur la queue Hiolle à 8 pointes et la 7 sur la St Michel. La sculpture 6 a été reproduite sur plusieurs modèles de queues. Par contre, la 10 semble ne figurer que sur un seul exemplaire de la La Technique.

Ci-dessous, trois sculptures fait main.

Brunswick ?



f. Incrustations

La photo ci-dessous montre quelques spécimens utilisés par Van Laere. Ceux-ci sont tous en nacre sauf celui situé au centre qui est en ivoire. Le deuxième à partir de la gauche est de couleur or peu fréquente.


Incrustations

D'autres exemples de matières incrustées sont le bois exotique ou teinté (en marqueterie),



le plastique blanc ou en couleur



et le laiton (en marqueterie Boulle).

Certaines incrustations portent occasionnellement un monogramme.

..

g. Bagues

Ces embouts, en matériaux divers (ivoire, cellulo´d, plastique résistant, laiton, aluminium...) et longs de 15 à 30 mm, protègent les joints en bois. Ces derniers sont généralement fraisés et taraudés directement dans le fût (photo de gauche). Ils sont parfois préfabriqués (photo centrale) et ensuite insérés et collés dans le fût, comme pour les queues Gallia. Notons enfin que les bagues de certaines queues Finck et Brauers sont aussi renforcées par un tuyau de laiton intérieur (photo de droite).

..Bague en ivoire..Tuyau intérieur

Pour des exemples de joints métalliques voir le Paragraphe 1 b Vis.

h. Estampilles

ll s'agit de poinçons (marques gravées) et de décalcomanies (images) souvent appliqués à l'avant du fût d'une queue de billard. Lorsqu'une queue est intensivement utilisée, ces estampilles se détériorent jusqu'à parfois disparaître.

1. Poinçons:

Voici quelques exemplaires européens, relativement bien conservés, de Van Laere, Horemans, Hiolle, Basile, Hénin Aîné, Brunswick, Grivaud (Lyon), Van de Kerckhove, Carrier & Laumé, Seguin, Barbier, Brunswick, Brauers BREV.= Breveté, Sampaio et G. Caro. Le dernier à droite est celui de la queue 'La Royale' d'Adorjan.

Estampilles

Hénin Aîné Paris....Brunswick

Grivaud......

Carrier et Laumé/////

Monarch de BrunswickEstampillesLa  Royale d'Adorjan

Et pour terminer, des logos américains Brunswick et Meucci.

Brunswick Etats-Unis. ...

2. Décalcomanies

Ci-dessous des exemplaires Van Laere, Horemans et Basile.

Van Laere verte

La décalcomanie Van Laere verte est plus ancienne que la rouge. Hiolle a utilisé le blason bleu et or ci-dessous, avec les inscriptions Hiolle, C, M et Bté. S.G.D.G (Bté. = Breveté).


Decals1 Olymp & Corin(*)Decalls2 ..


Longoni..Tremerie.(. Gallia. Duque .Wilhelmina ..

.................................................................(**);;;;;;;;;;;;;;;;...;..;;;(***).....................(****)

.eSBee ..Adam..

Castor.. ...........

Ci-dessus, les estampilles et décalcomanies Hiolle, Hénin Aîné, G. Caro, Grivaud, Brunswick, Gallia et Castor sont françaises, les Olympia, Wilhelmina (Cees van Oosterhout) et la signature Van Eeken sont néerlandaises, la Sampaio est portugaise, l'Adam est américaine, les Wolsing, Bour et Braun sont allemandes, les Longoni et la Zenith sont italiennes, la dernière (*****) est danoise et les autres sont belges.

..........

De gauche à droite, une décalcomanie Brunswick américaine récente et celle de la période 1921-1925.

(*) Corin. (**) Biljarts TREMERIE Gent. (***) S française matériel & accessoires billard. Queue GALLIA. Marque déposée. (****) Duqué. (*****) Logo composé d'une queue de billard et des initiales de Harald Fihl.

i. Grips (voir aussi le Paragraphe 2 e Sculptures)

Voici quelques matériaux utilisés, généralement encastrés.



De gauche à droite: cuir, liège, caoutchouc, fil de lin, fil de nylon et plastique.

3. Queue de billard.

a. Evolution de la construction des queues de billard français anciennes.

A la fin des années 1700, les queues de billard d'une pièce, sans procédé, commencent à remplacer les masses.
En 1829, apparaissent les queues en deux parties ('The Illustrated Encyclopedia of Billiards', Shamos, 1993) avec fût, flèche et joint en bois.
En 1831 le Dictionnaire Technologique ou Nouveau Dictionnaire Universel (tome 18, p. 69-71, Librairie Thomine, Paris, France) nous apprend que la firme française Hiolle (fondée en 1920)
1) colle déjà des procédés en peau de tête de veau sur une base de cuir plus rigide qui elle-même est fixée sur une virole en ivoire
2) garnit parfois d'ivoire et de peau de tête de veau le talon d'une queue pourvue de deux plaques triangulaires opposées afin de pouvoir aussi l'utiliser comme masse (voir paragraphe 2. d).
D'autres maisons de billard renommées s'établissent ensuite, telles que Hénin Aîné et Brunswick en France, Finck en Allemagne, Sampaio au Portugal et Van Laere en Belgique.
Avant 1880, pratiquement aucune queue n'est signée et le seul moyen de l'identifier avec certitude est de la trouver dans un des rares catalogues de l'époque.
Début des années 1900, apparaissent des queues portant une appellation gravée dont certaines sont à poids réglable (voir Section A). Celles pouvant aussi servir de masse (voir plus haut) ainsi que les 'queues - masses' (voir queue n°6 de la Section J) disparaissent de la circulation.
A partir de 1920, beaucoup de queues portent l'estampille du fabricant (voir paragraphe 2. h) et la construction commence à évoluer au fil du temps.
L'examen de la collection révèle que d'une manière générale, le fût devient plus léger et la flèche, avec vis en bois, plus lourde (et plus rigide). En conséquence, le centre de gravité de la queue s'éloigne du talon. Ce sont principalement le bois de construction et les diamètres de la flèche et du fût qui changent. L'évolution est illustrée ci-dessous au moyen de deux queues avec joint en bois qui sont à première vue semblables, la première A étant cependant 50 ans plus ancienne que la seconde B. Vous remarquerez que la partie avant du fût s'élargit afin d'en améliorer la solidité alors que le talon s'amincit.

Comparaison

QUEUE A B
Modèle 2 parties et 4 pointes 2 parties et 4 pointes
Fabricant Van Laere ? Van Laere
Année approximative 1920 1970
FUT
Longueur 72 cm 72 cm
Diamètre bague 20,5 mm 22 mm
Diamètre maximum 36 mm 33 mm
Bois * Amarante + charme ? Merbau + érable
Lest Non Oui
Poids 425 g 385 g
FLECHE
Longueur 68 cm 67 cm
Diamètre virole 12,5 mm 11,5 mm
Diamètre maximum 20,5 mm 22 mm
Bois * Alisier Erable
Poids 95 g 115 g
FUT + FLECHE
Longueur 140 cm 139 cm
Poids 520 g 500 g
Centre de gravité ** 40 cm 44 cm

* les densités des bois sont données plus haut.
** distance mesurée à partir de l'extrémité du talon.

b. Valeur.

Ci-dessous, deux catalogues du début des années 1900

...

qui permettent d'évaluer l'influence de la décoration sur la valeur d'une queue ancienne.

Une analyse de prix dans le catalogue GOBIN Frères de 1912, montre qu'une Hiolle à 4 pointes en 2 parties, pourvue d'un talon en caoutchouc et d'une virole en ivoire, coûte 9 FF (*) avec comme suppléments :

Sculpture (quadrillage) : 3 FF

Ecusson de nacre : 5 FF

2 triangles de nacre au lieu du talon en caoutchouc : 1 FF

Pointes en ébène : 1,5 FF

8 pointes au lieu de 4 : 3 FF.

Une Hiolle à 8 pointes peut donc valoir jusqu'à 22,5 FF.

Ce catalogue est très complet (32 pages) et nous renseigne également sur le prix des modèles. Voici quelques exemples :

- une Hiolle en deux parties est environ 4 FF plus chère que celle d'une pièce
-
l'Universelle (fabriquée par Hiolle) et La Royale à poids variables coûtent 16 FF
- la queue la plus simple vaut moins de 1 FF.

Quant au catalogue PRADEL, il permet d'estimer que la présence de marqueterie bois augmente considérablement (environ 20 fois) le prix d'une queue.

(*) FF = franc franšais de l'époque.

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